Test Blu-ray : Infiniti

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Infiniti


France : 2022
Titre original : –
Création : Stéphane Pannetier, Julien Vanlerenberghe
Acteurs : Céline Sallette, Daniyar Alshinov, Vlad Ivanov
Éditeur : StudioCanal
Durée : 5h10 environ
Genre : Série TV, Science-Fiction
Date de sortie DVD/BR : 1 juin 2022

La Station Spatiale Internationale est en silence. Les équipes sont en détresse. Un corps décapité et ciré est découvert sur un toit au Kazakhstan. L’identification positive ne laisse aucune place au moindre doute : le corps appartient à un astronaute américain actuellement en mission sur la Station Spatiale Internationale. Un astronaute français, viré du programme spatial, et un flic kazakh, rejeté par sa hiérarchie, se retrouvent pour la résolution de ce mystérieux paradoxe…

La série

[4/5]

Alors que les amateurs de fantastique made in France attendaient surtout de voir Thierry Poiraud prendre les commandes d’une nouvelle saison de l’incroyable série Zone Blanche, le réalisateur nantais a surpris tout le monde en débarquant début avril à la TV avec une toute nouvelle série, Infiniti, création originale Canal+ mise en scène par Thierry Poiraud pour le compte de Stéphane Pannetier et Julien Vanlerenberghe, qui en ont écrit le scénario.

Les influences du duo de créateurs sont diverses, et flirtent tout autant avec le thriller surnaturel qu’avec la science-fiction ésotérique ; pour autant, Infiniti comporte suffisamment de points communs avec Zone Blanche pour que l’on ne puisse réellement les éluder. On trouvera ainsi une femme au passé trouble au centre des deux séries, et le rythme et l’ambiance générale du show seront dans les deux cas tournées vers une noirceur étouffante, encore accentuée par la remarquable photo de Christophe Nuyens. Au rayon des similitudes, on notera également que la musique des deux séries est signée Thomas Couzinier & Frédéric Kooshmanian, et que l’on retrouvera dans les deux cas au casting l’excellent Laurent Capelluto.

Pour le reste en revanche, Infiniti délaisse la forêt dense et maussade de Zone Blanche pour s’ouvrir vers le soleil, et plus largement l’espace et l’infiniment grand. Les immenses plaines arides du Kazakhstan sont au centre des décors de la série, et contrastent régulièrement avec l’étroitesse des couloirs et du dédale de bureaux du cosmodrome de Baïkonour, au cœur duquel semblent se jouer tous les coups bas et qui cristallise à lui-seul toutes les tensions internationales les plus exacerbées – des tensions encore renforcées par le fait que le cosmodrome abrite des personnages venant de pays différents, que la barrière entre les langues (russe, français, anglais, kazakh) empêche parfois de se comprendre les uns les autres. De plus, parallèlement à l’intrigue principale du show, qui se dessine au fil des épisodes entre la terre et l’espace (et qui joue la carte du mystère le plus opaque), Infiniti s’offre également une poignée de sous-intrigues géopolitiques complexes, mais dégageant toujours des enjeux assez clairs pour s’avérer passionnantes.

Dans les premières séquences d’Infiniti, le spectateur sera amené à faire connaissance avec une Station Spatiale Internationale en fâcheuse posture : le contact a été rompu avec l’agence au sol, et on ignore si les cosmonautes à bord de la station sont toujours en vie. Parallèlement, sur terre, la découverte d’un corps dans les steppes du Kazakhstan plonge tout le monde dans le flou : la puce d’identification implantée dans le bras du cadavre semble affirmer que le corps est celui d’un des cosmonautes à bord de la Station. Pourtant, ce dernier semble toujours en vie, puisque le cosmodrome de Baïkonour recevra de sa part des messages de détresse venus de la Station spatiale, et le distinguent même sur une photo de celle-ci…

Sans trop en révéler sur l’intrigue des six épisodes d’Infiniti, on peut néanmoins révéler que le show navigue à vue entre science, mysticisme et philosophie, et que le récit tourne énormément autour d’une expérience de pensée assez célèbre : celle dite du « Chat de Schrödinger ». L’expérience du chat de Schrödinger, qui nous est rappelée et explicitée à plusieurs reprises au cours de l’intrigue d’Infiniti, mettait en évidence les lacunes de l’école de Copenhague de la physique quantique. Un chat est enfermé dans une boîte avec un flacon de gaz mortel et une source radioactive. Si le compteur Geiger placé dans la boite détecte un certain seuil de radiations, le flacon est brisé, et le chat meurt. Selon l’interprétation de Copenhague, le chat est alors dans ce qu’on appelle un « état superposé » : on entend par là qu’il est à la fois vivant et mort. Pourtant, en ouvrant la boîte, nous pourrons observer que le chat est soit mort, soit vivant. C’est pour faire apparaître le caractère paradoxal de cette notion d’états superposés et le poser de manière frappante que cette expérience a été imaginée, et tout le cœur de la seconde moitié d’Infiniti joue sur ce concept, jusque dans certains de ses rebondissements. On veut dire par là que l’expérience de Schrödinger nous démontre que c’est le regard (ou l’observation) qui détermine la fin de la superposition d’états – l’état mort et l’état vivant. Par conséquent, il vous faudra également, en tant que spectateur, garder bien à l’esprit que ce que vous ne « voyez » pas ne doit pas être pris pour acquis : tant que vous ne constatez pas la mort d’un personnage à l’écran, mieux vaut partir du principe que ce dernier est à la fois vivant et mort…

Les amateurs de science-fiction pourront ainsi s’amuser, à la découverte de ce thème central d’Infiniti, de la façon dont vont, viennent et voyagent les idées et les concepts d’un médium à un autre, et d’une œuvre à une autre, pour accoucher d’œuvres extrêmement différentes. Ainsi, le paradoxe de Schrödinger était également au centre de « La Prophétie des abeilles », le dernier roman de science-fiction de Bernard Werber, sorti à l’automne 2021 chez Albin Michel. Pour autant, si le bouquin de Bernard Werber et la série de Stéphane Pannetier et Julien Vanlerenberghe se rejoignent dans leur réflexion sur les limites du concept d’états relatifs dans la mécanique quantique, les deux œuvres s’avèrent également radicalement différentes l’une de l’autre, autant dans ce qu’elles racontent que dans ce qu’elles tentent de mettre en évidence.

Au fil de ses six épisodes menés de main de maître par Thierry Poiraud, Infiniti mêlera donc les destinées d’Anna Zarathi (Céline Sallette), spationaute française bloquée au sol à Baïkonour, et d’Isaak Turgun (Daniyar Alshinov), un flic kazakh tenace et en conflit avec sa hiérarchie en raison de son animosité vis-à-vis des russes. Leur trajectoire en commun les mènera à aller beaucoup plus loin que ce qu’ils imaginaient, et à se découvrir « eux-mêmes », à tous points de vue, d’une façon beaucoup plus profonde et mystique qu’ils ne s’y attendaient probablement. A ce titre, les deux derniers épisodes de la série nous offrent une conclusion absolument magistrale, alternant entre philosophie, science et fantastique, et s’achevant en ouvrant quasiment autant de questions que n’en soulevait le postulat de départ – notamment sur les découvertes que fait / fera / a fait la mission américaine en pénétrant à bord de la Station spatiale abandonnée dans l’espace à la fin du dernier épisode.

Le coffret Blu-ray

[4,5/5]

Création originale Canal+ oblige, c’est naturellement StudioCanal qui nous propose aujourd’hui de découvrir Infiniti sur support Blu-ray, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’éditeur a plutôt soigné sa copie : le résultat est superbe, définition au taquet, piqué d’une précision redoutable, couleurs éclatantes de naturel… Les scènes nocturnes ne marquent par ailleurs aucune baisse de définition – on est vraiment en présence d’un beau transfert Haute-Définition, proposant un excellent boulot technique. Tout juste pourra-t-on regretter un encodage en 1080i qui, s’il s’avère fidèle à la diffusion TV, tend à créer de légères saccades sur les travellings, ce qui pourra s’avérer gênant si vos rétines sont sensibles à ce type de problème, d’autant que la mise en scène de Thierry Poiraud est comme toujours très mobile et élégante. Du côté des pistes son, on dressera le même constat d’excellence : la VF et la VO sont en effet toutes deux mixées en DTS-HD Master Audio 5.1 et s’imposeront sans peine par leur dynamisme, proposant des effets parfois surprenants, dont l’impact est encore renforcé par un caisson de basses survitanimé. La répartition et le placement des voix est très subtil et le tout délivre une parfaite efficacité, bref c’est absolument grandiose.

Du côté des suppléments, on trouvera un formidable making of (49 minutes), qui donnera largement la parole aux créateurs du show Stéphane Pannetier et Julien Vanlerenberghe, ainsi qu’à Thierry Poiraud, dont l’importance sur la conception et le tournage de la série n’est aucunement minimisée : on découvrira en effet de la bouche même des producteurs ainsi que des auteurs de la série que ce dernier s’est énormément investi dans toutes les étapes de la création du show, et que son expérience dans le domaine du cinéma de genre et des effets spéciaux a été une bénédiction pour Infiniti. Beaucoup de moments volés sur le tournage nous permettront de découvrir l’envers du décor, et notamment le refus de Poiraud de tourner sur fond vert. Passionnant !

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