Critique : Mère et fille

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Croatie : 2019
Titre original : Mater
Réalisation :
Scénario : Jure Pavlović
Interprètes : , Neva Rošić,
Distribution :
Durée : 1h33
Genre : Drame
Date de sortie : 13 janvier 2021. Peut-on croire à cette date, rien n’est moins sûr ?

4/5

Né à Split en 1985, Jure Pavlović a participé à plusieurs programmes internationaux comme Berlinale Talents, Sarajevo Talents Campus ou Sources 2, et réalisé plusieurs courts-métrages, dont Picnic qui a remporté en 2015 le Prix du Meilleur court-métrage européen. Mère et fille est son premier long-métrage.


Synopsis : Partie faire sa vie en Allemagne, Jasna revient en Croatie rendre visite à sa mère Anka, qui résiste au temps, à la maladie et aux aspirations de ses proches. Mais Anka, méfiante et acariâtre, tient à garder son autorité et n’accepte la présence de personne.

Jasna et Anka

Les rapports entre une fille et sa mère peuvent être excellents. Ils peuvent aussi être exécrables ! Lorsque, Jasna, la quarantaine, cheveux blonds, se présente à la porte d’une maison en poussant un soupir, on flaire l’existence d’un problème. On est très vite fixé : le problème, c’est Anka, la mère de Jasna. Jasna a fait le voyage vers un village de Croatie depuis l’Allemagne, où elle habite près de Berlin, où elle est mariée et maman de deux enfants, quand elle a appris que sa mère était malade d’un cancer et celle-ci la reçoit de façon on ne peut plus froide : aucune tendresse, puis des récriminations à n’en plus finir, puis le refus de suivre les recommandations du médecin. La coiffure de sa fille ? On dirait une prostituée, persifle-t-elle. Mijo, un cousin qui, gentiment, propose de s’occuper du jardin ? Il fait ça dans le but de s’approprier sa terre, affirme-t-elle. Jasna ne devait rester que quelques jours, mais une chute de Anka survenue la veille de son retour en Allemagne et suivie d’un court séjour à l’hôpital, nécessite une période de rééducation à domicile.

Le temps passe et Jasna est toujours en Croatie, loin de son mari et de ses enfants avec qui elle communique via Skype. Ce temps qui passe va permettre à Jasna de retrouver ses marques dans son pays d’origine, avec l’apparition d’un litige de quelques mètres carrés concernant la limite du terrain familial avec le voisin, les retrouvailles avec un ancien copain d’école à qui leur instituteur avait dit qu’il ne trouverait jamais de femme et qui est père de 6 enfants, une mère qui, malgré ses soucis de santé, a toujours la force d’être ignoble et à qui Jasna finira par dire « Tu ne peux pas reconnaître la vérité au moins une fois ? ». Il faut dire que Anka, avec ses idées bien arrêtées, n’a pas cessé de s’immiscer dans les choix de sa fille. C’est ainsi que lorsque Jasna a voulu faire médecine et aller rejoindre son frère à Sarajevo, elle s’est entendue dire qu’un homme, il étudie et il reste dans sa famille, alors qu’une femme, elle étudie et elle part avec son mari.

Beaucoup de dialogues hors champ

Le soupir que pousse Jasna au moment où elle va faire son entrée dans le salon où Anka, sa mère, discute avec des voisines, est d’entrée de jeu révélateur du type de relation particulièrement toxique que les deux femmes entretiennent. Durant cette scène, la caméra se concentre sur Jasna, Anka et les voisines n’étant présentes que par leurs voix. Ce parti pris de la part du réalisateur, on va le retrouver presque tout au long du film : par exemple, lors d’une visite de Jasna dans une maison de retraite où sa mère pourrait trouver l’accompagnement dont elle a besoin, on entend les questions qu’elle pose aux membres du personnel, on entend leurs réponses mais c’est à peine si on les voit, la caméra suivant sans arrêt, en gros plan, la tête de Jasna, de face, de profil, de dos. On trouve un autre exemple particulièrement marquant de ce parti pris lors d’une visite d’un kiné auprès de Anka : on entend ce kiné et Anka, mais on ne voit que Jasna ! Ce n’est que vers la fin du film, lorsque les forces d’Anka l’abandonnent petit à petit, que l’on pourra voir la caméra, suivant Jasna, se rapprocher d’un autre visage, celui d’Anka.

Deux comédiennes et deux virtuoses de l’image

Vu le parti pris du réalisateur de concentrer, tout au moins visuellement, une grande partie de son film sur Jasna, il fallait une grande comédienne pour interpréter ce rôle. Jusqu’à Mère et fille, cette comédienne, Daria Lorenci-Flatz, était pratiquement une inconnue pour le public français, malgré ses 20 ans de carrière, n’étant apparue que dans des seconds rôles dans les rares films dans lesquels elle jouait et  qui avaient été distribués chez nous. Dans Mère et fille, elle fait preuve d’un jeu très fin, tout en nuance et on se régale à suivre ses mimiques, jamais forcées, toujours justes. Autre rôle important, celui de Anka, qu’on voit moins mais qu’on entend beaucoup. Neva Rošić, qui l’interprète, est une comédienne de 85 ans qui a commencé sa carrière en 1958 et qui a beaucoup tourné pour la télévision. Le réalisateur est le premier à reconnaître que son expérience lui a été très utile.

Par ailleurs, deux membres de l’équipe technique ont joué un rôle particulièrement important pour la réussite de ce film : La chef opératrice Jana Plečaš et le caméraman Pavel Posavec avaient la tâche ardue de suivre Daria Lorenci-Flatz au millimètre, le plus souvent en gros plan, sans fatiguer les spectateurs, avec une lumière qui soit toujours au rendez-vous. Elle et lui ont parfaitement réussi leur mission.

Conclusion

Le premier long métrage du réalisateur croate Jure Pavlović est une belle réussite. Ce film de fiction très réaliste n’est pas sans rappeler les films les plus marquants des frères Dardenne et il nous permet en outre de découvrir une grande comédienne, Daria Lorenci-Flatz.

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