Test Blu-ray : Le Passage du Canyon

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Le Passage du Canyon

États-Unis : 1946
Titre original : Canyon Passage
Réalisation : Jacques Tourneur
Scénario : Ernest Pascal
Acteurs : Dana Andrews, Brian Donlevy, Susan Hayward
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h32
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 28 octobre 1949
Date de sortie DVD/BR : 22 novembre 2021

En 1856, tandis que la ruée vers l’or embrase tout l’Oregon, Logan Stewart accepte, à la demande de son ami Camrose, de convoyer de Portland à Jacksonville la fiancée de ce dernier, Lucy Overmire. Si Stewart s’éprend de sa passagère, il lui cache ses sentiments. Arrivé à destination, il sauve Camrose, coupable du meurtre d’un mineur, du lynchage. La trêve est de courte durée car, déjà, les Indiens déterrent la hache de guerre, poussés à la révolte par l’assassinat d’un des leurs par un complice de Camrose. Imminente, l’attaque de Jacksonville ne laisse que peu d’espoir de survie à ceux qui s’y sont retranchés…

Le film

[4,5/5]

Le Passage du Canyon est un western atypique, plein de mélancolie, qui brosse à sa manière un joli portrait de la vie frontalière à la manière d’une peinture à l’huile, grâce aux compositions de cadres de Jacques Tourneur et à la sublime photo du film signée Edward Cronjager. Avec ses intérieurs de cabanes éclairés à la lanterne, ses paysages ensoleillés, ses feuilles mortes, l’orange clair et brûlé qui encadre les portes donnant sur l’extérieur ou encore ses nombreux panoramiques nous donnant à admirer les paysages du Nord-Ouest Pacifique, Le Passage du Canyon s’impose encore aujourd’hui comme un véritable régal pour les yeux.

A n’en point douter, la splendeur visuelle du film contribue à enrichir à sa manière l’atmosphère qui plane au-dessus des personnages du Passage du Canyon, adapté d’un roman inédit en français d’Ernest Haycox décrit comme « une fresque extraordinaire qui retrace la vie des pionniers de l’Oregon en 1850 ». Et qui dit Oregon en 1850 dit forcément ces fameux avant-postes en rondins de pin construits à la lisière de forêts que l’on imagine forcément denses et mystérieuses. Le Passage du Canyon bien sûr joue de cette mythologie, dépeignant les pionniers comme des artisans ayant sculpté leur civilisation dans la nature sauvage, avec tout ce que cela inclut de batailles, de bagarres, de chevauchées difficiles et de fièvre de l’or – une certaine idée de la mythification de l’Ouest, mise en scène par un Jacques Tourneur au sommet de son Art.

Porté par la prestation ô combien charismatique de Dana Andrews, Le Passage du Canyon base donc une partie de sa narration sur les rapports entre la ville et la nature (en partie représentés par le personnage incarné par Brian Donlevy, qui ne jure que par la « grande ville »), les colons et les indigènes, la romance et la liberté. Dana Andrews y incarne un marchand porté sur l’aventure, que son ambition pousse à voyager fréquemment et qui, au début du film, effectue un long périple entre des avant-postes forestiers en compagnie de Lucy, femme de la Haute Société passionnée et volontaire, incarnée par Susan Hayward. L’alchimie qui se dégage du couple et leur badinage insouciant créent une tension romantique entre les deux personnages qui sera occasionnellement soulignée par la mise en scène absolument brillante de Tourneur – on pense à cette séquence durant laquelle Andrews avoue ses sentiments à Caroline (Patricia Roc), fille adoptive d’un éleveur bon vivant.

Au fil du récit, le triangle amoureux s’agrandira, au point de créer des enchevêtrements romantiques à quatre et même cinq personnes, qui se dérouleront sur fond de conflit avec une tribu amérindienne, mais également avec un ivrogne local incarné de façon terrifiante par Ward Bond. Absolument passionnant, Le Passage du Canyon se permet de plus quelques petites digressions quasi-Brechtiennes par le biais du personnage de Hoagy Carmichael, qui joue de la mandoline et commente avec ironie les événements. Complexe et tout sauf manichéen, le film se met en place lentement mais sûrement, sur un rythme tranquille qui laissera finalement place dans son dernier acte à un déchainement de violence d’autant plus efficace et inattendu. En bon habitué du thriller et du Film Noir, Jacques Tourneur sait y faire pour apporter au Passage du Canyon l’intensité nécessaire pour marquer durablement l’esprit du spectateur.

Mêlant avec une habileté remarquable réalisme psychologique et atmosphère de danger imminent, en agrémentant le tout de compositions de plans à tomber par terre, Tourneur réussit avec Le Passage du Canyon un véritable coup de maître pour son premier western, capturant avec brio l’esprit complexe et fascinant des pionniers de l’Ouest. Une leçon de cinéma, à voir et à revoir…

Le Blu-ray

[4/5]

Le Passage du Canyon était déjà sorti courant 2007 en DVD dans la collection « Western de légende » de Sidonis Calysta, mais réapparaît ce mois-ci dans une nouvelle édition Blu-ray que le film méritait amplement. Comme dans le cas du Roi et quatre reines, sorti à la même date chez l’éditeur, cette nouvelle édition se base sur un master Haute-Définition sans doute un peu ancien, n’ayant pu bénéficier d’une restauration à la hauteur. Cependant, on ne va pas chipoter : le rendu est bien supérieur à celui du DVD de 2007 : le piqué, les couleurs et le niveau de détail sont satisfaisants, et l’image est d’une belle stabilité. Comme sur la plupart des films en Technicolor, l’alignement des bandes pourra poser problème à certains spectateurs – tout dépend de la sensibilité de votre rétine. Les personnes les plus sensibles pourront être gênés par l’effet « arc en ciel » auquel ils sont habitués (et qui peut parfois faire son apparition sur certains Blu-ray de films récents), même si la profondeur des noirs et des contrastes sur ce titre en particulier atténueront sans aucun doute la plupart du temps ce petit désagrément. Côté son, VF et VO sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 – un bon point dans le sens où la version française était absente du DVD de 2007. Les deux mixages sont l’un comme l’autre propres et toujours parfaitement clairs.

Dans la section suppléments, Sidonis Calysta nous propose tout d’abord de nous replonger dans la présentation du film par Bertrand Tavernier héritée du DVD de 2007 (21 minutes). Il commencera en évoquant les « premiers westerns » tournés à Hollywood par des cinéastes venus d’Europe, puis s’attardera plus précisément sur Le Passage du Canyon, en revenant sur le scénario, le livre dont il est adapté, mais également la photo et la mise en scène de Jacques Tourneur. On continuera avec une présentation du film par Jean-François Giré (14 minutes), qui reviendra grosso modo sur les mêmes éléments que Bertrand Tavernier, en élargissant à l’accueil critique du film – il admettra par ailleurs avoir revu le film à la hausse en le redécouvrant pour préparer son intervention. On terminera ensuite avec un documentaire sur Jacques Tourneur (1 heure), qui reviendra de façon chronologique sur l’œuvre et les différents films du cinéaste. Le tout est entrecoupé d’interventions de plusieurs critiques prestigieux (Bertrand Tavernier, Pierre Rissient, Philippe Rouyer…). Les éléments formels de son cinéma sont ainsi disséqués de façon très intéressante – le gros des interventions se concentre néanmoins fort logiquement à ses contributions au genres du fantastique et du Film Noir. On terminera enfin avec la traditionnelle bande-annonce.

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