Test Blu-ray : Marquise

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France, Italie, Espagne, Suisse : 1997
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , , Véra Belmont
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h56
Genre : Drame, Historique
Date de sortie cinéma : 20 août 1997
Date de sortie DVD/BR : 24 juillet 2020

Pour mieux attirer les passants dans l’échoppe de ses parents, la jeune Marquise-Thérèse danse à moitié nue sur le marché de Lyon. Plus que tout autre, un homme la remarque : un certain . Fasciné par sa grâce et sa beauté, il l’engage dans sa troupe. Le début d’un parcours rocambolesque qui conduit la danseuse à Versailles où, présentée à , elle devient la coqueluche de la cour à la faveur de la pièce Andromaque, que Racine écrit pour elle. Adulée, Marquise vit un authentique conte de fées…

L’évocation d’un film tel que Marquise ne peut être faite sans un retour préalable sur son actrice principale, Sophie Marceau, dont l’influence a énormément compté à la fois dans le montage financier et la production du film, ainsi que dans son échec dans les salles en 1997. Or il semble que presque 25 ans après la sortie du film, il existe probablement parmi nos plus jeunes lecteurs une poignée de cinéphiles qui ignore qui est Sophie Marceau.

Mais qui est Sophie Marceau ?

Sophie Danièle Sylvie Maupu, alias Sophie Marceau, est une actrice française qui fut révélée à l’âge de 14 ans par le film La boum, qui lui a permis de devenir d’emblée une célébrité. De 1980 à 1988, les films dans lesquels elle apparaît font de très bons scores au box-office français, même si elle n’en est pas systématiquement la tête d’affiche. Après un court crochet par le cinéma d’auteur, elle reviendra par la suite au cinéma populaire, réunissant encore un peu plus d’un million de spectateurs avec deux films aujourd’hui un peu oubliés, Fanfan (1993) ou La fille de D’Artagnan (1994). En 1995, c’est la consécration internationale puisqu’elle ira faire la potiche pour le Braveheart de Mel Gibson. Son melon est au point culminant. Cela dit, si la jeune femme se rêvait probablement en star du cinéma français, elle est en réalité devenue dans les années 90 une vedette « people », faisant bien d’avantage parler d’elle dans les torchons de paparazzi pour les frasques de sa vie privée plutôt que pour ses performances au cinéma.

Peu à peu, le public de cinéma se désintéresse de l’ancienne jeune première, même si cette dernière est omniprésente dans Télé 7 Jours, Paris Match ou VSD, affichant « ses vérités » par ci, sa « liberté » par là. Réputée difficile sur les tournages, affichant un franc-parler proche de la parole sans filtre (ce qui dénote peut-être d’un léger problème d’autisme), Sophie Marceau se voit délaissée par les producteurs français, même si elle est élue par plusieurs sondages « actrice préférée des Français » (qui ne vont pourtant plus la voir au cinéma).

La production de Marquise

Pourtant, une poignée de producteurs croit encore en elle, au point même de lancer la mise en chantier de Marquise, grand film en costumes de tradition française, au budget énorme (70 millions de francs). Le film, qui tente de renouer avec les succès populaires des années 50/60, est tourné en grande partie dans les studios de Cinecittà, dans une poignée de villes italiennes ainsi qu’au château de Vaux-le-Vicomte. La production fait péter les 5000 figurants, le décorateur Gianni Quaranta fait fabriquer, pour une unique scène de banquet, des verres à pied en cristal de Murano. Bref, la production se donne les moyens de ses ambitions.

Mais c’était sans compter sur l’indélicatesse absolue de Sophie Marceau, qui renia le film à sa sortie et mit en péril le travail de toute une équipe. Avec 478.000 entrées dans les salles françaises, Marquise ne se relèvera pas des coups portés par Sophie Marceau dans la presse, notamment dans Le Parisien (« Ce tournage a été un enfer, j’en ai gardé l’un des pires souvenirs de ma vie ») et Télérama (« Sa mise en scène me paraissait absurde »). La réalisatrice du film Véra Belmont tentera bien de relativiser les propos de l’actrice sur France Inter, mais le mal était fait : « Elle m’aime un jour, le lendemain elle me hait. Je crois qu’elle n’aime pas être dirigée par une femme. Elle voyait la Marquise beaucoup plus petite-bourgeoise que je ne l’imaginais. C’est le genre d’actrice, quand vous la dérangez dans ce qu’elle a décidé de faire sur le plateau, elle vous déteste. » Ce côté versatile de l’actrice avait également été souligné par Vincent Lindon dans un entretien disponible en bonus sur le Blu-ray de L’étudiante. Il évoquait en effet une anecdote concernant la première projection du film de Pinoteau, qui avait, déjà à l’époque plongé Sophie Marceau dans un état de colère et de désespoir avancés.

Les propos de Sophie Marceau à la sortie de Marquise signèrent en quelque sorte la fin de son état de grâce dans le cinéma français : plus aucun producteur ne la prendrait dorénavant en tête d’affiche – le risque de voir cette actrice ingérable et ingrate débiner sur le film lors de sa sortie était trop important. Après un nouveau passage aux Etats-Unis en 1999 pour Le monde ne suffit pas, sa carrière stagne dangereusement ; lors du Festival de Cannes 1999, Sophie Marceau se ridiculise en improvisant un long discours, décousu et incompréhensible, qui lui vaudra d’être huée par une bonne partie de l’assistance. En 2005, alors que sa carrière est en absolue perte de vitesse, elle se sert d’un « accident vestimentaire » afin de créer un début de polémique qui la remettra sur les rails et lui permettra de retrouver les faveurs du public avec LOL en 2009. Avec 3,6 millions d’entrées, il s’agirait de son plus gros succès public depuis 1982.

Le film

[3,5/5]

Marquise est donc une adaptation romancée de la vie de Marquise-Thérèse de Gorla, dite Mademoiselle Du Parc ou Marquise Du Parc, actrice / danseuse / égérie ayant séduit Corneille, Molière, Racine et le lui-même avant de faire sa sortie – extrêmement théâtrale en un sens – en 1668, alors qu’elle n’était âgée que de 35 ans.

Quoique puisse en penser Sophie Marceau, Marquise est une comédie populaire en costumes méritant une petite réhabilitation. Derrière ses anachronismes de façade et ses dialogues souvent maladroits, Marquise fait ainsi tout de même preuve d’une certaine rigueur historique, notamment dans sa reconstitution des représentations données par la troupe de Molière. Le jeu des comédiens, excessif et bouffon, pourra probablement paraître étrange aux collégiens et lycéens forcés de découvrir l’œuvre de Molière dans le cadre étriqué et petit-bourgeois des cours de lettres qu’ils subissent à l’école. Pourtant, ces excès, ces cris, ces roulements de bras et d’yeux – en deux mots ce cabotinage outrancier – faisaient bel et bien partie intégrante de la façon dont on jouait la « comédie » au XVIIème Siècle.

Ainsi, la première partie du film, qui suit les premiers pas de Marquise au sein de la troupe de Molière, se fait sous le signe de la frivolité, pour, progressivement, bifurquer vers des thèmes un peu plus sérieux, au fur et à mesure que la jeune femme commence à prendre de l’importance au sein de la troupe. Si elle joua auprès de Molière et de son mari « Gros-René » Du Parc pendant une douzaine d’années avant de céder au charme de Racine et de partir jouer Andromaque, le film de Véra Belmont concentre quant à lui la totalité de son intrigue sur quelques semaines tout au plus. Afin de privilégier les scènes de « danse » portées par Sophie Marceau, les scénaristes Marcel Beaulieu, Jean-François Josselin et Vera Belmont créent de toute pièce un épisode selon lequel Marquise, dans un premier temps incapable de prononcer le moindre mot sur la scène, aurait été écartée de la troupe par Molière.

D’un point de vue narratif, cet élément renforce le portrait teinté de féminisme d’une femme devant surmonter tous les obstacles afin de pouvoir assouvir sa passion pour la comédie. Dominé par la prestation de Sophie Marceau, Marquise parviendra donc à convaincre, notamment grâce à un casting de seconds-rôles assez savoureux (Lambert Wilson, , , Bernard Giraudeau), mais aussi et surtout grâce à une reconstitution somptueuse, avec des décors, des costumes et un souci du détail vraiment remarquables. Pour autant, le film de Véra Belmont n’affiche jamais le sérieux et la solennité des « grands » films historiques produits en France à la même époque – Marquise est un film qui s’assume en tant que divertissement populaire. Un frère éloigné mais appliqué du cinéma d’André Hunebelle.

Le Blu-ray

[3,5/5]

Disponible chez BQHL Éditions au sein de son très joli catalogue de Blu-ray, Marquise s’offre donc aujourd’hui un inattendu lifting Haute Définition sur galette Blu-ray. Ce n’est finalement que justice quand on considère le faste de cette production oubliée, et la belle photo assurée par Jean-Marie Dreujou (Sa Majesté Minor, Cézanne et moi, Kaamelott – Premier volet).

Aussi bien côté image que côté son, le master proposé par l’éditeur est de très bonne tenue ; le film est proposé au format respecté et encodé en 1080p. Le piqué est satisfaisant, l’étalonnage des couleurs ainsi que les contrastes ont été tout particulièrement soignés, et le grain cinéma semble avoir été plutôt bien préservé. Quelques plans épars laissent un peu plus à désirer, mais l’ensemble demeure absolument recommandable. Le mixage audio est proposé en LPCM 2.0 stéréo, l’ensemble est clair et sans souffle : c’est parfait ! Pas de suppléments.

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