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À la une DVD — 18 septembre 2018
Test Blu-ray : Les possédées du diable

 
France : 1974
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Jess Franco
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h38
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 18 décembre 1974
Date de sortie DVD/BR : 1 septembre 2018

 

 

Homme d’affaires, Patrick Mariel part en vacances avec sa femme, Marianne, et sa fille Linda. Vieille amie de Patrick, Lorna Green arrive juste à temps pour le 18ème anniversaire de Linda dont elle prend possession du corps et de l’âme. Elle ne demande à Patrick que de respecter le contrat qu’ils ont passé 18 ans plus tôt : un contrat de sexe et de sang…

 

 

Le film

[3,5/5]

Avec 60 ans de carrière et plus de 200 films répertoriés sur le site de référence IMDb, Jess Franco est un des artisans du « bis » les plus prolifiques des années 60/70. Régulièrement traitée avec la condescendance traditionnellement réservée au cinéma d’exploitation de l’époque, la filmographie de Jess Franco contient pourtant une véritable série de petits chefs d’œuvres, qui transcendent littéralement la notion de cinéma « bis ». Les éditeurs vidéo semblent d’ailleurs en être parfaitement conscients : comme pour fêter les cinq ans de la disparition du cinéaste, ce ne sont pas un, ni deux, mais carrément SEPT films de Jess Franco qui ont vu le jour sur support Blu-ray en 2018 ! Au mois d’avril, ce sont les Blu-ray de Cartes sur tables (1966) et du Diabolique docteur Z (1966) qui sont sortis chez Gaumont. Début juin, La fille de Dracula (1972), Les démons (1973) et Les expériences érotiques de Frankenstein (1973) ont également passé le cap de la Haute Définition chez Artus Films. Aujourd’hui, c’est grâce au Chat qui fume que le cinéaste est à l’honneur : l’occasion rêvée pour l’esthète averti de découvrir dans de superbes éditions Blu-ray deux films de Franco encore tristement inédits sur support numérique dans l’hexagone : Le journal intime d’une nymphomane (1973) et Les possédées du diable (1974)…

 

 

Comme beaucoup d’autres films d’exploitation des années 70, Les possédées du diable est connu sous de nombreux titres différents. Cependant, il est rare qu’un seul et même film ait à son actif une telle pelletée de titres trompeurs et/ou mensongers. Le plus célèbre d’entre eux est bien sûr son titre « international »,  : MENSONGE éhonté, le film ne traite absolument pas d’exorcisme, ce titre opportuniste n’est là que pour tromper le chaland de l’époque, le succès de L’exorciste (1973) étant encore forcément dans toutes les mémoires. De plus, Lorna serait plutôt la « démone » dans l’histoire, et pas du tout une exorciste. A la rigueur, Lorna vs. The Exorcist, pourquoi pas, mais bon là on peut même parler de DOUBLE MENSONGE. Si l’on en croit le site de référence IMDb, le film de Jess Franco serait également sorti en festival sous le titre Caresses de chattes. Il s’agit, vous l’aurez compris, d’un nouveau MENSONGE : il n’y a absolument aucun chat dans ce film. Plus sérieusement, il est tout de même permis de mettre en doute le fait que ce titre ô combien classieux ait été utilisé pour l’exploitation de ce film en particulier : on aurait plutôt tendance à penser qu’il s’agit d’un des nombreux titres d’un autre film de Jess Franco, Les nuits brûlantes de Linda (1975). De plus, honnêtement, s’il s’agit réellement d’un titre de « festival » comme l’indique IMDb, on serait bien curieux de savoir quel genre de festival… Le site Encyclo-ciné nous indique également que le film de Franco serait sorti sous le titre secondaire de Sexy Diabolic Story, le site nous proposant même de découvrir l’affiche du film, pleine de fautes de frappe sur les noms des acteurs (Pamela Stafford, Guy Delurme, Jacquelin Laurent…). En l’occurrence, on aurait un peu de mal à parler de MENSONGE : le film est sexy, il est volontiers diabolic, et il est également doté d’une story.

 

 

Bien sûr, le scénario en question demeure très classique et enchaine les prétextes afin d’enquiller les scènes érotiques, mais il s’avère sans conteste assez intéressant pour que le spectateur puisse se laisser emporter par cette histoire de pacte démoniaque. En effet, avec son histoire de type concluant avec un pacte avec Lorna afin d’obtenir ses faveurs sexuelles en échange de sa fille (qu’il lui céderait le jour de ses 18 ans), Les possédées du diable évoque le mythe de Faust mais également et surtout les histoires macabres qui pullulaient dans les bandes dessinées populaires des années 60/70, dont quelques-unes étaient publiées en France, notamment par Arédit/Artima (Hallucinations, Le manoir des fantômes, La maison du mystère, etc.), dans des petits formats « jetables », faisant de nos jours l’objet d’un véritable culte pour beaucoup d’amateurs de bis et de « pulp » autant que de bizarreries artistiques. Et dans le genre « bizarrerie artistique », le film de Jess Franco se pose là, développant plus que jamais ce sens de la narration « flottante » et onirique qui hante régulièrement son cinéma et se posant toujours à mi-chemin entre un aspect par moments formellement extrêmement maitrisé et des séquences donnant au contraire l’impression d’avoir été « bricolées » à la va-vite. En ce sens, Les possédées du diable est absolument typique de toute une frange du cinéma fantastique du début des années 70, et s’intègre avec d’autres films dans une vague de longs-métrages coincés entre deux époques, conservant un solide « héritage » formel lié au fantastique des années 50/60, que la révolution sexuelle, l’évolution des mœurs et plus généralement une plus grande « permissivité » du côté de la censure tendent à balayer d’un revers de la main. Ayant peut-être un peu de mal à canaliser son énergie face à cette « liberté » artistique nouvelle, Jess Franco se lâche, proposant avec Les possédées du diable une ambiance et un style baroque complètement décomplexés, à tendance vaguement foutraque. Il n’hésitera pas non plus à se vautrer dans les excès en tous genre : plus érotique, le film développe un goût certain pour la vulgarité (comme le prouve le maquillage de Pamela Stanford, plus distingué tu meurs) et même la provocation (cette scène du godemichet satanique !), mais s’offre également quelques passages assez craspec dans leur genre : on pense notamment à cette scène surréaliste durant laquelle des dizaines de petits crabes sortent du vagin de . Des excès en tous genres qui en font une œuvre « vivante », respirant à plein(s) poumon(s) la folie d’une époque révolue : celle des glorieuses années 70, avec ses couleurs criardes, ses décors hétérogènes, son architecture en pleine urbanisation galopante, et ses actrices aux touffes exubérantes.

 

 

Historiquement, Les possédées du diable a également sa petite importance dans la carrière de Jess Franco. Premièrement, il s’agit de son film « maudit », d’une œuvre pour ainsi dire miraculée, invisible dans sa version intégrale depuis des décennies. Les négatifs ayant été perdus, la version proposée par Le chat qui fume au cœur de ce Combo Blu-ray + DVD est celle qui se rapproche le plus de la version souhaitée par le réalisateur à l’époque. Deuxièmement, il s’agit du film marquant la rencontre du cinéaste avec sa « muse » Lina Romay, qui resterait sa compagne fidèle et aimante jusqu’à la fin de sa vie.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

C’est donc Le chat qui fume qui nous permet aujourd’hui de (re)découvrir Les possédées du diable dans des conditions inédites, au sein d’un superbe coffret Combo Blu-ray + DVD. On notera comme d’habitude le soin apporté par l’éditeur au packaging, présenté dans un beau digipack trois volets nanti d’un sur-étui cartonné et assez superbement illustré par le graphiste du Chat qui fume, Frédéric Domont (alias BaNDiNi), qui nous propose sur ce film un joli travail de création à partir des visuels d’exploitation du film, et propose un rendu assez sublime. Un bien « bel objet », qui s’intégrera parfaitement aux autres Combos édités par Le chat qui fume depuis quelques années maintenant.

 

 

Techniquement, aussi bien côté image que côté son, le master proposé par Le chat qui fume sur Les possédées du diable est vraiment d’excellente tenue : c’est d’autant plus remarquable que l’éditeur a dû composer avec deux masters 35 mm différents (l’un des deux étant qui plus est très endommagé) afin de tenter de nous proposer le montage le plus proche possible de la version voulue par le réalisateur – la version « censurée » était en effet plus courte d’une vingtaine de minutes…Compte tenu de ces difficultés éditoriales, on ne pourra que tirer notre chapeau au Chat qui fume, et ce Blu-ray du film risque à priori de mettre tout le monde d’accord : le film est donc naturellement proposé au format 1.66:1 respecté et encodé en 1080p. Bien sûr, on notera quelques passages un peu moins en forme que d’autres, mais l’éditeur a tenu éloignée la tentation d’avoir recours au réducteur de bruit pour « uniformiser » le rendu général, la granulation d’origine est donc préservée, le piqué est précis, et la gestion des contrastes semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière : l’ensemble est excellent, tout à fait satisfaisant. Le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, en VF ou en version anglaise : l’ensemble souffre de légères saturations occasionnelles, mais reste clair et relativement équilibré.

 

 

Du côté des suppléments, Le chat qui fume s’est à nouveau fendu d’environ une heure et demie de bonus, bien rythmés (c’est important mine de rien quand on entreprend de toute regarder d’un bloc !), variés, pleins d’anecdotes et assez passionnants. On commencera donc avec l’incontournable entretien avec (« Franco le possédé », 47 minutes), durant lequel ce proche de Jess Franco reviendra sur Les possédées du Diable, en remettant le film dans son contexte de tournage. Il nous explique donc que le film a été tourné à un moment charnière : celui du relâchement de la censure cinématographique d’état par Valéry Giscard d’Estaing, en 1974. Cette permissivité nouvelle s’est naturellement vue accompagnée d’une recrudescence de films porno, et a radicalement changé la donne pour Jess Franco d’un point de vue formel, dans le sens où ce dernier était habitué depuis de nombreuses années à composer avec la censure. Selon Petit, le film est donc un produit « typique » de son époque, tellement typique des 70’s qu’il le considère aujourd’hui comme un film historique, « en costumes ». Il s’attarde également assez longuement sur le casting du film, et notamment sur la rencontre de Franco avec Lina Romay, qui deviendrait sa muse et la personnalité féminine la plus importante de sa carrière. On continuera ensuite avec un entretien avec Pamela Stanford (« Pamela Stanford, la possédée de Franco », 14 minutes), au cours duquel l’actrice aujourd’hui âgée de 68 ans évoque ses débuts aux Folies Bergères puis au cinéma. Naturelle et bavarde, elle évoque en toute modestie sa « belle poitrine » et ses photos sexy, lui ayant ouvert la porte au film de Jess Franco et au rôle de Lorna, qui lui convenait totalement dans le sens où l’actrice a toujours été attirée par le paranormal (elle affirme d’ailleurs avoir déjà vu des OVNI, et avoir vécu dans une maison hantée). Ses souvenirs du tournage sont très amusés, et souvent amusants : elle aimait bien Jess Franco et aimait à raconter des mensonges rocambolesques à ses camarades acteurs et figurants : on comprend sans peine comment Franco, grand mythomane devant l’éternel, a pu se trouver à l’époque des points communs avec la jeune actrice… On terminera le tour des interviews disponibles sur la galette – qui ont la particularité d’avoir toutes été enregistrées en français – avec un entretien avec Jacqueline Laurent (« Jesús et moi », 25 minutes). L’actrice évoque avec son délicieux petit accent québecois la façon dont elle s’est laissé convaincre de tourner des scènes érotiques afin « d’apprendre le métier » – elle raconte donc son expérience sur La bonzesse (François Jouffa, 1974), puis son travail avec Jess Franco sur Les possédées du Diable, film sur lequel elle a apprécié d’avoir un vrai scénario sur lequel se baser plutôt que d’avoir à entrer dans la peau de son personnage à partir d’un simple synopsis – au point qu’elle n’a pas eu l’impression sur ce film de tourner des scènes érotiques. Tout comme Pamela Stanford, Jacqueline Laurent, 77 ans, évoque les « très jolis seins » qu’elle avait à l’époque du tournage du film « Contrairement à aujourd’hui » ajoute-t-elle par elle-même. Last but not least, l’éditeur nous propose de découvrir un sujet assez édifiant sur la restauration du film, sur le mode toujours payant du « avant / après » ainsi qu’avec les traditionnelles bandes annonces : en l’occurrence celles de La rose écorchée (Claude Mulot, 1970), La saignée (Claude Mulot, 1971), Chats rouges dans un labyrinthe de verre (Gatti rossi in un labirinto di vetro, Umberto Lenzi, 1975), Comme des chiens enragés (Come cani arrabbiati, Mario Imperoli, 1976) et Amour et mort dans le jardin des dieux (Amore e morte nel giardino degli dei, Sauro Scavolini, 1972).

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles