Test Blu-ray : Le goût de la violence

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Le goût de la violence

France, Italie, Allemagne : 1961
Titre original : –
Réalisation : Robert Hossein
Scénario : Robert Hossein, Claude Desailly, Louis Martin
Acteurs : Robert Hossein, Giovanna Ralli, Mario Adorf
Éditeur : Gaumont
Durée : 1h25
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 30 août 1961
Date de sortie DVD/BR : 26 mai 2021

1890, dans un pays pauvre d’Amérique latine, des « guérilleros » luttent contre la tyrannie d’un gouvernement autoritaire. La fille du chef d’État, qui voyageait dans un train, est enlevée. Elle doit être emmenée comme otage au quartier général des révolutionnaires. Trois hommes vont l’escorter à travers ce pays en proie à la guerre civile et aux massacres absurdes…

Le film

[4/5]

Malgré son statut de coproduction entre l’Italie, la France et l’Allemagne, Le goût de la violence n’est pas, à proprement parler, ce qu’on appelle un « western spaghetti ». Et pour cause : le film de Robert Hossein est sorti en 1961, alors que Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, film qui poserait les bases esthétiques du genre, ne sortirait que trois ans plus tard, en 1964.

Si certains films tournés en 63/64 sont régulièrement cités comme des « précurseurs » du genre (La griffe du coyote, Le justicier du Minnesota…), on ne remonte généralement pas jusqu’en 1961. Pourtant, Le goût de la violence fait preuve d’un goût prononcé pour le lyrisme ainsi que pour les scènes musicales dénuées de tout dialogue (sur une superbe BO signée André Hossein) – deux éléments stylistiques qui deviendront des marques de fabrique du cinéma de Sergio Leone.

De la même façon, et même si le pays où se déroule l’action n’est pas spécifié, Le goût de la violence développe également une intrigue de révolution teintée d’idées marxiste et de lutte des classes, préfigurant les thématiques chères au « western Zapata » bien avant El Chuncho de Damiano Damiani (1966). Cela dit, sur le terrain des idées, le vrai précurseur de cette déclinaison du genre est probablement à aller chercher encore un peu plus loin, du côté du Viva Zapata ! d’Elia Kazan (1952), même si bien sûr, le film de Kazan est moins largement marqué d’idées marxistes.

Autant dire donc que Le goût de la violence est un film étonnant, presque inclassable. Suivant le voyage de trois compañeros et de leur otage à travers les plaines arides du Mexique (on le suppose du moins), le film de Robert Hossein prend le temps de présenter ses personnages principaux, et de faire monter les inimitiés, lentement mais sûrement, principalement entre les personnages campés par le toujours excellent Mario Adorf et Robert Hossein lui-même. Parallèlement à ce face-à-face – qui tendra à démontrer, d’une façon assez nihiliste, que la révolution entreprise par ces trois peónes est morte avant même de commencer – on sentira également naitre les sentiments de Perez (Hossein) pour son otage, incarnée par Giovanna Ralli…

Visuellement, Le goût de la violence est également très inhabituel, et assez impressionnant, avec son Scope en noir et blanc et la photo de Jacques Robin, vraiment superbe. En utilisant des contrastes forts, et en mettant en évidence la profondeur de champ, Robin accentue et renforce sans doute les compositions de plans extrêmement théâtrales utilisées par Robert Hossein, et sert par conséquence parfaitement son propos, qu’il s’agisse de scènes dévoilant les sentiments des personnages ou ceux mettant en évidence l’insignifiance de l’homme au cœur des grands espaces. La découverte des pendus par Perez, la scène sur la plage ou le « rapprochement » entre les deux personnages au cœur du film sont ainsi autant de scènes saisissantes, d’une grande force émotionnelle.

En deux mots comme en cent, Le goût de la violence s’impose comme un western atypique, d’autant plus remarquable qu’il est en provenance d’Europe et précède de quelques années l’apparition du western spaghetti. Quelques années plus tard, Robert Hossein confirmerait d’ailleurs son amour pour le genre, en réalisant Une corde, un colt (1969), qui s’inscrirait quant à lui d’une façon claire et définitive dans la mouvance du western à l’italienne. Une belle curiosité, à découvrir !

Le Blu-ray

[4/5]

Disponible depuis 2012 dans la collection « Gaumont à la demande », Le goût de la violence a donc enfin bénéficié d’une remasterisation qui lui permet aujourd’hui d’intégrer les rangs de la très riche collection Blu-ray Découverte (parfois également appelée Gaumont Découverte en Blu-ray). Et comme d’habitude avec l’éditeur, ce Blu-ray est tout à fait convaincant d’un point de vue technique. On ne fera pas inutilement durer le suspense : aussi bien côté image que côté son, le master proposé par Gaumont sur Le goût de la violence est d’excellente tenue. En effet, le film est proposé au format Scope respecté, encodé en 1080p, le piqué est précis et la gestion du noir et blanc est absolument remarquable. La gestion des contrastes semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière, et l’ensemble conserve une solide patine argentique : le grain est bel et bien présent, et la peau des personnages ne prend jamais d’aspect « cireux », sauf peut-être dans le cas de Robert Hossein, qui donne parfois l’impression d’avoir revêtu un masque de caoutchouc – mais il s’agissait là d’une des caractéristiques de son visage, dont il usait et abusait d’ailleurs dans son jeu. Le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, dans un mixage parfaitement clair et sans souffle. Du beau travail !

Du côté des suppléments, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Jean-François Giré (20 minutes). Ce dernier y reviendra sur la nature même du film, précurseur du « western zapata », pour ensuite revenir sur les grandes qualités formelles du métrage, qui malgré des lenteurs et une certaine théâtralité, semble l’avoir tout à fait convaincu. Il terminera en montrant au spectateur le disque vinyle du film ainsi que son affiche, issus de sa collection personnelle. On terminera ensuite avec un sujet consacré à la restauration du film, sur le mode toujours payant du « avant / après ».

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