Test Blu-ray : La Dernière vague

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La Dernière vague

Australie : 1977
Titre original : The Last Wave
Réalisation : Peter Weir
Scénario : Peter Weir, Tony Morphett, Petru Popescu
Acteurs : Richard Chamberlain, Olivia Hamnett, David Gulpilil
Éditeur : ESC Éditions / Bac Films
Durée : 1h45
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 16 juin 1982
Date de sortie DVD/BR : 15 juin 2022

En quelques jours, l’Australie est frappée par plusieurs phénomènes atmosphériques étranges. Le jeune avocat David Burton doit assurer la défense de cinq aborigènes accusés du meurtre de l’un des leurs. Très vite, il acquiert la conviction qu’il s’agit non seulement d’un crime rituel, mais aussi que ce crime a un lien avec les perturbations climatiques que connaît le pays…

Le film

[4/5]

Proclamé spécialiste du cinéma « atmosphérique » en 1975 avec Pique-nique à Hanging Rock, le cinéaste australien Peter Weir avait choisi de remettre le couvert deux ans plus tard avec La Dernière vague, qui s’imposerait rapidement hors des frontières de son pays en obtenant par exemple le « Prix spécial du Jury » lors de la sixième édition du Festival international du film fantastique d’Avoriaz, en 1978.

Film sombre et désespéré, développant une ambiance si soignée et singulière qu’elle lui confère un style unique et absolument remarquable, La Dernière vague semble clairement divisé en deux parties très différentes l’une de l’autre. Dans le premier acte du récit, le spectateur sera amené à rencontrer David (Richard Chamberlain), un avocat, qui voit son sommeil perturbé par des rêves étranges, alors qu’une vague d’orages sans précédent s’abat sur l’Australie. Quand il aborde le « Temps du Rêve », il a la vision d’une pluie noire qui tombe du ciel, et un aborigène qui essaie de lui donner une petite pierre runique portant un étrange symbole.

Lorsqu’un homme est tué dans ce qui semble être une sorte de meurtre rituel, David est amené à défendre les cinq aborigènes que la police a arrêtés. Parmi eux, il reconnaît en Chris (David Gulpilil) l’aborigène lui étant apparu en rêve. Déterminé à en savoir plus sur les hommes qu’il est censé défendre au tribunal, David essaie d’en apprendre le plus possible sur la culture aborigène, qui finit par l’obséder. En gros, David est confronté à un dilemme qu’il tente de résoudre de façon logique et rationnelle.

Mais les pièces éparses du puzzle qui lui sont présentées semblent n’avoir aucun sens, et ce même lorsqu’elles semblent être disposées correctement. Et c’est précisément dans la façon dont Peter Weir va parvenir à retourner psychologiquement le personnage – et le spectateur – que La Dernière vague s’avère le plus passionnant. En effet, la persistance obsessionnelle de David finit par porter ses fruits, et obtient quelques réponses de la part de Chris. Au fur et à mesure, le personnage incarné par Richard Chamberlain commencera à se fissurer, en émettant notamment quelques doutes quant à sa propre identité : lentement mais sûrement, Peter Weir pousse le deuxième acte de La Dernière vague vers l’occulte et le surnaturel.

Et de la façon que l’eau, omniprésente dans le film, s’infiltre partout, la culture aborigène étouffée sous le bitume des grandes villes par l’envahisseur britannique parvient finalement à ressurgir, de façon insidieuse, dans la sphère de l’inconscient tout d’abord (le fameux « Temps du Rêve ») et, bien sûr, dans le déchainement incompréhensible de la météo et des éléments de la nature. Bien sûr, les visions de David, de plus en plus cataclysmiques, et les phénomènes bizarres qui l’entourent tendent à le rapprocher des aborigènes, ce qui empêchera La Dernière vague de tomber dans la simple illustration d’un choc des cultures confrontant deux visions du monde et de la vie.

