Critiques de films Drame — 20 décembre 2014
Critique : Terre battue

terre battue affiche

France – Belgique, 2014
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Stéphane Demoustier, Gaëlle Macé
Acteurs : , , Charles Mérienne
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h35
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 décembre 2014

Note : 3/5

Dans ce premier long-métrage prometteur porté par la prestation d’Olivier Gourmet, Stéphane Demoustier filme le trajet d’un homme qui pensait avoir réussi sa vie et entraîne sa famille dans sa crise morale et sociale.

terre battue 02

Synopsis : Après vingt ans de bons et loyaux services, Jérôme Sauvage est licencié de son emploi de directeur régional d’une grande surface. Sans diplôme ni fortune personnelle, il se refuse à travailler pour un nouvel employeur et se bat pour créer un magasin de chaussures grâce à son enthousiasme, ses contacts et ses intuitions de vendeur aguerri. Mais ce combat difficile inquiète son épouse Laura alors que leur fils Ugo tente de percer dans le tennis professionnel.

terre battue 03

Un drame social sous la tutelle des

Frère de la comédienne Anaïs (Bird People, Une nouvelle amie), Stéphane Demoustier est depuis quelques années un réalisateur et scénariste talentueux de courts-métrages et a aussi produit quelques confrères dont Guillaume Brac pour Un monde sans femmes. Il signe son premier long-métrage avec ce drame social et se montre un digne héritier du cinéma des frères Dardenne qui participent d’ailleurs à la production et lui ‘prêtent’ leur acteur fétiche Olivier Gourmet. Il tient le rôle principal, celui de ce beau parleur disant aux autres ce qu’ils veulent entendre, souvent pour son propre intérêt, et aveugle à ses propres excès. Il aime ce métier qu’il a appris sur le tas, prend plaisir à observer les parkings des supermarchés car cela a une signification intime pour lui plus que son épouse qui souffre de ne pas être comprise. L’acteur semble porter sur ses épaules le poids du monde mais saisit quelque chose de ces professionnels de la vente qui affichent un optimisme auxquels ils sont les seuls à croire. S’il affirme se battre pour sa femme et son fils de onze ans, il n’est pas à l’écoute de leurs angoisses et nie les problèmes, les siens comme les leurs. Son épouse effacée (Valeria Bruni Tedeschi) ne croit pas en son projet qui arrive de toute façon trop tard dans leur vie commune, s’éloignant de lui pour se retrouver une identité. Son fils connaît lui une réussite croissante dans le milieu du tennis alors que son père doit affronter pour la première fois de sa vie un échec cuisant.

terre battue 04

Une crise en famille

Le sujet est librement inspiré de faits réels dans le milieu du tennis et qu’il est difficile d’évoquer sans nuire à l’effet de surprise. Le réalisateur a lui-même connu ce milieu sportif au même âge que son jeune héros, fut champion de Bourgogne mais sans être témoin des mêmes dérives décrites ici. Le sens de la direction d’acteur de Stéphane Demoustier déjà évidente dans ses courts se voit ici encore plus nettement notamment dans la prestation du jeune lui-même jeune joueur semi-professionnel. Choisi pour ses compétences sportives dans un premier temps, il se montre à l’aise à l’écran et c’est grâce à son jeu non affecté que l’on ressent comment son personnage souffre directement de la crise de son père qui lui met une pression terrible sur ses jeunes épaules, celle de devenir un winner. Mais plus que la description lente et patiente d’une success story, Stéphane Demoustier filme une famille à la dérive qui s’enfonce dans une dépression en groupe dont on ne peut que guérir en faisant le deuil du succès.

terre battue 01

Conclusion

S’il manque de souffle dans sa mise en scène, ce drame parvient à éviter toute emphase inutilement tragique par une approche réaliste, notamment dans la captation de l’opposition entre monde du travail tristement quotidien et sport professionnel plus prestigieux. Il saisit avec justesse, malgré une dimension trop symbolique évidente, deux trajectoires parallèles, l’une descendante (le père), l’autre ascendante (le fils) jusqu’à ce qu’elles se croisent dans un cadre de faits divers.

Articles semblables

Partage

Auteur

Pascal Le Duff
Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles

(0) Readers Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *