Test Blu-ray : Le Chat et le canari

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Le Chat et le canari

Royaume-Uni : 1978
Titre original : The Cat and the Canary
Réalisation : Radley Metzger
Scénario : Radley Metzger
Acteurs : Honor Blackman, Michael Callan, Edward Fox
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h38
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 28 mai 1980
Date de sortie DVD/BR : 22 mars 2024

Pour le vingtième anniversaire de la mort du richissime Cyrus West, ses héritiers sont réunis dans son château : ils vont enfin connaitre le contenu de son testament. Selon ses dernières volontés, la jeune Annabelle West sera la seule bénéficiaire de sa fortune. C’est alors qu’on apprend qu’un dangereux psychopathe écume la région. Les morts violentes vont se succéder…

© 1977 by Grenadier Films Ltd. All Rights Reserved. © Rimini Éditions. Tous droits réservés

Le film

[3/5]

Le Chat et le Canari est basé sur une pièce de théâtre de John Willard dont la première a eu lieu à Broadway en février 1922. Sa popularité à l’époque a contribué à en créer, au fil des années, de nombreuses adaptations cinématographiques. La première adaptation, La Volonté du mort (Paul Leni, 1927), s’était imposée comme l’un des classiques de l’horreur de l’ère du muet, et avait contribué à la naissance du film d’horreur du genre « Old Dark House », un mélange de comédie et d’horreur apparu à la charnière entre l’ère du muet et celle du sonore. La deuxième adaptation de la pièce fut co-réalisée par Rupert Julian et John Willard lui-même, et s’appelait The Cat Creeps (1930). Il s’agissait du premier film d’horreur produit par Universal avec du son et des dialogues, avant Frankenstein (1931), Dracula (1931) et L’homme invisible (1933). Malheureusement, le film est aujourd’hui considéré comme perdu. La troisième adaptation est probablement la plus célèbre : il s’agit du film Le Mystère de la maison Norman (Elliott Nugent, 1939), avec Bob Hope et Paulette Goddard, considéré comme un classique du genre « Old Dark House ». La pièce a ensuite fait l’objet d’une adaptation pour la BBC en 1959, dans le cadre de l’anthologie Saturday Playhouse, puis sous la forme d’un téléfilm suédois, Katten och kanariefågeln (Jan Molander, 1961).

© 1977 by Grenadier Films Ltd. All Rights Reserved. © Rimini Éditions. Tous droits réservés

Le Chat et le Canari est donc la sixième adaptation de la pièce de John Willard, et la quatrième à avoir connu les honneurs d’une distribution dans les salles obscures. Bien entendu, le genre « Old Dark House » était devenu désuet en 1978 : il s’agit en effet de l’année où est sorti le chef d’œuvre Halloween – La Nuit des masques de John Carpenter, et en comparaison avec ce film, celui de Radley Metzger semble non seulement appartenir à une autre époque, mais aussi s’adresser à un public d’une génération presque totalement différente. Le Chat et le Canari version 1978 va donc chercher ses influences du côté du « whodunit » à la Agatha Christie, qui à l’époque connaissait un regain d’intérêt, notamment grâce à des films tels que Le Crime de l’Orient-Express (Sidney Lumet, 1974) ou Mort sur le Nil (John Guillermin, 1978). Il va également sans dire que le Giallo italien, également dérivé du whodunit, fut une influence sur la production du film, notamment par le fait que le Giallo utilisait fréquemment des titres dits « animaliers » – on pense à des titres tels que L’oiseau au plumage de cristal, Quatre mouches de velours gris, Le chat à neuf queues, L’iguane à la langue de feu, Journée noire pour un bélier, La queue du scorpion, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Tarentule au ventre noir, Plus venimeux que le cobra, etc.

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Mais il semble qu’en troquant la vieille maison inquiétante contre le grand manoir bourgeois aux couloirs labyrinthiques et aux passages secrets et pièces cachées, Le Chat et le Canari aille surtout chercher son influence la plus nette dans un élément incontournable de la culture populaire : le Cluedo. Ce jeu de société créé en 1949 a effectivement remporté un succès planétaire durant les décennies suivantes, au point qu’il semble absolument impossible que le scénariste / réalisateur Radley Metzger n’ait pas cherché à recréer avec son film une espèce de Cluedo grandeur nature. Cette idée est d’ailleurs renforcée par le fait que le cinéaste ne cherche pas réellement à créer de tension, avec notamment des personnages masculins cyniques et adeptes d’un humour anglais très sec, qui ne prononceront pas une seule phrase sérieuse de tout le film, ou encore par des situations complètement absurdes, telles que ce médecin chef de l’asile de fous d’à côté qui pénètre dans le manoir non pas en frappant à la porte mais en se jetant à travers une fenêtre.

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Ces détails font clairement pencher Le Chat et le Canari du côté de la comédie, ou du pastiche : les personnages semblent trop peu impliqués et insouciants, et le film n’utilise jamais le potentiel lié à la présence du tueur inconnu dans la seconde moitié du film n’est jamais réellement exploité. Côté scénario, l’histoire de base de la pièce ne change pas beaucoup, mais en dépit d’une poignée d’ajouts modernes qui auraient pu s’avérer intéressants (Honor Blackman et Olivia Hussey sont ainsi présentées sans ambiguïté comme étant homosexuelles), Radley Metzger essaie principalement de créer une atmosphère ludique, jouant avec le spectateur et lui offrant dans ce registre précis une poignée de scènes tout à fait réussies. Les exemples sont nombreux : la scène du dîner, dominée avec vingt ans de décalage par Cyrus West (Wilfrid Hyde-White), le très beau plan où la servante Mrs. Pleasant (Beatrix Lehmann) disparaît derrière l’écran de projection et, ce faisant, se fond dans sa propre image en noir et blanc, la scène durant laquelle Mrs. Crosby (Wendy Hiller) se fait enlever par un passage secret à l’arrière-plan alors qu’elle est en train de discuter avec Annabelle (Carol Lynley), la séquence des « mains tendues » vers Annabelle endormie… Autant de passages vraiment sympa qui nous font regretter le manque d’homogénéité du film.

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Pour la petite histoire, Le Chat et le Canari est l’un des seuls films « traditionnels » de Radley Metzger, qui a passé le plus clair de son temps derrière la caméra à écrire et réaliser des films pour adultes : érotiques dans les années 60, puis porno dans les années 70, sous le pseudonyme d’Henry Paris.

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Le Blu-ray

[4/5]

C’est donc grâce à Rimini Éditions que le cinéphile français pourra aujourd’hui – et en exclusivité mondiale – (re)découvrir Le Chat et le canari sur support Blu-ray. Le film de Radley Metzger intègre la collection « Angoisse » de l’éditeur, et comme les autres titres de la collection, s’offre donc une belle édition Digipack trois volets surmonté d’un fourreau. L’édition comporte le DVD du film, le Blu-ray, ainsi que le traditionnel livret inédit de 24 pages conçu par Marc Toullec.

Du côté du master, l’image oscille donc un peu selon les séquences, mais la qualité de l’ensemble est très satisfaisante. Le grain d’origine a été préservé avec soin, les couleurs ravivées, et les contrastes sont bien gérés. Le film est par ailleurs proposé au format respecté, et le tout est proposé dans un master stable. Côté son, VF et VO s’imposent naturellement dans des bandes sonores tout à fait satisfaisantes, toutes deux mixées en DTS-HD Master Audio 2.0. Le rendu acoustique est clair. La piste anglaise est plus fine, et la VF comporte un léger souffle qui vous forcera peut-être à augmenter légèrement le son afin de pouvoir profiter du spectacle de façon optimale.

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Du côté des suppléments, on ne trouvera rien sur le Blu-ray à proprement parler, mais le livret de 24 pages signé Marc Toullec, qui reviendra sur la préparation, la production et le destin du film dans les salles, vous apprendra tout ce qu’il y a à savoir sur Le Chat et le canari… Et notamment pourquoi c’est un cinéaste habituellement plutôt spécialiste du film de cul qui s’est retrouvé derrière la caméra. Très intéressant !

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