Le Blu-ray

[4/5]

Faisant suite à la sortie le mois dernier d’un Combo Blu-ray contenant Les Voitures qui ont mangé Paris ainsi que Le Plombier (lire notre article), ESC Éditions et BAC Vidéo continuent sur leur excellente lancée avec la sortie le 15 juin de La Dernière vague au format Blu-ray. Et côté master, on ne pourra que saluer l’éditeur : le film de Peter Weir bénéficie d’un très bel upgrade Haute-Définition, avec une image stable et propre, un grain d’origine parfaitement préservé, des couleurs extraordinaires, une définition et un piqué considérablement améliorés par rapport au DVD de 2004 : c’est du très beau travail. Du côté des pistes son, la VF d’époque ainsi que la VO nous sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine. Par ailleurs la VO anglaise s’offre également un étonnant mixage multi-canal DTS-HD Master Audio 5.1, aux dialogues clairs et aux ambiances bien préservées, ajoutant encore un peu plus d’ampleur aux scènes de rêves et mettant en évidence la composition musicale créée par Charles Wain pour le film.

Mais en plus de nous permettre de redécouvrir un film majeur, le Blu-ray de La Dernière vague édité par ESC Éditions n’est pas avare en suppléments. On commencera donc avec une courte présentation du film par Bernard Bories (4 minutes), qui remettra rapidement le film dans son contexte en précisant qu’il s’agit d’un film très riche, à la fois d’un point de vue écologique et dans sa description du monde aborigène. On continuera ensuite avec une présentation du cinéma australien par Christophe Gans (8 minutes), dans laquelle il reviendra sur les premiers films du cinéma australien, un cinéma qu’il décrit comme très local et porté sur le documentaire, essentiellement porté par quelques mythes locaux, tels que celui tournant autour de Ned Kelly. Il évoquera ensuite le « boom » des sex-comédies très populaires, puis la vague « fantastique » des années 70, à laquelle appartient Peter Weir.

On enchaînera ensuite fort logiquement avec une évocation de la carrière de Peter Weir par Christophe Gans (50 minutes). Décrivant le cinéma de Weir comme un cinéma de la rébellion et de la rupture, il ne tarira pas d’éloges sur le cinéaste, revenant dans le détail sur la majorité de ses films australiens, de Pique-nique à Hanging Rock à La Dernière vague en passant par Les Voitures qui ont mangé Paris. Très intéressant. Nettement moins intéressant, pour le coup, on continuera avec une présentation du film par Jaz Coleman (10 minutes). Enregistrée lors de la 22ème édition de L’Étrange Festival en 2016, durant laquelle une « carte blanche » avait été accordée au leader charismatique du groupe Killing Joke, cette présentation ne présente pas beaucoup d’intérêt, et s’avère traduite avec beaucoup de difficultés par une interprète probablement débutante.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’en plus de ces suppléments inédits, l’éditeur ESC Éditions est également rechercher deux modules issus de l’édition australienne de chez Umbrella Entertainment, sortie en 2020. On commencera donc un entretien avec le directeur de la photographie Russell Boyd (24 minutes), qui évoquera sa collaboration avec Peter Weir, les focales spécifiques ayant été utilisées pendant le tournage de La Dernière vague (notamment dans la grotte à la fin du film), la tonalité générale du film. Il se réjouira d’avoir pu bénéficier avec Peter Weir d’une certaine liberté créative, et reviendra enfin sur les acteurs ainsi que sur le film à proprement parler. On trouvera également un entretien avec Richard Chamberlain (22 minutes), qui évoquera ses souvenirs du tournage du film en Australie. Il se remémorera ses premières impressions sur l’Australie ainsi que sur l’équipe de tournage avec laquelle il devait travailler, ses interactions avec les autres acteurs, et reviendra brièvement sur les méthodes de travail de Peter Weir. On terminera bien sûr avec la traditionnelle bande-annonce.

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