DVD — 25 avril 2018
Test Blu-ray : Man on the moon

 
États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Japon : 1999
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h58
Genre : Biographie, Comédie
Date de sortie cinéma : 15 mars 2000
Date de sortie DVD/BR : 24 avril 2018

 

 

La carrière du comique américain , mort en 1984 d’un cancer du poumon. Né à New York en 1949, il débute dans de nombreux cabarets avant de se faire remarquer à la télévision dans la célèbre émission Saturday Night Live. Il est une des vedettes de la série Taxi puis provoque les réactions les plus diverses en montant des spectacles originaux, notamment au Carnegie Hall de New York…

 

 

Le film

[4/5]

Parmi les nombreuses personnalités ayant émergé du melting-pot de talents que représentait le Saturday Night Live aux États-Unis dans les années 70/80, beaucoup ont rayonné largement au dehors du pays de l’oncle Sam, et sont devenus des acteurs comiques cultes bien au-delà de toutes les frontières. Dan Aykroyd, John Belushi, Chevy Chase, Bill Murray, Eddie Murphy, Steve Martin, Martin Short, Joan Cusack, Robert Downey Jr, Mike Myers, Dana Carvey, Adam Sandler, Rob Schneider, Will Ferrell, Maya Rudolph ou encore Kate McKinnon sont donc autant de personnalités (parmi d’autres) ayant réussi à percer auprès du public international, grâce à leur passage par la case « cinéma ».

Avec seulement une petite poignée d’apparitions au cinéma, Andy Kaufman n’a jamais réellement connu de succès fracassant en dehors des États-Unis. Cependant, dans son pays d’origine, ses prestations en tant qu’humoriste très en avance sur son temps lui auront permis d’acquérir une aura assez incroyable. Humoriste de stand up, mystificateur, catcheur et tête à claque, ce touche à tout de l’humour disparu en 1984 obtiendrait néanmoins une espèce de reconnaissance internationale posthume quinze ans après sa mort, grâce à Man on the moon, un « biopic » consacré à sa personnalité et à sa courte carrière.

Fasciné par les grandes réussites « à l’Américaine » autant que par la description de personnalités slalomant entre la provocation, la folie et une certaine forme de génie, Milos Forman (lire notre hommage) semblait le cinéaste idéal afin de porter à l’écran les frasques dadaïstes d’Andy Kaufman, agitateur médiatique se régalant à aller à l’encontre de toutes les attentes du public. Ainsi, Forman s’adapte à l’esprit de ce trublion médiatique, en balançant, pour ne citer qu’un exemple évident, son générique de fin au bout de seulement quelques minutes de film – ceci bien entendu afin d’éviter qu’un tissu de mensonges et d’interprétations ne soient propagés sur la vie et l’œuvre de Kaufman. De fait, ceux qui espéraient voir éclairées les énigmes et autres questions brûlantes autour de la personnalité d’Andy Kaufman en seront pour leurs frais : l’humoriste restera un éternel point d’interrogation. Les grandes questions que l’on pouvait se poser sur certains de ses « happenings » (du moins celles n’ayant pas été éclaircies par le temps) demeureront donc obscures : l’ambiguïté et le flottement sont de mise, et on ne saura pas par exemple si l’incident sur le plateau de « Fridays » était volontaire ou non ; dans le même état d’esprit, Forman laisse également planer le mystère sur le cancer et la mort de l’artiste. Comme dans le cas d’Elvis Presley ou de Michael Jackson, il existe en effet de nombreuses rumeurs selon lesquelles la mort d’Andy Kaufman ne serait qu’un canular, en partie motivées par le fait qu’il est décédé d’un cancer des poumons alors qu’il était non-fumeur et âgé seulement de 35 ans. Malin, Milos Forman choisit donc de terminer Man on the moon sur une scène mettant en scène sa veuve et son manager assistant à une représentation de Tony Clifton, un des personnages incarnés par Kaufman sur scène : une fin ouverte au cœur de laquelle, selon les interprétations, Andy pourrait être toujours en vie.

Mais la réussite de Man on the moon ne tient pas qu’au talent du cinéaste tchèque récemment disparu : ce joyeux conte morbide est aussi et surtout porté par le talent de Jim Carrey, dont l’extravagance rend un hommage poignant et assez sidérant au génie comique d’Andy Kaufman, tout en révélant en filigrane toute la détresse et la profonde solitude de son personnage. En attendant donc un hypothétique retour de Kaufman d’entre les morts, qui mettrait un point final aux rumeurs concernant sa retraite anticipée, Man on the moon s’avère donc un biopic original et touchant, constituant à la fois un des sommets de la carrière de Milos Forman et de Jim Carrey.

Cependant, on ne peut s’empêcher de se dire que le « biopic ultime » concernant Andy Kaufman consisterait en un faux documentaire mettant en scène le retour de l’acteur, qui serait aujourd’hui âgé d’environ 70 ans, sous l’œil des caméras du monde entier, avec des interventions de ses proches de l’époque (Est-ce le vrai ? Est-ce un imposteur ?). Il ne serait pas étonnant de voir débarquer le projet d’ici quelques années, afin de célébrer, peut-être, l’anniversaire des quarante ans de sa disparition.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

C’est donc grâce à ESC Éditions que le cinéphile français pourra aujourd’hui (re)découvrir Man on the moon sur support Blu-ray. L’image est proposée au format Scope 2.35 respecté, et nous fait profiter d’un gain sensible de précision côté image par rapport au DVD édité par Warner bros. en 2001. La définition ne pose pas le moindre souci, le piqué est très satisfaisant, le tout est proposé dans un master stable et parfaitement restauré, avec de belles couleurs vives, des contrastes soignés et surtout un grain argentique parfaitement préservé. Côté son, VF et VO s’imposent naturellement dans des bandes sonores puissantes et finement spatialisées, mixées en DTS-HD Master Audio 5.1. Le rendu acoustique est clair, dynamique sans être ostentatoire. La piste anglaise est plus fine dans la restitution des effets, mais dans tous les cas de figure, le film de Milos Forman se doit d’être vu en version originale afin de capter au mieux la portée de la performance artistique de Jim Carrey.

Du côté des suppléments, il semble bien que l’éditeur ESC Éditions aime sincèrement le film de Milos Forman autant que la personnalité d’Andy Kaufman, et on ne pourra que s’incliner devant la richesse des trois modules documentaires proposés ici par l’éditeur. Si l’éditeur n’a probablement pu avoir accès à des images du tournage, il se rattrape tout d’abord avec un brillant portrait de Jim Carrey par Jacques Demange, auteur de la biographie « Les mille et un visages de Jim Carrey », disponible aux éditions Rouge Profond. On continuera avec une présentation du film par Jacky Goldberg, critique cinéma aux Inrocks, qui s’attardera également sur la personnalité d’Andy Kaufman. Mais enfin et surtout, c’est à travers un long documentaire de 52 minutes que l’on s’attardera le plus sur le style littéralement insaisissable d’Andy Kaufman, à travers des interventions passionnantes de Florian Keller, auteur de « Comique extrémiste : Andy Kaufman et le rêve américain » chez Capricci Éditions, mais également de Pacôme Thiellement, fan de Kaufman et de David Lynch, et de deux humoristes : Jean-Philippe de Tinguy et surtout Marc Fraize alias Mr Fraize, qui s’était fait remarquer il y a quelques années sur le plateau de l’émission On ne demande qu’à en rire, et dont le style très influencé par Andy Kaufman n’apportait ni au public ni au jury ce qu’ils attendaient de lui ; son attitude avait fini par agacer les jurés de l’émission menés par Laurent Ruquier, qui l’avaient finalement écartés de l’émission, comme Kaufman le fut lui-même du Saturday Night Live en son temps. On salue donc bien bas ESC Éditions pour ce remarquable choix des intervenants sur un documentaire littéralement passionnant sur le rire, sa portée et sa perception « sociale », jusque dans les rapports humains – un sujet de réflexion trop peu souvent abordé par les médias en général, si l’on excepte une riche émission « Ça se discute » animée par Jean-Luc Delarue en 2005.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles