Test Blu-ray : Malicia

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Malicia

Italie : 1973
Titre original : Malizia
Réalisation : Salvatore Samperi
Scénario : S. Samperi, Ottavio Jemma, Alessandro Parenzo
Acteurs : Laura Antonelli, Turi Ferro, Alessandro Momo
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h37
Genre : Comédie, Érotique
Date de sortie cinéma : 9 janvier 1974
Date de sortie DVD/BR : 1 février 2022

Veuf et père de trois garçons, Ignazio La Brocca engage une nouvelle domestique, Angela, une jeune femme très capable et, surtout, très très attirante. Aucun des hommes de la maison ne reste insensible à ses charmes. Pas même Nino qui, à quatorze ans, sabote les tentatives de séduction de son frère aîné et de son propre père pour mieux conquérir l’élue de son cœur…

Le film

[3,5/5]

Malicia est souvent présenté comme appartenant au genre de la « comédie polissonne italienne », assez florissant dans les années 70/80. Comme son nom l’indique, il s’agissait d’un genre qui se situait au carrefour entre la comédie paillarde (souvent un peu bas de plafond) et le film érotique. Ce genre de comédie érotique all’italiana suivait généralement une trame scénaristique assez simple plus : une femme débarque pour travailler dans un endroit majoritairement peuplé d’hommes (caserne, école, hôpital…), et commence, bien malgré elle, à créer l’émoi dans le slip des protagonistes masculins qui l’entourent. Le récit suit les tentatives, généralement maladroites et idiotes, afin d’attirer son attention et d’obtenir ses faveurs. Le genre avait ses codes : les hommes ne parvenaient jamais réellement à séduire l’héroïne, et, bien sûr, cette dernière se retrouvait souvent légèrement dénudée à un moment ou à un autre de l’intrigue. Genre très populaire en Europe, la comédie polissonne italienne avait ses actrices dévouées (Edwige Fenech, Barbara Bouchet, Serena Grandi, Carmen Russo…), mais également ses acteurs récurrents (Alvaro Vitali, Lino Banfi, Renzo Montagnani…).

L’intrigue et quelques rebondissements de Malicia tendent à inscrire le film de Salvatore Samperi dans le genre de la comédie érotique italienne. Le film nous propose d’ailleurs une petite musique légère et quelques gags (principalement amenés par le personnage du petit Enzino et par le tableau de la femme d’Ignazio), mais dans l’ensemble, on hésitera tout de même beaucoup avant de qualifier Malicia de « comédie », tant le film développe de noirceur et de rapports de force entre les personnages d’Angela (Laura Antonelli) et Nino (Alessandro Momo). On irait même jusqu’à affirmer que le film de Samperi va ostensiblement à l’encontre de la légèreté qui caractérisait le genre à l’époque : la relation de domination / soumission se dessinant entre les deux personnages principaux tout au long du récit est assez dérangeante, surtout durant la première partie du récit, qui tend à nous présenter Angela comme une véritable « victime », refusant les jeux pervers que lui impose Nino, et pleurant même à chaudes larmes durant une séquence du film.

Sombre récit de coming of age, Malicia n’est donc finalement pas spécialement placé sous le signe de l’humour, mais surtout sous le signe d’une relation malsaine et sadomasochiste entre un jeune homme de seize ans et sa future belle-mère, âgée de cinq ou six ans de plus que lui. Le film de Salvatore Samperi est principalement porté par la dynamique de ce couple inattendu, et c’est en grande partie grâce à la prestation du jeune homme (qui décéderait l’année suivante dans des conditions tragiques) que Malicia quitte le statut de la comédie inoffensive pour verser dans le drame malsain et tordu sur le passage à l’âge adulte. Le petit morveux fait ainsi subir à la pauvre Angela toute une série d’humiliations, sans compter le harcèlement, le voyeurisme et les intimidations. Le jeune Alessandro Momo semble d’ailleurs avoir parfaitement compris les implications du scénario, et dépeint Nino comme un véritable psychopathe, froid, stoïque, inquiétant.

Si la question de l’orientation sexuelle de Nino peut se poser, à plusieurs moments, dans le film, il semble que le jeune héros de Malicia méprise tout simplement les femmes, comme son camarade Porcello, et plus largement comme tous les hommes autour de lui. La réflexion amorcée par ce détail de l’intrigue pourra évidemment être élargie à la place des femmes au cœur de la société italienne de l’époque : Salvatore Samperi semble en effet sous-entendre que la femme n’a pas droit au chapitre, et doit se soumettre sans broncher aux désirs de son « maître ». Heureusement, la scène finale du film renverse un peu la vapeur, dans le sens où [Attention Spoilers] Angela finira par assumer son propre désir en violant le jeune homme qui se refusait à elle. [Fin des Spoilers]

En récoltant plus de cinq milliards de lires de recette au box-office, Malicia fut un immense succès à sa sortie en Italie. Ainsi, et même si le film de Salvatore Samperi s’avère extrêmement différent dans sa tonalité des autres comédies érotiques italiennes, on ne peut imaginer qu’il n’ait pas servi de « modèle » aux nombreux films du genre qui lui succéderaient pendant une dizaine d’années, et ce même si la plupart d’entre eux abandonneraient le côté intrinsèquement malsain de Malicia pour se concentrer sur une tonalité plus bouffonne et bon enfant. On notera par ailleurs que le cinéaste remettrait le couvert une vingtaine d’années plus tard avec Malicia 2000 (1991), toujours avec Laura Antonelli dans le rôle d’Angela, et Turi Ferro dans celui d’Ignazio.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est donc Sidonis Calysta qui nous propose aujourd’hui de (re)découvrir Malicia en Blu-ray. L’image est proposée au format, et s’avère globalement très satisfaisante, mais le master n’est pas pour autant tout à fait exempt de défauts. L’image est stable et parfaitement propre, mais l’absence quasi-totale de grain argentique nous laisse deviner que le film a subi un petit ravalement de façade prenant la forme d’un lissage numérique. Le rendu n’est pas désagréable pour autant, le niveau de détail est assez bon sur les plans les plus serrés, mais plus on s’éloigne en termes d’échelle de plans, plus l’ensemble manque de précision. Les couleurs sont belles, et semblent fidèles à la photo du film, signée Vittorio Storaro (Apocalypse Now). Côté son, VF et VO sont toutes deux proposées en mono d’origine et mixées en DTS-HD Master Audio 2.0. Les deux versions restituent les dialogues de façon relativement claire et équilibrée, l’ensemble fait occasionnellement preuve d’un certain punch dans la restitution de la musique de Fred Bongusto. Le doublage de la version française est assuré, entre autres, par Céline Monsarrat, Gilles Laurent et Béatrice Delfe.

Du côté des suppléments, Sidonis Calysta nous propose, outre la traditionnelle bande-annonce, une intéressante présentation du film par Jean Gili (32 minutes). Le critique et historien du cinéma reviendra donc sur le film de Salvatore Samperi de façon rigoureuse et pragmatique : on sent que l’homme est passionné par le cinéma populaire italien. Il remettra ainsi Malicia dans son contexte historique de façon passionnante, avant d’aborder dans le détail les aspects les plus inhabituels du film.

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