Test Blu-ray : La cérémonie

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La cérémonie

France : 1995
Titre original : –
Réalisation : Claude Chabrol
Scénario : Claude Chabrol, Caroline Eliacheff
Acteurs : Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Jean-Pierre Cassel
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h52
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 30 août 1995
Date de sortie DVD/BR : 2 décembre 2020

La riche famille Lelièvre, qui vit dans une demeure isolée en Bretagne, près de Saint-Malo, embauche une nouvelle bonne, Sophie. Celle-ci devient vite amie avec Jeanne, une postière délurée et curieuse. Une fois découvert l’analphabétisme que Sophie cachait soigneusement, la tension monte. Associée à la hargne de la postière contre les Lelièvre, la blessure profonde de la bonne pourrait bien mener au drame…

Le film

[4/5]

Un an après L’enfer, Claude Chabrol prend le parti de délaisser la passion et les sentiments tumultueux pour revenir à ce qu’il fait de mieux : la chronique bourgeoise subversive. Le point de départ de La cérémonie est un fait divers scabreux ayant pris place dans les années 30 : il s’agit de la tristement célèbre célèbre affaire Papin, qui vit deux domestiques assassiner leurs patronnes. Avec l’aide de la psychanalyste Caroline Eliacheff, Chabrol fait cependant le choix de modifier les personnages, le déroulement des événements ainsi surtout que l’époque, n’en gardant que les grandes lignes, dans le but de disséquer les rouages d’un crime sordide, l’envers du décor d’une « folie à deux » comme il l’appelle lui-même.

La cérémonie est donc un film froid, analysant lentement les événements et l’accumulation de frustrations qui mènera finalement à l’irréparable. Tout le film semble construit de façon à amener le spectateur non pas à accepter, mais à comprendre l’explosion de violence prenant place dans le dernier acte. Et grâce au soin apporté à la description de ses personnages principaux – Sandrine Bonnaire, Isabelle Huppert, mais également ceux des « bourgeois » incarnés par Jean-Pierre Cassel et Jacqueline Bisset – Chabrol parvient réellement à livrer au spectateur un drame psychologique d’un réalisme qui fait vraiment froid dans le dos.

Tel un observateur omniscient, Chabrol dissèque les angoisses, les obsessions et les peurs paniques de ses personnages, qu’il suit au plus près de leurs névroses, sans jamais les juger cependant – il n’y a en effet ni « méchants » ni « gentils » dans La cérémonie. Au fur et à mesure du récit, et à force d’accumuler les petits détails qui, pris indépendamment les uns des autres, paraîtraient presque insignifiants, les différences de statut social entre les différents protagonistes du drame finiront par créer un fossé insurmontable, au-delà duquel aucune communication n’est plus possible. A sa façon, La cérémonie s’impose comme une illustration cruelle et sans concession de la lutte des classes telle que l’on pouvait la ressentir au cœur de la France des années 90.

Contrairement à Peter Jackson, qui choisissait, l’année précédente, d’expliquer les actes criminels des héroïnes de Créatures célestes par le biais d’un attachement à un monde imaginaire alimentant leur folie homicide, Claude Chabrol quant à lui opte dans La cérémonie pour un naturalisme froid, glacial, qui finalement parvient à faire sens malgré quelques oppositions peut-être parfois un poil trop binaires pour être totalement convaincantes. Ainsi, dans le choix des programmes qu’il donne à regarder à son « élite » bourgeoise (un opéra de Mozart) et à ses criminelles en devenir, Chabrol n’y va pas de main morte, proposant ainsi la condamnation sans appel d’une sélection de programmes de TV de l’époque qu’il considérait sans doute comme « bêtifiants » : Nagui, Pascal Sevran, les Minikeums… Le service public en prenait pour son grade !

Au-delà du scénario précis de Chabrol, et de sa mise en scène d’une redoutable efficacité, la réussite de La cérémonie vient également du talent général déployé par les interprètes du film : Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert bien sûr, parfaites en sœurs de crime que tout semble pourtant opposer, mais également Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset ou encore Virginie Ledoyen, qui contribuent tous à donner à leurs personnages une véritable dimension humaine, chaleureuse, loin du plus infime manichéisme. Ainsi, parmi les nombreux grands thrillers que Chabrol a réalisés au fil des ans, La cérémonie est sans aucun doute l’un des plus aboutis et des plus fascinants.

Le Blu-ray

[4/5]

Nul n’est prophète en son pays : si La cérémonie était disponible en Blu-ray depuis 2012 au Royaume-Uni, le film de Chabrol restait à ce jour inédit au format Haute-Définition en France. Cette erreur est aujourd’hui réparée. Pour la peine, La cérémonie s’offre une restauration 4K en exclusivité mondiale, réalisée par le laboratoire Éclair avec l’aide du CNC. Le Blu-ray de La cérémonie n’est à ce jour disponible qu’au sein du coffret « Claude Chabrol : Suspense au féminin » édité par Carlotta Films, et contenant également L’enfer (1994), Rien ne va plus (1997), Merci pour le chocolat (2000) et La fleur du mal (2003).

Aussi bien côté image que côté son, le master 4K proposé par Carlotta sur La cérémonie est vraiment d’excellente tenue, et mettra à coup sûr tout le monde d’accord : le film est proposé au format 1.66:1 respecté et encodé en 1080p. Les couleurs sont naturelles, la granulation d’origine a été préservée et l’éditeur a tenu éloignée la tentation d’avoir recours au réducteur de bruit, le piqué est d’une précision exceptionnelle, et la gestion des contrastes semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière : l’ensemble est excellent. Le mixage audio est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 d’origine, clair et sans souffle – un superbe travail technique.

Du côté des suppléments, Carlotta Films recycle intelligemment les suppléments déjà disponibles sur le DVD édité par MK2 en 2001 : on retrouvera donc la très intéressante présentation du film par Joël Magny (2 minutes), qui souligne les aspects les plus importants du film, et notamment l’opposition entre les deux personnages principaux, l’une ne sachant pas lire, et l’autre lisant « trop » (le « Voyage au bout de la nuit » de Céline, mais également le courrier qu’elle distribue). On continuera ensuite avec les commentaires de Claude Chabrol sur quatre séquences du film (28 minutes). Il y reviendra avec pédagogie sur le lien entre sa mise en scène et le sens qu’il a voulu lui donner, ainsi que les effets recherchés sur le spectateur. Nous aurons également droit à un très intéressant making of d’époque (19 minutes), qui donnera largement la parole à Claude Chabrol et à son humour légendaire, ainsi qu’à un entretien avec Caroline Eliacheff (9 minutes), dans laquelle la co-scénariste reviendra sur l’affaire Papin ainsi que sur la volonté de réalisme qu’elle a voulu insuffler au récit. Enfin, on terminera avec un entretien inédit avec Sandrine Bonnaire (12 minutes), qui se souviendra avec plaisir de sa collaboration avec Chabrol, la confiance qu’il avait en ses actrices et la façon dont il a su l’orienter sur certaines scènes, telles que celle où elle tente de déchiffrer la liste de courses avec son manuel d’apprentissage de la lecture.

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