Test Blu-ray : La dame rouge tua sept fois

0
482

La dame rouge tua sept fois

Italie, Allemagne de l’Ouest, Monaco : 1972
Titre original : La dama rossa uccide sette volte
Réalisation : Emilio Miraglia
Scénario : Fabio Pittorru, Emilio Miraglia
Acteurs : Barbara Bouchet, Ugo Pagliai, Marina Malfatti
Éditeur : Artus Films
Durée : 1h39
Genre : Thriller, Giallo
Date de sortie cinéma : 21 janvier 1978
Date de sortie DVD/BR : 7 septembre 2021

Au cours d’une dispute dans le jardin du château familial, Kathy Wildenbrück tue sa soeur Evelyne. Peu après, un étrange personnage vêtu de rouge assassine des proches de Kathy. Des témoins affirment avoir reconnu Evelyne qui est pourtant morte. Ceci serait la continuation de la malédiction qui touche la dynastie des Wildenbrück : tous les cent ans, la « Dame rouge » possèderait le corps d’un membre de la famille, l’obligeant ainsi à tuer sept personnes…

Le film

[4/5]

Ce mois-ci, Artus Films se drape de jaune : parallèlement à l’annonce d’Une étude en jaune – Giallos et Thrillers Européens, gros ouvrage de référence dont on vous parlera en détail aux alentours de sa date de sortie le 5 novembre, l’éditeur français poursuit son exploration des multiples facettes du Giallo avec la sortie au format Blu-ray de deux représentants du genre assez méconnus, tous deux signés Emilio Miraglia : La dame rouge tua sept fois et L’appel de la chair.

Si on a parfois tendance à cantonner le Giallo à l’œuvre de Dario Argento ou de Mario Bava, vous êtes bien conscients si vous lisez régulièrement la section Blu-ray / DVD de critique-film.fr que le genre déborde de pépites méconnues, et que d’autres réalisateurs – pour certains complètement oubliés – sont parvenus à se « transcender » en versant dans le Giallo. C’est ainsi le cas pour Emilio Miraglia, dont la carrière ne compte en tout et pour tout que six films en tant que metteur en scène, réalisés entre 1967 et 1972, et qui est réellement parvenu à se dépasser en s’appropriant les codes et les outrances du genre.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est que La dame rouge tua sept fois affiche fièrement toutes les caractéristiques du Giallo, du moins telles qu’elles sont énoncées sur la page de vulgarisation Wikipédia lui étant consacrée : « genre de film d’exploitation italien à la frontière du cinéma policier, du cinéma d’horreur et de l’érotisme (…) Les films de ce type sont caractérisés par de grandes scènes de meurtres excessivement sanglantes, un jeu de caméra très stylisé et une musique inhabituelle (…). Ces films mettent en avant la violence sadique et brutale, l’érotisme. La forme primitive de ce cinéma est l’image d’une femme, seule chez elle et qui a peur ».

Check, check, check. Vous pouvez toutes les cocher, avec en plus un sacré fétichisme formel vis-à-vis de la violence, qui est un des motifs les plus profondément ancrés dans l’inconscient collectif concernant le giallo – on pense au tueur à l’arme blanche, les mains gantées de cuir, dont on ne voit pas le visage. Ajoutez également à l’ensemble une pincée de « gothique » assumé : La dame rouge tua sept fois prend en effet place en grande partie dans un immense château volontiers inquiétant, dont les couloirs interminables et obscurs forment un dédale mortel pour l’héroïne. Fantômes du passé et malédiction ancestrale sont également de la partie, ce qui en rajoute encore dans le côté whodunit aux limites de la folie à la Daphné Du Maurier.

Autant dire donc que La dame rouge tua sept fois est un Giallo pur et dur. Au centre du film d’Emilio Miraglia, il y a ce grand tableau, présenté dans la séquence d’ouverture, représentant la lutte intestine entre une « reine noire » et une « reine rouge ». Une première séquence en forme de flash-back, qui semble finalement autant destinée à expliciter certains éléments narratifs qu’à les embrouiller. En effet, après nous avoir présenté deux sœurs dans le prologue, le film fera un bond dans le temps, en introduisant une troisième sœur dont on ne connaissait jusque-là pas l’existence. Et sans trop en révéler sur l’intrigue, disons simplement que l’imbroglio familial n’est pas encore réellement éclairci à ce moment-là, et que d’autres personnages feront leur apparition au fur et à mesure que le récit avance.

La narration de La dame rouge tua sept fois est souvent déroutante, et embrouille volontairement les pistes de façon à ce que même les habitués du Giallo ne puissent déterminer qui est le ou la coupable que de façon parcellaire, incomplète. Ainsi, la révélation du pot aux roses dans les dernières minutes du film tiendra un peu de l’explication Scooby-Doo, avec les révélations qui débarquent en cascade dans les dernières minutes du film. Cela dit, avec le cinéma de genre en général, l’important n’est pas la destination, mais le voyage, et de ce point de vue, Emilio Miraglia fait vraiment le job, en assurant avec classe le spectacle et les passages obligés.

Du côté des acteurs, on ne reconnaîtra pas beaucoup d’interprètes connus, mis à part bien sûr l’héroïne, Barbara Bouchet, qui a quant à elle marqué le « bis » d’une pierre blanche – elle a joué dans tellement de séries B qu’on aurait du mal à toutes les citer… Tout juste pourra-t-on remarquer que si elle a navigué dans la plupart des genres en vogue dans les années 60 / 70 (giallo, comédie sexy, espionnage, polar…), elle n’a jamais tourné de péplum, au grand dam de ses admirateurs de l’époque, qui scandaient à l’entrée de tous les cinémas de quartier « Bouchet ! A l’arène ! Bouchet ! A l’arène ! ».

Le Blu-ray

[4,5/5]

Proposé dans un superbe Combo Blu-ray + DVD, présenté dans un Digipack surmonté d’un fourreau aux couleurs du film, La dame rouge tua sept fois rejoint ce mois-ci le prestigieux catalogue d’Artus Films dans une version restaurée du meilleur effet. Côté image, c’est en effet du grand Art : la préservation maniaque du grain argentique ne gâche en rien une définition exemplaire, riche d’un niveau de détail souvent surprenant, même si, conditions de tournage obligent, le tout manque par moments un peu de piqué. Néanmoins, le gain en termes de confort de visionnage est indéniable : on n’a jamais vu La dame rouge tua sept fois dans ces conditions, les couleurs parfois aux limites du psychédélique sont aussi solides que superbes, bref, c’est du tout bon. Côté son, Artus Films nous deux mixages (VF / VO) en LPCM Audio 2.0 mono d’origine qui se révèle clair et précis, sans le moindre souci ; la version française est cependant un poil plus étouffée que la version originale.

Du côté des suppléments, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Emmanuel Le Gagne (23 minutes). Il y reviendra sur la carrière de cinéaste d’Emilio Miraglia, avant d’aborder le film, ses qualités, son casting. Il évoquera la ressemblance entre Ugo Pagliai et un « Christian Clavier jeune », qu’on a de notre côté bien du mal à percevoir. Derrière lui, BD, DVD et Blu-ray sont réunis. La présence en évidence des DVD de La tarentule au ventre noir (Paolo Cavara, 1971) et des Sept Châles de soie jaune (Sergio Pastore, 1972) constituerait-elle un indice quant aux prochaines sorties d’Artus Films dans le domaine du Giallo ? L’avenir nous le dira… On continuera ensuite avec une présentation du film par Lucile Hadzihalilovic (14 minutes), au cœur de laquelle la réalisatrice d’Innocence et Évolution se remémorera sa découverte du film dans les années 70, et ce qu’elle en pense à la revoyure quarante ans plus tard. On terminera enfin avec la traditionnelle galerie de photos et les bandes-annonces.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici