Test Blu-ray : Fievel et le Nouveau Monde

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États-Unis : 1986
Titre original :
Réalisation :
Scénario : , ,
Acteurs (VO) : , ,
Éditeur :
Durée : 1h21
Genre : Animation
Date de sortie cinéma : 2 janvier 1987
Date de sortie DVD/BR : 17 mars 2021

1885. En Russie, les souris sont de plus en plus menacées par les chats. La famille de Fievel décide d’émigrer aux Etats-Unis, où, selon la rumeur, « il n’y a pas de chat et les rues sont pavées de fromage ». Durant le voyage en bateau, le souriceau est séparé des siens lors d’une tempête et tombe à l’eau. Après de multiples aventures, il arrive seul à New York…

Le film

[5/5]

S’il s’agira probablement avant tout d’une véritable « Madeleine de Proust » pour la plupart des cinéphiles d’une quarantaine d’années, s’impose avant tout comme une véritable date dans l’histoire du long-métrage d’animation américain.

Si on prend le temps de remettre le film dans son contexte de tournage, le film de a été mis en chantier à une époque où Walt Disney Pictures était un peu dans la tourmente. Même si cela parait bien difficile à imaginer 35 ans plus tard, les studios Disney venaient d’essuyer un violent échec au box-office avec Taram et le chaudront magique (1985), et se trouvait littéralement au bord de la faillite. De la même façon, et malgré un succès public confortable, même le Basil détective privé de Disney devrait s’incliner devant l’immense carton de au box-office.

Avec 84 millions de dollars de recettes à l’international, le film de s’est en effet imposé à l’époque comme le long-métrage d’animation le plus lucratif de tous les temps (hors reprises). On notera cependant que le record détenu par serait rapidement battu, notamment par La petite sirène (1989), le film que beaucoup considèrent comme la « renaissance » des studios Disney.

Avec le déclin des studios Disney, le film de a donc bénéficié d’un terrain favorable, mais ce sont surtout ses qualités formelles et narratives qui ont permis au film de toucher le cœur du public. Car est loin d’être un manchot, et a permis de l’imposer comme l’un des grands noms dans le domaine de l’animation, que l’on nommait encore à l’époque « dessin animé ».

Transfuge de chez Disney (il y a travaillé en tant qu’animateur entre 1959 et 1981), Bluth avait, avant , déjà signé le sympathique court-métrage Banjo, le chat malicieux (1979) et le superbe Brisby et le secret de Nimh (1982). Fasciné par ce dernier, Steven Spielberg rentrera en contact avec et fin 1984, le projet sera mis en chantier, avec Steven Spielberg à la production. et le réalisateur d’E.T ont un point commun qui les réunira sur ce projet : leurs grands-parents étaient des immigrés juifs attirés par le rêve américain. Le nom du personnage principal vient d’ailleurs du grand-père maternel de Spielberg, Philip Posner, dont le nom en yiddish était « Fievel ».

Ainsi, même s’il demeure dans son rythme et sa construction très proche des productions made in Disney (notamment dans l’utilisation des chansons), se démarque de son modèle par sa volonté de se démarquer des contes et légendes afin de proposer, en filigrane, une véritable dimension sociale à son histoire, qu’il ancre d’ailleurs dans une réalité américaine tangible et pas si éloignée. D’ailleurs, le titre original du film l’affirme clairement : l’histoire de Fievel est «  », littéralement « Un conte américain », avec un jeu de mots sur « tale », « conte » et « tail », « queue ». Pour ne citer qu’un exemple de l’attachement des auteurs de à la notion de « véracité historique », le soin apporté à la reconstitution des quartiers d’immigrés du New York de la fin du XIXème siècle est vraiment remarquable.

Une autre particularité notable de – et du cinéma de en général – est de ne jamais reculer devant une certaine noirceur, quitte à faire peur aux enfants. Sombre, désespéré, mettant en scène le deuil de la famille de Fievel et développant une imagerie par moments assez flippante, le film de navigue même lors de certaines séquences à la frontière du cauchemar. Cependant, c’est cette singularité qui permet à de marquer bien d’avantage les esprits, en particulier bien sûr si on l’a découvert jeune.

Expérience cinématographique puissante, qui tendra à rester longtemps ancrée dans l’esprit du spectateur, sait néanmoins s’offrir une poignée de scènes d’une belle délicatesse, émouvantes sans avoir recours à un pathos trop appuyé. Ainsi, quand Fievel se résigne à mener une vie d’orphelin, prostré dans la crasse et pleurant sous la lune, la caméra s’éloigne petit à petit de lui, révélant à ses côtés des dizaines autres orphelins endormis, ayant de leur côté depuis longtemps abandonné tout espoir.

