Test Blu-ray : La menace

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France, Italie : 1961
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h25
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 1 mars 1961
Date de sortie DVD/BR : 17 février 2021

Josépha rêve de faire partie d’une bande en scooters, mais pour être admise, elle doit se signaler par une action audacieuse. Empruntant de l’argent au pharmacien Savary, elle s’achète un deux-roues, fait ses preuves et est admise en dépit de l’opposition de Sylvie. Plus tard, cette dernière est retrouvée assassinée et Josépha, pour briller, dénonce Savary sans réfléchir…

Le film

[3,5/5]

Le corniaud, La grande vadrouille, Les aventures de Rabbi Jacob… Dès le milieu des années 60, la carrière de réalisateur fut placée sous le signe de la comédie populaire. Et pour cause : en l’espace de seulement huit ans, le cinéaste cumulerait presque 48 millions d’entrées au box-office français avec ses cinq collaborations avec Bourvil et/ou Louis de Funès.

Pourtant, et même si on a un peu de mal à y croire à posteriori, les trois premiers longs-métrages réalisés par , entre 1960 et 1961, n’appartenaient pas vraiment au genre de la comédie, mais plutôt à la chronique de mœurs teintée de policier. Son deuxième film, , marquait d’ailleurs sa première collaboration avec , auteur de polars extrêmement prolifique, et surtout connu sous le pseudonyme de San Antonio.

est donc l’adaptation du roman « Les mariolles », sorti chez Fleuve noir en 1960. Le scénario, qui remanie légèrement l’histoire originale, est co-signé , et . Les dialogues sont en revanche signés . Centré sur le personnage de Josepha, orpheline à l’aube de ses dix-huit printemps, le film de prend la forme d’un film de « coming of age » (ou de passage à l’âge adulte), se concentrant beaucoup plus sur l’intégration de la jeune femme dans la bande de jeunes arpentant les rues de son village en scooter que sur l’intrigue de serial killer développée en parallèle.

Si s’avère moins équilibré que l’ouvrage dont il s’inspire, la rencontre entre la chronique adolescente et la tension du film de psycho-killer aura finalement tout de même lieu, dans la dernière bobine, en partie influencée par le Psychose d’Alfred Hitchcock sorti l’année précédente. Pour le reste, on suit les affres d’une petite bande d’adolescents en rébellion. Pas des blousons noirs, non, plutôt des gentils, des petits rigolos, des « mariolles » comme les appelle .

En accédant aux rangs de cette bande, et en cherchant à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas, Josépha sera confrontée à la rudesse du passage à l’âge adulte. Dans , devient dès lors le symbole d’une jeunesse française en quête d’émancipation, mais aussi et surtout de repères. Ainsi, tous les membres du groupe semblent se chercher, à l’image de ce jeune garçon singeant Jean-Paul Belmondo lors de la visite au cinéma.

Pour illustrer le malaise de cette jeunesse perdue, fait également le choix de confronter deux « visions » du Cinéma. La Belle et la bête de Jean Cocteau est explicitement cité, de même que d’autres films de Jean Renoir ou André Cayatte : les grands classiques du cinéma français sont donc mis dos à dos avec la soif de liberté représentée par la Nouvelle Vague. Et si n’appartient pas à proprement parler à ce mouvement cinématographique, l’extrême mobilité de la caméra de et l’inspiration dont il fait preuve sur certaines scènes – notamment celle durant laquelle Josépha reçoit la bande à son domicile – s’avèrent littéralement ébouriffantes de modernité.

Du côté des acteurs, outre , la prestation la plus intéressante est probablement celle de , qui livre une performance à la fois étonnante et déstabilisante, gardant le plus souvent un visage volontairement impassible, dénué de toute émotion. A bien des reprises, l’acteur donne même réellement l’impression de porter un masque en caoutchouc, qui s’avérera en réalité être un masque « social ». Le rapprochement entre les deux personnages se fera par le biais de leur extrême solitude, et des masques qu’ils portent en public pour se sentir acceptés.

Le Blu-ray

[4/5]

Force est de constater que gâte régulièrement le consommateur français avec la sortie en Haute Définition de films méconnus ou injustement oubliés – ces derniers s’imposent d’ailleurs comme autant de preuves de la richesse et la diversité du catalogue de l’éditeur. On se félicite donc du fait que vienne d’intégrer la collection (parfois également appelée ), dans le sens où le film de 1961 sera l’occasion de nous rendre compte à quel point les premiers pas de cinéaste de étaient éloignés du genre l’ayant rendu célèbre à partir de 1965.

Une fois de plus, on ne pourra que tirer notre chapeau à l’éditeur concernant le Blu-ray de : nous livre en effet un master assez superbe. La copie est de toute beauté, avec un grain cinéma respecté aux petits oignons, et un piqué finement travaillé. La restauration a fait place nette des rayures et autres griffes disgracieuses, et propose une image d’une stabilité remarquable, avec néanmoins quelques fourmillements discrets sur certaines séquences, peut-être dus à des contrastes un peu trop appuyés. Côté son, l’éditeur nous propose un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 mono, sans souffle ni bruits parasites. Les dialogues sont parfaitement clairs, le rendu acoustique limpide, tonique et bien équilibré. Du beau travail technique, rien à redire.

Côté suppléments, nous propose tout d’abord une présentation du film par Pierre Montarnal, docteur en études cinématographiques (20 minutes). Ce dernier y reviendra sur la place du film dans la carrière de , sur le contexte de tournage ou encore sur son rapport à la Nouvelle Vague. On continuera ensuite avec un sujet dédié à la restauration du film, présenté sur le mode toujours payant du « avant / après » (1 minute), et on terminera avec la traditionnelle bande-annonce.

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