Test Blu-ray : Last seduction

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États-Unis, Royaume-Uni : 1994
Titre original : The last seduction
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h50
Genre : Thriller, Film Noir
Date de sortie cinéma : 10 mai 1995
Date de sortie DVD/BR : 15 septembre 2020

Bridget Gregory dérobe à son mari Clay, trafiquant de drogue poursuivi par des usuriers, 700 000 $ en liquide. Alors qu’elle s’enfuit en voiture vers Chicago, elle fait étape dans la petite ville de Beston. Elle y rencontre dans un bar Mike Swale, qui revient de Buffalo après un mariage suivi d’un divorce-éclair. Ils se découvrent aussitôt des affinités, Bridget ne désirant qu’une aventure d’un soir et Mike cherchant à quitter Beston…

Le film

[5/5]

Immense artisan du néo-Film Noir dans les années 90, John Dahl donne un peu l’impression d’avoir disparu avec le bug de l’an 2000. En réalité, le cinéaste, dont on n’a plus rien vu dans les salles depuis You kill me en 2007, semble s’être définitivement recyclé dans la mise en scène de séries TV, activité dans laquelle il s’exprime en véritable stakhanoviste. La redécouverte des grands films qu’il a tournés il y a vingt-cinq / trente ans confirme à quel point sa « patte » manque dans le cinéma américain contemporain.

Ainsi, si on en connaît qui faisaient la fine bouche au moment de sa sortie dans les salles, avec le recul, Last seduction s’impose réellement comme l’un des grands Films Noirs du vingtième siècle. Un véritable chef d’œuvre qui aura contribué à graver les noms de John Dahl et de Linda Fiorentino dans le marbre du putain de grand cinéma de sa mère. Bridget Gregory, l'(anti)héroïne de Last seduction, mérite également de figurer comme l’une des Femmes Fatales les plus mémorables au panthéon des putains de Femmes Fatales du cinéma de leur mère. Sur l’échelle de la manipulation teintée de séduction, le personnage incarné par Linda Fiorentino se classe les doigts dans le nez dans le TOP-5 des plus garces de toutes les salopes du cinéma, qui se composera donc de – Tsin Tsin Tsin :

  • Bridget Gregory (Linda Fiorentino) dans Last seduction (John Dahl, 1994)

  • Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck) dans Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1944)

  • Kathie Moffat (Jane Greer) dans La griffe du passé (Jacques Tourneur, 1947)

  • Cora Smith (Lana Turner) dans Le facteur sonne toujours deux fois (Tay Garnett, 1946)

  • Matty Walker (Kathleen Turner) dans La fièvre au corps (Lawrence Kasdan, 1981)

Et si on met le personnage de Linda Fiorentino sur la première marche du podium, c’est tout simplement parce qu’elle semble n’éprouver aucune mauvaise conscience, aucun remords, et même pour être honnête un certain plaisir à attirer les hommes dans la machination qui les mènera, invariablement, vers un destin tragique. Ce n’est pas simplement par appât du gain, pas non plus pour échapper à des maltraitances et/ou à un sort peu enviable qu’elle opère, non – cela semble être par amour de l’arnaque. Comme Hannibal, elle aime quand un plan se déroule sans accroc, et aime voir les rouages s’activer et se mettre en route comme un broyeur, se délectant de la connerie des hommes qui agissent toujours comme elle l’avait prévu. Elle pousse le machiavélisme dans ses derniers retranchements.

Mais alors dis-nous Tonton BDM, pourquoi Last seduction n’est-il pas plus régulièrement classé parmi les meilleurs Films Noirs de tous les temps ? Hé bien on n’en sait rien à vrai dire. Peut-être est-ce du à la nature de « téléfilm » de l’œuvre ? Car si on le sait peu, surtout de notre côté de l’Atlantique, Last seduction était à la base conçu comme un téléfilm policier des plus classiques, produit par ITC (Incorporated Television Company) pour devenir un petit polar du samedi soir, de ceux qu’on s’était mis à surnommer les « Hollywood Night » à cause du nom de la case créée par TF1 sous ce nom le samedi en deuxième partie de soirée, et qui a régulièrement diffusé des téléfilms policiers entre 1993 et 2000. Mais les ambitions de John Dahl et de son scénariste Steve Barancik étaient tout autres. Interrogé par le magazine Creative Screenwriting, Barancik se souvient :

« Un responsable des acquisitions d’ITC Entertainment a reconnu ce qui était un scénario de qualité, mais cette société ne faisait pas dans le scénario de qualité. Notre intention cachée était donc de faire un bon film sans en informer les exécutifs. La société voulait essentiellement faire des polars érotiques standard, et d’après ce que je comprends, c’est ainsi que ce film a été présenté. (…)

Ils ont tourné une scène dans un gymnase du lycée, durant laquelle Mike et Bridget mettaient en scène le fantasme de Mike de se taper une cheerleader. Linda portait donc une tenue de pom-pom girl, et dans le scénario, elle était seins nus. Mais sur le tournage, Linda s’est dit que ça serait encore plus sexy si elle portait une paire de bretelles. Apparemment, un gars de la société qui supervisait le tournage et visionnait les rushes a vu les bretelles cachant les seins de Linda et s’est mis à gueuler « On fait quoi, là, un film d’Art ?! » Il a fait arrêter le tournage et a appelé la production, et ils ont tous dû promettre qu’ils n’avaient aucune prétention artistique, puis il les a punis en ne leur payant pas cette demi-journée de production et en interdisant à cette scène d’être dans le film. »

Cependant, même si le respecté Roger Ebert ne tarit pas d’éloges sur Last seduction, sa nature de téléfilm a nui à sa renommée : le film ayant été diffusé sur HBO en juillet 1994 (avant de finalement sortir en salles en octobre), il s’est automatiquement vu rayé de la liste des prétendants aux Oscars. Dans le cas contraire, le film aurait probablement été nominé dans plusieurs catégories (actrice, scénario, réalisation, second rôle masculin,film…).

Par conséquent, et malgré un éclair de popularité après le film (on se souvient notamment de l’avoir vue dans Men in black en 1997, puis dans Dogma en 1999), la carrière de Linda Fiorentino se limiterait finalement à une poignée de seconds-rôles indignes de son talent. Après avoir tourné dans trois films en 2000, elle n’apparaîtrait plus que dans un film en 2002, puis un deuxième en 2009, avant de se retirer du métier d’actrice. On aurait pensé réentendre parler d’elle au moment de l’explosion du scandale #MeToo, mais non. Elle semble avoir définitivement disparu du cirque médiatique.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, Last seduction mériterait clairement de se voir réhabilité, et de retrouver la place qu’il mérite au panthéon du Film Noir américain. On notera par ailleurs qu’une suite a été tournée en 1999 : le film s’intitule sobrement Last seduction II, et il est mis en scène par Terry Marcel. Le rôle de Bridget Gregory était repris par Joan Severance. Ni John Dahl ni Steve Barancik n’étaient affiliés au projet.

Le Blu-ray

[4/5]

Last seduction est le deuxième film de John Dahl à voir le jour au format Blu-ray en France, après Les joueurs, sorti en 2012 chez StudioCanal. On applaudit à deux mains l’initiative d’Elephant Films de nous proposer de redécouvrir en Haute-Définition ce monument du Film Noir, et on espère que l’éditeur nous proposera dans un avenir proche de revoir dans les mêmes conditions Kill me again et Red Rock West.

On les espère d’autant plus que Last seduction s’offre ici un lifting Haute Définition tout à fait remarquable. Le piqué est d’une étonnante précision, les couleurs sont fidèles à la photo du film signée Jeffrey Jur, les contrastes sont solides et le grain argentique a été scrupuleusement préservé : le transfert est donc soigné et permettra aux cinéphiles de (re)découvrir le film dans les meilleures conditions possibles. Côté son, la galette nous propose le film dans des mixages DTS-HD Master Audio 2.0 (VF / VO). Dans les deux cas, le rendu est net, équilibré, précis et d’une étonnante stabilité, même durant les scènes où plusieurs personnes s’expriment en même temps. Du très beau travail !

Du côté des suppléments, on commencera avec une présentation du film par David Mikanowski (25 minutes), qui reviendra sur la carrière de John Dahl, et sur la place qu’occupe Last seduction au sein de sa carrière. Il évoquera également le scénario de Steve Barancik, ainsi que sa filiation avec le Film Noir et Assurance sur la mort. Comme s’il n’avait rien de particulier à dire sur le film, il reviendra par la suite sur la personnalité et la carrière de Linda Fiorentino, (avec un panorama totalement hors sujet de sa carrière en tant que réalisateur), Bill Pullman, et Bill Nunn.

Les cinq dernières minutes de son intervention reviennent enfin un peu plus précisément sur le film, avec notamment quelques anecdotes – en partie inexactes, ou en tous cas assez différentes de ce qu’on pourra en lire sur IMDb et dans les interviews de Kevin Smith que nous connaissons – sur la carrière de Linda Fiorentino et de John Dahl.

On continuera ensuite avec un très intéressant making of rétrospectif (29 minutes), qui donnera la parole à John Dahl, Steve Barancik, ainsi que Peter Berg et Linda Fiorentino par le biais d’images d’archives enregistrées au moment de la promotion du film. La production mouvementée du film ainsi que son succès inattendu sont également évoqués en fin de sujet. Ce making of sera accompagné d’un montage de moments volés sur le plateau (9 minutes), sans voix off ni commentaire, mais permettant de saisir au vol une poignée de discussions sur le placement de la caméra et autres petits détails techniques.

Last but not least : on trouvera rien de moins qu’une vingtaines de minutes de scènes coupées présentées dans un montage d’une durée trompeuse de 58 minutes. En effet, ce montage comporte une large partie de scènes du film terminé, afin que le spectateur puisse déterminer à quel moment se situaient les scènes ayant été écartées du montage final. La plupart d’entre elles approfondissent la relation entre Mike et Bridget, et ont probablement été coupées pour des questions de rythme, même si prises une par une elles s’avèrent plutôt bonnes. On trouvera également une intéressante fin alternative (10 minutes), ainsi que la bande-annonce du film et d’autres films disponibles chez Elephant Films.

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