Techniquement, le boulot de est épatant : la précision du trait, la complexité de l’animation, la subtilité des couleurs, la classe et la diversité des décors, tout concourt à faire de un véritable petit chef d’œuvre, qui n’a pas volé son succès public.

Par la suite, collaborerait à nouveau avec Steven Spielberg pour Le petit dinosaure et la vallée des merveilles (1988). Son film suivant, Charlie (1989), rencontrerait un succès modeste, mais au fil des années 90, ses échecs successifs le forceraient à revenir travailler sous la houlette d’un grand studio. Anastasia, sorti en 1997 sous les couleurs de Fox Animation Studios, serait un immense succès, mais son film suivant, Titan A.E (2000) fut un échec tel qu’il incita la Fox à fermer sa section animation. Néanmoins, à l’automne 2020, Bluth a lancé un nouveau studio d’animation appelé Studios. Son but est de viser à une « renaissance de l’animation dessinée à la main ». Son premier projet s’intitule Bluth’s fables, une anthologie d’histoires courtes imaginées par , et dont on peut régulièrement suivre l’évolution sur YouTube.

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est qui nous propose aujourd’hui de redécouvrir  : à cette occasion, le film s’offre une édition « Collector », une édition Combo Blu-ray + DVD qui s’impose dans un packaging luxueux et vraiment très classe que vous serez fiers d’afficher sur vos étagères : un digipack trois volets aux couleurs du film, surmonté d’un fourreau reprenant en façade le superbe visuel de l’affiche du film.

Malgré les craintes que l’on pouvait avoir, cette édition Haute-Définition s’offre une présentation vidéo de belle facture. Le travail de restauration effectué par l’éditeur français sur le master fatigué d’Universal Pictures semble globalement avoir porté ses fruits, même si le rendu général pourra en rebuter certains par son côté très « lisse ». L’ensemble présente une stabilité exemplaire, ainsi que de très jolies couleurs. Bien sûr,  manque certes peut-être un peu de piqué et/ou de précision sur les arrière-plans, mais cela est sans doute AUSSI dû aux conditions de fabrication du film, la HD ne faisant pas de cadeau à l’animation en général, surtout quand celle-ci est « modeste ». Le Blu-ray accentue sans aucun doute les défauts et les limites de l’animation du film, et le film de n’est pas le seul à être victime de cet état de fait : revoyez Le livre de la jungle ou Le roi lion cuvée 1994, et vous aurez le même sentiment. Le plus troublant dans ce constat est de se dire que ces défauts ne nous apparaissaient pas lors de notre découverte des films il y a 20, 30, 40 ans : les défauts que l’on repère semblent par conséquent nés de l’évolution des techniques, qui aiguise notre œil à ce genre de détail. De là à dire que le progrès ruine notre capacité à rêver, il n’y a qu’un pas…

Côté son, le film est proposé en VF et VO dans deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1. La spatialisation est réussie, surtout sur la scène de tempête ainsi que sur la scène de « bataille » finale. Sur les scènes plus calmes, les voix sont claires et nettes, avec quelques effets d’ambiance épars. L’éditeur nous propose également de revoir le film dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 qui fait le boulot sans le moindre problème, avec des dialogues toujours parfaitement clairs et distincts.

Du côté des suppléments, on trouvera en plus de la traditionnelle bande-annonce une intéressante présentation du film par Xavier Kawa-Topor, spécialiste du cinéma d’animation (32 minutes). Ce dernier remettra le film dans son contexte de tournage et reviendra sur l’apport de Steven Spielberg au film, ainsi que sur sa relation avec . Si on note quelques approximations dans ses propos (notamment dès qu’il aborde la maison Disney), celles-ci sont sans doute à mettre sur le compte d’une volonté de proposer au spectateur une vision synthétique du film et de la carrière de . On notera également que cette édition Combo Blu-ray + DVD de contient également cinq superbes cartes postales tirées du film.

2 Commentaires

  1. En effet, il semble que sur les premiers exemplaires de cette édition, le mixage 5.1 de la VF souffre d’un décalage son / image à partir de la 38ème minute de film. Un programme d’échange a été mis en place par l’éditeur. Pour plus de détails, on vous invite à écrire directement à l’éditeur : rimini.editions@gmail.com

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