Critique : L’état du Texas contre Melissa

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L’état du Texas contre Melissa

France : 2020
Titre original : –
Réalisation : Sabrina Van Tassel
Scénario : Sabrina Van Tassel
Distribution : Alba Films
Durée : 1h37
Genre : Documentaire
Date de sortie :  15 septembre 2021

4/5

Après avoir commencé par des petits rôles au cinéma et à la télévision, par exemple dans La vérité si je mens ! 1 et 2 et Joséphine, ange gardien, la franco-américaine Sabrina Van Tassel est devenue en 2004 réalisatrice de documentaires pour la télévision. Son premier long métrage de cinéma, La cité muette, date de 2015. En 2017, Sabrina Van Tassel a réalisé Women On Death Row, un moyen métrage de 52 minutes consacré à 5 des 60 femmes qui, aux Etats-Unis, étaient à l’époque dans ce qu’on appelle le couloir de la mort, attendant leur exécution ou une éventuelle annulation de leur condamnation. Parmi ces 5 femmes, une femme condamnée à mort pour infanticide, celle dont le cas, a priori, intéressait le moins Sabrina Van Tassel : Melissa Lucio. La rencontre des deux femmes, de chaque côté du parloir dans la prison de Gatesville, chacune un téléphone à la main, a été déterminante : Melissa Lucio méritait la réalisation d’un long métrage.

Synopsis : Melissa Lucio est la première femme hispano-américaine condamnée à mort au Texas. Accusée d’avoir tué sa fille de deux ans, cette mère pauvre et droguée, coche toutes les cases de la coupable idéale. Pourtant, son histoire qui regorge de zones d’ombres, va se révéler bien plus complexe qu’elle n’y paraît…

Le procès d’une parodie de procès

« Des bleus sur ses jambes, sur ses cuisses, entre le genou et sa hanche, ils viennent d’où ? ». Avant même de voir Melissa Lucio au travers d’images mal filmées, on entend un homme qui lui pose ces questions. « De fessées », répond elle. On apprendra plus tard, avec d’autres images filmées pendant son interrogatoire, qu’il est 3 heures du matin et que cela fait 7 heures que 4 hommes se relaient auprès de Melissa pour lui faire avouer le meurtre de Mariah, sa fille de 2 ans, sans qu’elle puisse boire ou manger et sans qu’elle puisse aller aux toilettes. De toute façon, pour ces 3 policiers et ce ranger, cette femme est coupable, forcément coupable. Leur seule interrogation : est elle une tueuse de sang froid ou une simple mauvaise mère ayant pour habitude de tabasser sa progéniture ? Il faut dire que, même pour nous, simples spectateurs, la toute première impression va plutôt dans le sens de la culpabilité de Melissa, même si on se dit qu’une documentariste ne lui aurait pas consacré un film entier si elle avait cru à cette culpabilité ! Une culpabilité qui s’est traduite par la condamnation à mort de Melissa, dans le tunnel de la mort depuis plus de 10 ans, la première hispano-américaine condamnée à mort dans l’état du Texas.

Eh bien, en effet, Sabrina Van Tassel ne croit pas à la culpabilité de Melissa et, tout au long de son film, elle va se mettre en quatre pour nous convaincre de son innocence, en racontant sa vie de petite fille violée, mariée très jeune et mère de 14 enfants, en faisant appel aux témoignages de sa famille, mère, frères et sœurs, filles et fils, au témoignage d’un psychologue, au témoignage d’un médecin légiste, en pointant du doigt les nombreuses erreurs, les nombreux oublis de son avocat, que ce soit par incompétence ou volontairement dans le but, d’ailleurs finalement atteint, d’obtenir un poste plus lucratif, en s’intéressant à Armando Villalobos, le procureur général qui avait besoin qu’un cas comme celui de Melissa se termine par une condamnation à mort pour remonter sa cote auprès de ses électeurs, et qui fut, un peu plus tard, jugé et lourdement condamné pour corruption et extorsion de fonds, etc., etc..

Passionnant !

Porter un « jugement » sur un tel film est à la fois difficile et facile.

Difficile, car on ne peut pas s’empêcher de se demander dans quelle mesure la réalisatrice, dont l’apriori est annoncé dès le début du film, a ou non choisi de ne retenir que les éléments allant dans le sens de l’innocence de Melissa. En fait, Sabrina Van Tassel a mené une véritable enquête d’investigation et elle n’a pas omis de s’attarder sur les éléments à charge : l’addiction de Melissa à la drogue, les extraits de films tournés lors de l’interrogatoire mené par la police peu après le décès de Mariah, elle fait intervenir la médecin légiste qui a procédé à l’autopsie de Mariah peu après son décès et qui a donné des conclusions très défavorables à Melissa, conclusions invalidées par le spécialiste rencontré par la réalisatrice, elle donne la parole à Peter Gilman, l’avocat de Melissa lors de son premier procès, ainsi qu’à Alfredo Padilla, celui qui a remplacé Armando Villalobos au poste de Procureur du comté de Cameron et qui reste convaincu de la culpabilité de Melissa. Ce n’est pas la faute de Sabrina Van Tassel si ces 2 hommes apparaissent si peu convaincants face à la caméra, Peter Gilman, en particulier, ne souhaitant manifestement pas que quelqu’un vienne réexaminer son travail. Pas sa faute non plus si la justice US prête si facilement le flanc à la critique : Melissa, aux origines latino-américaines, issue d’un milieu pauvre, peu éduquée, aurait-elle été accusée d’infanticide et condamnée à mort si elle avait été blanche, riche et éduquée ? Probablement pas !

Facile car, en ce qui concerne la forme, le film est une réussite totale. En effet, le montage du film, la façon dont Sabrina Van Tassel raconte l’histoire de Melissa, en introduisant à chaque fois les rebondissements au meilleur moment, font de L’état du Texas contre Melissa une sorte de thriller absolument passionnant, et on se doit d’avouer qu’on ne sort pas totalement indemne de cette série d’uppercuts reçus dans l’abdomen.


Conclusion

Certains documentaires peuvent s’avérer plus passionnants, plus prenants, plus haletants que la très grande majorité des thrillers de fiction qui nous sont proposés. C’est le cas de L’état du Texas contre Melissa. D’autant plus passionnant, prenant et haletant que c’est la vie d’une personne véritable qui est en jeu. 

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