Test Blu-ray : Le Village des Damnés

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Le Village des Damnés

États-Unis : 1995
Titre original : Village of the Damned
Réalisation : John Carpenter
Scénario : David Himmelstein, Steven Siebert, Larry Sulkis
Acteurs : Christopher Reeve, Kirstie Alley, Linda Kozlowski
Éditeur : Elephant Films
Durée : 1h39
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 16 août 1995
Date de sortie DVD/BR : 12 avril 2022

Les jours des habitants de la petite ville de Midwich semblent s’égrainer paisiblement lorsqu’une force invisible et puissante vient endormir la totalité des gens présents. Plusieurs semaines après cet incident perturbant, le docteur Alan Chafee découvre que pas moins d’une dizaine de femmes attendent un enfant…

Le film

[3,5/5]

Un peu plus de quinze ans après les débuts du support Blu-ray, et même si quelques films manquent encore à l’appel, la quasi-totalité de la filmographie de John Carpenter est aujourd’hui disponible en Haute-Définition sur le marché de la vidéo en France. Le Village des damnés, qui sort ces jours-ci en Blu-ray sous les couleurs d’Elephant Films, fait donc aujourd’hui un peu office de retardataire, mais on suppose que cette lenteur est, du moins en partie, liée au statut de « film maudit » dont souffre l’œuvre au sein de la filmographie de Carpenter.

Pour autant, 27 ans après sa sortie dans les salles, il semble que Le Village des damnés ait globalement été plutôt réhabilité, révisé au regard des thèmes et des obsessions du cinéaste, et ait retrouvé une réputation un poil plus respectable que par le passé. A l’origine bien sûr, il y avait donc le chef d’œuvre de Wolf Rilla, tourné en 1960 – un film encore si moderne et parfaitement efficace qu’un remake ne semblait pas forcément s’imposer. Ce qui poussa finalement John Carpenter à se pencher sur le projet découle d’un arrangement passé avec Universal Pictures : s’il réalisait le film, le studio lui permettrait par la suite de s’attaquer au remake de L’Étrange Créature du lac noir, projet qui lui tenait en revanche réellement à cœur. Bien sûr, l’avenir se montrerait cruel avec le cinéaste, puisque suite à l’échec public du Village des damnés, son autre projet ne se concrétiserait finalement jamais.

Pour autant, on n’irait pas jusqu’à affirmer que John Carpenter ait « bâclé » Le Village des damnés. Si le scénario de David Himmelstein était déjà écrit, Carpenter et son épouse la productrice Sandy King Carpenter se sont chargés du casting, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le produit fini entretient des similitudes visuelles avec d’autres films du cinéaste, déjà tournés (The Fog principalement, pour le village de Midwich présenté comme un personnage du récit à part entière) ou à venir (la photo de Gary B. Kibbe en mode orangé évoque beaucoup celle de Vampires). Très respectueux du film d’origine, Carpenter avait d’ailleurs invité son réalisateur Wolf Rilla, qui était venu visiter le plateau avec son épouse.

Le Village des damnés est globalement très fidèle au film de 1960, jusque dans certaines idées de mise en scène, qui étaient déjà absolument remarquables dans le film de Wolf Rilla, mais qui paraissent un peu en demi-teinte ici. Bien entendu, John Carpenter conservé la ville provinciale de Midwich. Au début du film, il rajoute un peu de « contexte » absent du film de 1960, suivant plusieurs personnages afin de poser de façon convaincante les lieux et les personnalités au cœur du récit. Comme à son habitude, Carpenter tourne en Scope, et l’utilise de façon vraiment remarquable, utilisant brillamment tout l’espace mis à sa disposition. La musique est également typique de son style, puisqu’il la signe lui-même avec Dave Davies : celle-ci s’accorde parfaitement avec les images.

Autre changement par rapport au film original, le groupe d’enfants est ici mené par la petite Mara (Lindsey Haun), et non par David (Thomas Dekker), qui affiche ici des sentiments et des émotions qui le rapprochent des humains. Cette nuance rend le déroulement du récit un peu plus imprévisible. Dans le même état d’esprit, on pourra regretter que Le Village des damnés ait cédé à la mode du moment. En effet, le film de John Carpenter sortit à une époque où le genre fantastique était dominé par le carton de la série Aux frontières du réel (X-Files), qui contribuerait d’ailleurs énormément au retour du genre sur le devant de la scène. Inévitablement, la nature extraterrestre des enfants de Midwich serait ici mise sur le devant de la scène, notamment à l’occasion d’une scène assez ridicule mettant en scène une espèce de petit alien de type Roswell – une faute de goût que beaucoup de cinéphiles n’ont pas encore réellement pardonné à Carpenter, malgré les qualités évidentes du reste de son film.

A n’en point douter, c’est même ce détail qui a plombé Le Village des damnés à l’époque de sa sortie. De plus, le look et la posture déshumanisée des enfants (alliée à leur manière de marcher à l’unisson dans la rue à la façon des jeunesses Hitlériennes) ont probablement pu donner l’impression au public de 1995 de se retrouver face à des méchants un peu trop anachroniques pour s’avérer convaincants. Pour autant, malgré quelques petits détails, on ne peut finalement que saluer John Carpenter pour la façon dont il est parvenu à capturer l’esprit du film original tout en restant fidèle à son style et à sa vision unique de la terreur au cinéma.

Le Blu-ray

[4/5]

Annoncé en fin d’année dernière, puis reculé, Le Village des damnés est finalement disponible chez Elephant Films le 12 avril, en Steelbook et en exclusivité dans les magasins Fnac. Du côté du master, le film compte nombre de stigmates des éditions Universal en termes de rendu HD ; cela dit, l’ensemble affiche une belle précision et une colorimétrie solide, qui relégueront aux oubliettes l’antique édition DVD du film de Carpenter. Pour autant, on ne pourra s’empêcher de tiquer par moments devant le transfert du film, qui affiche de légères traces de passage au réducteur de bruit (DNR), et imposant quelques textures à l’aspect numérique laissant un peu à désirer. Le grain est présent, sans atténuation majeure – on remarque cependant un peu de Edge Enhancement sur certains plans, cette amélioration artificielle des contours provoquant lors de certaines séquences un léger halo blanchâtre autour des personnages. Cela dit, et malgré ces quelques réserves, la galette propose un rendu globalement enthousiasmant, très supérieur à n’importe quelle source SD, surtout si vous visionnez le film sur un très grand écran. On notera par ailleurs que le film est bel et bien proposé en 1080p. Côté son, l’éditeur nous propose un mixage VO dynamique et spectaculaire en DTS-HD Master Audio 5.1. Le rendu est atmosphérique en diable et globalement très fréquentable, avec de petits détails sonores parfois étonnants du côté des canaux arrière. VF et VO sont également proposées dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 au rendu acoustique clair, propre et bien équilibré : du très beau travail.

Du côté des suppléments, outre la bande-annonce du film et d’une poignée d’autres films fantastiques édités par Elephant Films, on trouvera sur le Blu-ray une présentation du film par Stéphane du Mesnildot (25 minutes). Après avoir replacé rapidement le film dans la carrière de John Carpenter, le critique évoquera l’œuvre de John Wyndham, la première adaptation par Wolf Rilla, et les éléments thématiques qui intéressaient Carpenter dans le récit, notamment dans le « dérèglement » de la petite ville américaine typique et la façon dont cette Amérique « blanche » va vite sombrer dans des dérives obscurantistes quand il s’agit de s’occuper des marginaux. Il évoquera également le casting du film, complètement constitué de has-been – de marginaux d’Hollywood.

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