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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Jeanne d’Arc

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Jeanne d’Arc

États-Unis, République tchèque : 1999
Titre original : –
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson, Andrew Birkin
Acteurs : Milla Jovovich, Dustin Hoffman, Faye Dunaway
Éditeur : Gaumont
Durée : 2h38
Genre : Historique
Date de sortie cinéma : 25 février 2026
Date de sortie DVD/BR/4K : 3 juin 2026

Lors du saccage par l’armée anglaise de Dom Rémy, Jeanne, enfant pieuse, est le témoin horrifié du viol et de l’assassinat de sa sœur. Dès lors, elle hait la guerre , la religion et la prière seront tout pour elle. Devenue jeune fille, elle est sûre d’entendre des messages de Dieu et de ses saints, la poussant à chasser l’envahisseur…

Le film

[4/5]

Devant la caméra de Luc Besson, la trajectoire de Jeanne d’Arc ressemble à une grande cavalcade fiévreuse au cœur de laquelle le cinéaste, grisé par la dimension « internationale » que lui a apporté le succès du Cinquième Élément, semble vouloir attraper la légende à mains nues, quitte à se brûler un peu les doigts. De fait, son film s’ouvre comme un cri venu du fond des âges, un cri qui refuse de se laisser dompter par les conventions – bien trop sages – du biopic historique traditionnel. L’intrigue avance avec une énergie presque animale, la caméra s’avérant bien plus déterminée à suivre une âme en fuite plutôt qu’une héroïne de manuels scolaires. Par conséquent, Jeanne d’Arc n’a rien d’un récit figé : c’est un bloc incandescent, un truc qui déborde de partout, qui déborde même un peu trop parfois, mais qui ne triche jamais sur son ambition, démesurée, folle, chaotique. Mais dans ce chaos organisé, et comme toujours chez Luc Besson, on sent poindre une beauté étrange, une poésie cabossée qui rappelle que le cinéma peut encore se permettre des gestes déraisonnables.

La mise en scène de Jeanne d’Arc épouse donc les tourments intérieurs de son personnage principal, et les retranscrit à l’écran. Luc Besson filme la guerre comme un cauchemar éveillé, un tourbillon de boue, de fer et de cris, où la caméra semble parfois glisser comme une flèche perdue. Le film utilise la violence comme un langage, un moyen de traduire la confusion intérieure de Jeanne, cette jeune femme qui entend des voix et qui avance dans le monde comme si chaque pas était une déflagration. Les thématiques religieuses, politiques et mystiques se mêlent dans un ballet étrange, presque hypnotique, où la foi devient une arme et le doute un champ de bataille. Jeanne d’Arc ne cherche pas à expliquer Jeanne : il cherche à la ressentir, à la faire vibrer dans le cadre, à la laisser exploser comme une étoile trop proche.

Il y a également dans Jeanne d’Arc une volonté de questionner la figure héroïque, de la fissurer pour mieux en révéler les contradictions. Luc Besson ne filme pas une sainte immaculée, mais une jeune femme traversée par des forces qui la dépassent, interrogeant par là même la fine frontière séparant l’illumination de la folie, la mission divine de la manipulation politique. Le personnage joué par Dustin Hoffman, sorte de conscience incarnée, agit comme un miroir déformant, un compagnon invisible qui pousse Jeanne dans ses retranchements. Jeanne d’Arc devient alors un film sur la responsabilité, sur le poids écrasant des choix, sur la solitude absolue de ceux qui croient être guidés par quelque chose de plus grand qu’eux. La photographie du film, signée Thierry Arbogast, joue également un rôle essentiel dans cette exploration intérieure. Les couleurs oscillent entre l’ocre brûlé, le gris métallique et le rouge sang, comme si le film cherchait à peindre l’âme de Jeanne plutôt que son époque. Luc Besson utilise la lumière comme un révélateur émotionnel : les scènes d’introspection baignent dans une clarté presque irréelle, tandis que les batailles plongent dans une obscurité suffocante. Le film semble constamment hésiter entre la terre et le ciel, entre la boue et la transcendance, entre la chair et l’esprit. Jeanne d’Arc trouve dans cette tension une force singulière, une manière de rappeler que la sainteté, au cinéma comme ailleurs, n’est jamais un chemin rectiligne.

Et bien sûr, les acteurs apportent une intensité rare à ce tumulte. Milla Jovovich livre une performance habitée, parfois excessive, mais toujours sincère, comme si elle cherchait à canaliser un orage intérieur. Jeanne d’Arc lui offre un terrain de jeu où la fragilité et la fureur cohabitent sans jamais se contredire. John Malkovich, en Charles VII, incarne un roi hésitant, presque spectral, dont la lâcheté tranquille contraste avec la ferveur de Jeanne. Et Dustin Hoffman, en conscience inquisitrice, apporte une profondeur inattendue, une sorte de sagesse acide qui donne au film une dimension presque métaphysique. Jeanne d’Arc repose sur ces présences, sur ces visages qui racontent autant que les dialogues, sur cette humanité cabossée qui donne au film sa vibration la plus juste. A voir.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Presque trente ans après sa sortie dans les salles, redécouvrir Jeanne d’Arc au format Blu-ray 4K Ultra HD permet une redécouverte presque totale du film de Luc Besson. Le packaging en boitier Steelbook, élégant et solide, reflète le soin apporté à cette édition : visuel sobre, finition soignée, et un boîtier qui donne immédiatement l’impression d’avoir entre les mains un objet pensé pour durer. Jeanne d’Arc bénéficie ici d’un master 4K issu d’un scan récent, et le résultat saute aux yeux dès les premières images. Les technologies HDR10 / Dolby Vision apportent une profondeur nouvelle aux scènes nocturnes, avec des noirs plus denses et une lisibilité accrue dans les zones sombres. La gestion des contrastes et des hautes lumières est d’une belle finesse, notamment dans les scènes d’apparitions ou de visions, où la lumière semble littéralement jaillir de l’écran. Bref, Jeanne d’Arc gagne en relief, en texture, en matière : les armures scintillent, les étoffes prennent vie, les visages se creusent de rides et de poussière.

L’image du Blu-ray 4K Ultra HD impressionne par sa précision. Les détails foisonnent : la boue collée aux bottes, les éclats de métal, les mèches de cheveux collées par la sueur. Jeanne d’Arc retrouve une netteté qui ne trahit jamais la texture argentique d’origine. Le grain est présent, fin, organique, parfaitement respecté. Les couleurs gagnent en richesse : les rouges sont plus profonds, les bleus plus intenses, les ors plus vibrants. Jeanne d’Arc profite pleinement de cette restauration, qui redonne au film sa dimension picturale, presque mystique. Les scènes de bataille, souvent chaotiques, gagnent en lisibilité, et les plans larges retrouvent une ampleur que les éditions précédentes avaient un peu étouffée. Bref, c’est du lourd ! Côté son, le Blu-ray 4K Ultra HD de Jeanne d’Arc nous propose deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1 d’excellente facture, en VF comme en VO. La version originale offre une dynamique plus ample, notamment dans les scènes de bataille où les impacts, les cris et les charges résonnent avec une puissance impressionnante. Mais la version française n’a rien d’une piste secondaire : elle bénéficie d’un mixage clair, équilibré, avec des dialogues parfaitement intelligibles et une spatialisation efficace. Les ambiances médiévales enveloppent le spectateur, et la musique d’Éric Serra trouve une ampleur nouvelle, avec des basses plus profondes et des aigus mieux définis. Les deux pistes se complètent, et l’on peut passer de l’une à l’autre sans perdre en immersion.

Les suppléments du Blu-ray 4K Ultra HD de Jeanne d’Arc constituent un véritable trésor pour les amoureux du cinéma de Luc Besson. On commencera avec un passionnant making of (1h26), tourné par Laurent Lufroy et Luc Besson. Ce documentaire nous plonge littéralement au cœur de la production de Jeanne d’Arc, qui y apparaît comme un chantier titanesque, où chaque décor, chaque costume, chaque mouvement de caméra est pensé avec une précision maniaque. Le documentaire montre les doutes, les choix, les tensions, mais aussi l’enthousiasme collectif qui a porté le film. C’est un supplément essentiel, qui éclaire autant la fabrication du film que les intentions artistiques de Luc Besson. Sur le Blu-ray 4K Ultra HD, on aura également le droit à un entretien avec André Labbouz (5 minutes), qui reviendra sur les défis techniques de la restauration du film. Ces suppléments présents sur la galette Katka du film seront complétés par un Blu-ray de bonus, nous présentant une large sélection d’entretiens techniques qui, mises bout à bout, composent un making of rétrospectif passionnant et sans langue de bois, puisque dégagé de toute influence de Luc Besson. On commencera par un entretien avec Gérard Krawczyk (25 minutes), qui explore le travail de la seconde équipe, notamment sur les scènes de bataille. Il explique que Luc Besson voulait des affrontements brutaux, chaotiques, mais toujours lisibles, et que cette lisibilité passait par un travail millimétré sur les axes de caméra, les trajectoires des figurants, et la gestion des chevaux. Gérard Krawczyk insiste sur la dimension physique du tournage : boue, pluie artificielle, fumigènes, armures lourdes, tout était conçu pour que Jeanne d’Arc respire la dureté du Moyen Âge. Il raconte comment certaines scènes ont été tournées comme des mini-films autonomes, avec leur propre découpage, leur propre rythme, avant d’être intégrées dans le montage global. Il évoque aussi la collaboration avec Thierry Arbogast, dont la lumière devait rester cohérente même lorsque les conditions météo changeaient d’une heure à l’autre.

Justement, on enchaînera avec un entretien avec Thierry Arbogast (8 minutes), qui permettra au directeur de la photographie de détailler ses choix de lumière et de palette, offrant un éclairage précieux sur la photographie du film. Il nous y expliquera comment Jeanne d’Arc a été conçu comme un film de contrastes extrêmes : lumière divine contre ténèbres terrestres, éclats d’acier contre boue poisseuse, visages illuminés contre silhouettes englouties. Il raconte que Luc Besson voulait une image qui ne soit jamais neutre, jamais tiède, mais toujours chargée d’intention, comme si chaque rayon de lumière devait raconter quelque chose de Jeanne. Il revient aussi sur les scènes de bataille, où la lumière naturelle était souvent insuffisante. Il explique comment des projecteurs massifs ont été utilisés pour recréer un soleil d’hiver crédible, capable de traverser la fumée, la poussière et les nuages artificiels. On continuera ensuite avec un entretien avec Sylvie Landra, chef monteuse (16 minutes). Elle y raconte comment le film a été pensé comme une succession de secousses émotionnelles, un montage qui devait refléter l’état mental de Jeanne, ses certitudes fulgurantes comme ses doutes abyssaux. Elle explique que Jeanne d’Arc n’a jamais été conçu comme un récit linéaire, mais comme une trajectoire intérieure, presque une transe, et que le montage devait en épouser les variations. Elle reviendra également sur les heures de rushes que représentait un tournage à 14 caméras, avec un Luc Besson casqué filmant la guerre en plein milieu du champ de bataille.

On enchaînera avec un entretien avec Catherine Leterrier, chef costumière, et Olivier Bériot (28 minutes). Ils nous offrent un regard passionnant sur la création des costumes de Jeanne d’Arc. Leur entretien montre à quel point le film repose sur une recherche historique rigoureuse, mais aussi sur une volonté de traduire visuellement l’évolution psychologique de Jeanne. Catherine Leterrier insiste sur la dimension symbolique du blanc, omniprésent dans les visions, et sur la manière dont les costumes de cour contrastent avec la rudesse des tenues militaires. Olivier Bériot, lui, détaille le travail artisanal réalisé à l’Atelier Caraco : vieillissement des tissus, patines, usures, tout a été pensé pour que Jeanne d’Arc respire la poussière, la sueur, la boue… L’entretien révèle un soin maniaque, presque obsessionnel, qui donne au film sa texture médiévale si particulière. Dans le même état d’esprit, on poursuivra ensuite avec un entretien avec Hugues Tissandier, chef décorateur (33 minutes). Il nous y raconte comment les décors ont été conçus comme des espaces mentaux autant que physiques. Il explique que les villages, les champs de bataille, les salles de cour et les prisons ont été pensés pour refléter l’état intérieur de Jeanne : oppressants lorsqu’elle doute, vastes lorsqu’elle croit, labyrinthiques lorsqu’elle vacille. Jeanne d’Arc devient alors un film où les lieux racontent autant que les personnages. Enfin, on terminera avec un entretien avec Bruno Tarrière, ingénieur du son (35 minutes), qui nous racontera comment Jeanne d’Arc a été pensé comme une expérience sonore totale, où chaque bruit, chaque souffle, chaque cliquetis d’armure devait participer à l’immersion. Bref : montage, costumes, décors, son, tout est passé au crible avec une précision qui ravira les passionnés. Jeanne d’Arc bénéficie ici d’un ensemble de bonus d’une rare densité, qui permet de comprendre la complexité d’un film souvent mal compris.

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