Test Blu-ray : Irréversible + Irréversible – Inversion intégrale

0
434

France : 2002
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h33
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 22 mai 2002
Date de sortie DVD/BR : 1 avril 2021

Une jeune femme, Alex, se fait violer par un inconnu dans un tunnel. Son compagnon Marcus et son ex-petit ami Pierre décident de faire justice eux-mêmes…

Le film

Après avoir provoqué un gros « buzz » au , était sorti en mai 2002 sur un circuit de 270 salles, et avait réuni près de 600.000 spectateurs en France. Il s’agit, de très loin, du plus gros score au box-office réalisé par une œuvre de , dont les films, généralement diffusés sur des circuits nettement plus restreints, dépassent rarement les 50.000 entrées.

constitue donc en quelque sorte le « sommet » de sa carrière de cinéaste ; il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que la réputation sulfureuse tournant autour du film de 2002 est sans doute en grande partie ce qui lui permet de tourner encore aujourd’hui – peut-être même autant que la façon dont il a réussi à marquer durablement les mémoires.

Car est un film singulier, superbe et insupportable à la fois, et un film difficile à oublier. Alors, , qu’est-ce que ça raconte ? La cavale sanglante de Pierre et Marcus, deux amis, qui arpentent les bas-fonds de Paris à la recherche d’une petite frappe surnommée le « Ténia », qui a violé la femme de Marcus.

Digne d’un Rape and revenge des années 70, ce récit présente néanmoins une caractéristique marquante dans sa narration ayant donné à la série B enfiévrée et extrêmement violente une véritable nature de film d’Art et Essai digne d’être présenté en Sélection officielle à Cannes. Il est en effet présenté de manière antéchronologique : il débute par la fin de l’histoire, et de séquence en séquence, le spectateur découvrira ce qui s’est passé au début.

En d’autres termes, prend avec l’exact contre-pied du traitement qu’il avait choisi pour son chef d’œuvre (1998), dans lequel le spectateur suivait le personnage de dans sa lente descente aux enfers et finissait même, par la force des choses, par comprendre son cheminement de pensée et sa rage s’exprimant contre le système.

choisit donc avec de traiter de l’innommable – le viol tout d’abord, puis l’extrême violence de la loi du Talion qui en résulte – en « excluant » en quelque sorte le spectateur de son film. Puisqu’il a pris le parti de monter le film complètement à l’envers, Noé force le spectateur à rentre de plein pied dans le film en subissant son dénouement épouvantable. On ne « vit » pas , on le subit, car en faisant le choix de commencer le film par l’horreur, Noé refuse sciemment au spectateur tout principe d’identification.

Proprement terrifiante, l’ouverture d’ nous présente deux personnages revenus à l’état sauvage. Ils ne peuvent plus reculer dans leur escalade dans l’horreur : la violence est totale, absolue, repoussante… Mais également incompréhensible. Paradoxalement, la tension descendra au fur et à mesure au fil des différentes séquences du film.

Après la mort du supposé « Ténia », on assistera à la cavale de Pierre et Marcus dans les coins les plus sordides de Paris, puis au viol du personnage de , puis seulement la fête, le trajet, l’après-midi au parc… Autant de séquences d’introduction et de présentation des personnages qui n’ont plus lieu d’être, et qui tendent à rendre la deuxième moitié du film proprement interminable.

A la découverte d’ en 2002, on ne pouvait s’empêcher de se dire que le film de Noé, qui devient de plus en plus longuet au fur et à mesure qu’il avance (et donc qu’il recule), aurait sans le moindre doute gagné en rythme s’il avait été monté dans le sens chronologique. Néanmoins, si le spectateur se serait beaucoup plus facilement identifié aux deux personnages principaux ( et , fébriles, parfaits), le film aurait sans doute posé de nombreux problèmes au niveau de l’identification du spectateur – ce qui était déjà le problème de – dans le sens où on aurait pu avoir l’impression que le film « légitimait » la violence explosant dans le dernier acte du film.

Ainsi, et comme les faits nous sont présentés de façon antéchronologique, l’escalade dans la violence est finalement beaucoup plus parlante, car elle apparaît « hors contexte », sans aucun recul. pose des questions quant au concept de violence « justifiée ». Difficile d’imaginer qu’un tel déferlement de sauvagerie sanglante soit une solution, ou qu’elle apporte une quelconque réparation.

Il est évident cependant qu’un montage suivant les événements dans le sens où ils se sont déroulés aurait eu un tout autre impact sur le spectateur. Le dénouement de l’histoire paraîtrait presque justifié – et peut-être même moins violent dans un sens – si la tension du spectateur, sa colère fiévreuse était montée au fil du film en même temps que celle des personnages…

Bref, est un film qui soulève un certain nombre de questions, quant à la violence et à sa représentation à l’écran. Bien sûr, on pourrait également arguer que a le défaut de se prendre un peu trop au sérieux. Ainsi, dans sa quête d’intellectualisation à tout prix – on pense à la fin du film, bourrée de mentions écrites et évoquant clairement 2001, Odyssée de l’espace – le cinéaste livre finalement au spectateur un travail de pensée « clés en main », comme si ce dernier était incapable de séparer les affects de l’intellect.

mlif eL

En 2019, gros retournement de situation, et de film par la même occasion. Alors qu’on lui demande de préparer un bonus destiné à la sortie en Blu-ray d’, repasse en salle de montage, et présentera, à la Mostra de Venise puis à l’Étrange Festival, une version chronologique du film. finira d’ailleurs par atteindre quelques salles de cinéma à l’été 2020, mais n’atteindra même pas les 10.000 spectateurs. Victime des temps et/ou de la crise sanitaire du Covid-19.

Comme on l’avait prédit, ce remontage d’ s’avère encore plus dur, parce qu’il place réellement le spectateur au cœur du film. Secoué par les événements, le spectateur est en immersion totale, et la tension monte crescendo jusqu’à l’explosion finale qui, si on la connaissait déjà, revêt ici d’autant plus de force que le film s’achève de ce fait sur une note désespérée, beaucoup plus sombre que le film de 2002. Le panneau final, qui nous assénait que « Le temps détruit tout », a néanmoins été modifié par au bénéfice de « Le temps révèle tout ».

Lors de sa présentation du film à L’Étrange Festival en septembre 2019, feignait l’étonnement quant au fait qu’une immersion plus forte au cœur du film puisse changer totalement le ressenti des spectateurs. « Quand j’ai commencé à monter la nouvelle version, plein de gens m’ont dit qu’elle était encore plus forte que la précédente. Plus cruelle, avec des personnages tellement plus vivants. Il y a des personnages qu’on remarquait moins qui prennent de l’ampleur. »

Ainsi, si Noé affirme que « Le film reste le même, même s’il est plus clair à comprendre qu’avant », gagne très clairement en rythme et en immédiateté par rapport à la version que l’on connaissait. Mais il perd probablement un peu également de sa nature ouvertement réflexive, qui se fait plus discrète, moins explicite. Mais finalement, le fait que les questions soulevées par le film soient assénées au spectateur de façon un peu moins ostentatoire qu’en 2002 n’est-il pas une bonne chose ?

Le Blu-ray

[4,5/5]

Inédit au format Blu-ray jusqu’au mois de décembre 2020, s’était offert pour Noël dernier un sublime écrin Haute-Définition dans une édition Steelbook à tirage limité, qui s’était très rapidement retrouvée épuisée et introuvable. Quatre mois plus tard, remédie à la situation avec la ressortie de la même édition, cette fois-ci proposée dans un boîtier classique.

Côté Blu-ray, et comme à chaque fois avec , le travail sur l’image est tout simplement superbe. Respectant à la lettre les partis pris esthétiques de et la photo sombre et hyper saturée de Benoit Debie, la galette affiche un piqué de folie, la définition ne pose pas le moindre problème, même si les contrastes appuient énormément sur les noirs, très profonds et extrêmement présents. Côté son, le film est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 irréprochable, immersif en diable, qui vous fera à coup sûr vous ronger les ongles lors des passages les plus tendus et les plus insupportables. On notera également que n’oublie pas les cinéphiles qui visionnent leurs films à domicile sans utiliser de Home Cinema, puisque l’éditeur nous propose également un mixage DTS 2.0, certes plus modeste mais probablement plus cohérent si vous visionnez ou sur un « simple » téléviseur.

Coté suppléments, nous propose déjà, et c’est exceptionnel, l’opportunité de découvrir dans son montage original (1h33, 1080i) ou sous sa forme « chronologique », (1h26, 1080i). Si toute l’interactivité de la grosse édition Collector DVD de 2003 n’a certes pas fait le voyage vers la HD, on retrouvera néanmoins l’intéressant commentaire audio de , enregistré par le cinéaste à l’époque pour la version DVD. Malheureusement, ce dernier est proposé sans sous-titres. On retrouvera également une featurette consacrée aux effets spéciaux du film, et commentée par Rodolphe Chabrier (7 minutes). Last but not least, on trouvera également un making of rétrospectif réalisé en 2019 et intitulé « Le temps détruit tout : L’odyssée d’ » (42 minutes). Comme son titre l’indique, il s’agit d’un très intéressant retour sur la genèse du film, en compagnie de et de ses acteurs.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici