Critique : Le vieil homme et l’enfant

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Le vieil homme et l’enfant

Islande : 2023
Titre original : Einvera
Réalisation : Ninna Pálmadóttir
Scénario : Rúnar Rúnarsson
Interprètes : Thröstur Leó Gunnarsson, Hermann Samúelsson, Anna Gunndís Guðmundsdóttir
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h17
Genre : Drame
Date de sortie : 3 avril 2024

4/5

Synopsis : Gunnar, un vieil agriculteur, est exproprié de sa ferme. Il laisse tout derrière lui et part s’installer en ville où il va se lier d’affection avec un livreur de journaux de 10 ans, quelque peu délaissé par ses parents. Cette rencontre bouleversera à jamais leurs vies.

Un « petit » bijou en provenance d’Islande

Manifestement, Gunnar n’a pas les codes de la vie en ville d’un homme de notre époque : il n’a pas la télévision, il ne sait pas ce qu’est une pizza, il ne voit pas le risque qu’il y a à traverser la ville, sans aucun accompagnement, avec, dans un sac, l’équivalent de 300 000 euros en billets, et si le jeune garçon de 11 ans dont ses parents, parfois, lui confient la garde, s’avère être trempé jusqu’aux os un jour où il est venu se réfugier chez lui, il ne lui vient pas à l’idée que l’amener à se déshabiller pour faire sécher ses vêtements est susceptible d’être mal interprété par ces mêmes parents. Il faut dire que Gunnar a passé toute sa vie dans une ferme très isolée, que, après n’avoir jamais connu sa mère qui est morte en lui donnant naissance, il n’a jamais été marié, « c’est pas facile de rencontrer quelqu’un au milieu de nulle part », et, qu’en fait, depuis la mort de son père, 19 ans auparavant, il vivait seul dans sa ferme. Enfin, pas vraiment seul, puisqu’il avait la compagnie de ses chevaux, celle de Godi, en particulier, son cheval préféré. Et puis, la construction d’un barrage devant entraîner l’inondation de son terrain, l’état lui a imposé de quitter les lieux tout en le dédommageant de 150 millions de couronnes islandaises (environ 1 million d’euros).

C’est donc contraint et forcé qu’il est venu s’installer en ville, à Reykjavik, avec, en banque, une somme rondelette qui va lui permettre, à peine arrivé, d’acheter une maison dans une banlieue résidentielle. Bien entendu, il ne connaît personne dans la capitale, mais il va vite nouer connaissance avec Ari, le fils de sa nouvelle voisine, un gamin de 11 ans qui distribue les journaux dans les boites à lettres avant d’aller à l’école et dont les parents, un couple séparé, ne montrent pas un grand empressement à s’occuper de lui, avec  comme principale excuse le fait qu’elle et il sont pris par leur travail et qu’ils rentrent souvent tard le soir. Gunnar, lui, il a tout son temps, il n’a rien d’autre à faire après tout, et Unnur, la maman, et Orr, le père, se félicitent que Gunnar accepte d’accueillir Ari quand il a oublié de prendre la clé pour rentrer chez lui ou soit là pour l’accompagner quand il joue au football. Ils se félicitent jusqu’au jour où Ari est trempé jusqu’aux os après avoir attendu Gunnar sous la pluie, devant la porte de sa maison …!!

Dès son arrivée à Reykjavik, Gunnar avait réussi à se faire remarquer, que ce soit par sa banque, par une ONG et même par la police : un homme qui vient retirer 50 millions de couronnes en liquide (un peu plus de 300 000 Euros), qui les met dans un sac, qui ne comprend pas pourquoi on lui propose que quelqu’un l’accompagne  à l’extérieur, qui va déposer le sac et l’argent à une association de défense des réfugiés afghans, pas franchement bien accueillis dans le pays, voilà de quoi interloquer dans n’importe quel pays « civilisé », semble-t-il. Comme il l’explique à Ari, Gunnar, lui, se souvient que, dans le passé, l’Islande était un pays très pauvre dans lequel tous les habitants ne mangeaient pas à leur faim, que nombre d’entre eux s’étaient exilés dans des pays où, semble-t-il, ils avaient été bien accueillis et, dans la mesure où il peut se le permettre, il lui parait normal de rendre la pareille à une population qui en a cruellement besoin.

C’est de la rencontre entre Rúnar Rúnarsson, un réalisateur et scénariste qui disposait d’un scénario qu’il voulait confier à un autre réalisateur, et Ninna Pálmadóttir, une jeune réalisatrice ayant 3 court-métrages à son actif, qu’est né Le vieil homme et l’enfant. Une jeune réalisatrice très fière et fort satisfaite qu’un réalisateur qu’elle admire lui fasse don d’un scénario pour la réalisation de son premier long métrage, d’autant plus qu’il se montrait tout à fait d’accord pour qu’elle apporte à ce scénario les petits changements qu’elle jugeait utile. Un titre français qui évoque bien la rencontre d’un homme, pas si vieux que cela puisque seulement âgé de 60 ans environ, et d’un enfant, mais qui se montre moins précis que le titre original quant à ce que vivent, chacun de son côté, cet homme et cet enfant. En effet, « Einvera », le titre original du film se traduit par « solitude », et c’est exactement ce qu’a presque toujours vécu Gunnar et c’est un peu ce que vit Ari, ballotté d’un parent à l’autre, des parents qui n’arrivent qu’à la fin du match quand il joue au foot.

Entre Gunnar et Ari, le courant passe très vite, chacun apportant à l’autre ce qui lui manque, que ce soit ce qu’il est souhaitable de savoir quand on vit au 21ème siècle pour Gunnar, la certitude d’avoir un adulte sur qui s’appuyer afin de bien grandir pour Ari.  Thröstur Leó Gunnarsson, comédien confirmé, très à l’aise dans ce rôle d’homme âgé peu causant mais particulièrement généreux, et Hermann Samúelsson, excellent débutant devant la caméra, forment un duo auquel il parait impossible de ne pas s’attacher. Quant à Ninna Pálmadóttir, sa façon décalée de visiter la société islandaise, sa faculté à produire de l’émotion sans tomber dans le pathos, son aptitude à embrasser de nombreux sujets dans un temps très court et la générosité dont elle fait preuve envers ses personnages font forcément penser à un grand réalisateur venant lui aussi du nord de l’Europe, Aki Kaurismäki en personne.

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