Table ronde Le Grand Soir avec Gustave Kervern

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Table ronde Le Grand Soir avec Gustave Kervern

Table ronde Le Grand Soir avec Gustave Kervern

Dans les locaux d’ «Ad Vitam », le distributeur du « Grand Soir », avec .

Un « décadré » (et esseulé) malheureusement très « cadré » par les impératifs horaires de la promotion.

Petite synthèse de 30 mn d’entretien « à bâtons rompus » (5 « blogueurs », dont l’auteur de celle-ci).

Prochain film (rythme biennal depuis « Aaltra ») : possible retour au noir et blanc des origines, petit budget et hors vedettes. Toujours dans le « sociétal », à défaut d’un « social » marqué comme depuis « Louise-Michel ». Tout est beau et le « vivre » est essentiel… Projet très peu formalisé pour l’instant. À noter : conversations avec Jean Dujardin (sans doute pas – voir ce qui précède – pour un rôle dans le futur n°6, alors à quel titre ?). GK discret à ce sujet.

Autres projets « kerverniens ». À de rares performances près en tant que comédien (comme dans « Et si on vivait tous ensemble ? » – un film « de vieux », avec Jane Fonda, sorti en janvier dernier, ou pour le belge « Torpédo » avec Audrey Dana et François Damiens, pas si éloigné de l’univers Delépine/Kervern et sorti en mars) Gustave Kervern, en dehors de l’écriture/réalisation à deux, se consacre bien sûr avec Benoît Delépine (et quelques agitateurs du même tonneau) à Groland. L’émission de Canal Plus continue à la rentrée, va d’ailleurs fêter ses 20 ans, et le Festival du Film Grolandais aura lieu du 17 au 23 septembre 2012, à Toulouse (avec « Le Grand Soir » a priori programmé), puisqu’un retour à Quend (Somme) est exclu pour des « raisons policières ».

Poevoorde/Dupontel : si premiers essais du genre houleux (fortes personnalités), les deux quadragénaires se sont avérés finalement très faciles à gérer ensemble. Ils sont parfaitement en harmonie avec l’environnement Delépine/Kervern, qui s’exprime toujours avec des acteurs peu conventionnels. Remarque encore plus évidente pour Brigitte Fontaine. C’est l’entourage des réalisateurs qui leur a suggéré la chanteuse pour le rôle de « Ma » Bonzini, la génitrice de « Not » et « Dead » (ils ne la connaissaient que peu ou pas, et pas du tout ses chansons) – c’est sa vie qui est en familiarité avec le monde D/K. Après avoir décliné toute invitation à faire l’actrice de cinéma (alors qu’elle est aussi auteur et interprète au théâtre) et surtout la « mère », BF indiquait pouvoir seulement être à l’écran une « sorcière fumant dans sa forêt bretonne » : les cinéastes ont donc logiquement réussi à en faire une mère (et grand-mère) peu impliquée et alcoolisée dans une « Pataterie » déserte de Centre commercial. A noter que le premier choix était pour ce rôle Andréa Ferréol, ce qui aurait donné à Marie-Annick Bonzini une couleur bien différente ! En tout cas, une certitude : ce qui fait le lien et la cohérence de tous les castings D/K, c’est la priorité donnée aux interprètes « instinctifs » (voir Depardieu plus loin).

Un mot de la figuration : GK n’en veut pas, car elle « saute trop aux yeux », lui préférant la spontanéité des séquences de « caméra cachée ». En l’espèce, seul vrai « figurant », un improbable Finlandais en chaise roulante rencontré à Angoulême (où a été tournée, ainsi que dans la campagne environnante, une partie du film) constitué unique client de la « Pataterie ».

L’épisode du « Chinois ». S’il n’y a donc pas de figurants, nombreux au contraire sont les acteurs de complément. Parmi eux, un Chinois de Marseille, prénommé Marius ( !) et avec accent, que GK avait rencontré en travaillant pour Canal Plus, alors qu’à Roland-Garros en plein tournoi il écoutait le match sur un transistor. Le côté décalé du personnage l’avait fait l’ «archiver » dans sa réserve d’interprètes possibles (en situations absurdes, « gueules » et personnalités diverses) : c’est lui le patron du restaurant chinois où Depardieu livre une étonnante consultation de divination via un godet d’alcool de riz.

La « famille ». Le tandem reprend souvent les mêmes acteurs (après avoir arrêté de se distribuer dans les rôles principaux, à partir de « Louise-Michel »), au premier rang desquels de talentueux Belges : Bouli Lanners, Yolande Moreau et Benoît Poelvoorde. Dans « Le Grand Soir », les deux premiers sont en participation amicale (« vigile » débonnaire très épisodique pour le premier et simple caméo pour la deuxième), quand le dernier est enfin en première position (après des passages éclair dans « Aaltra », « Louise-Michel » et « Mammuth »). Gérard Depardieu a voulu être, après « Mammuth » justement, du « Grand Soir », et a su distraire quelques jours du tournage en Hongrie du prochain « Astérix » en conséquence (une autre scène cocasse tournée avec lui a été sacrifiée au montage – seule la « voyance » a été conservée). Outre le caméo de YM, d’autres participations hétéroclites sont à noter, voire de simples silhouettes « clin d’œil », et pas toutes créditées finalement : Barbet Schroeder – avec une digression dans les vignes au moment du périple en Fenwick, supprimée – l’ « entarteur » et aussi l’ « agrippeur » (de Sarko), Benoît Delépine qui pousse un chariot qui déborde de lots de papier-toilette, Kervern (coupé) dans un pressing….

De la préparation. Tout est voulu, tout est écrit, mais tout peut être transformé au fur et à mesure du tournage, bien que le phénomène soit en net ralentissement depuis « Louise-Michel ». Pas de « champs/contrechamps » : cette « grammaire » cinématographique ennuie déjà profondément GK chez les autres (stéréotypes, uniformisation : « toujours le même film »), et le duo lui substitue sans regret les plans fixes systématiques, véritable marque de fabrique – ce qui nécessite en compensation qu’il se passe beaucoup de choses dans le cadre : idées visuelles, actions incongrues, le tout animé par un dialogue travaillé, percutant et « signifiant ». Peu de séquences (150 environ contre une moyenne ordinaire de 600 au moins dans les films standard), nombre de prises réduit, et un tournage sur 4 semaines au plus. Et la technique de la répétition filmée, qui permet de peaufiner souvent le texte ou la dramaturgie, peut donner lieu à des séquences conservées en l’état, si le rendu est satisfaisant : ainsi du moment où Albert Dupontel/Dead rend visite à son ex-femme Sylvie – scène intense où Dupontel répétait (et finalement jouait) pourtant « à plat ». Son énergie bouillonnante alors canalisée était parfaite : « on la garde ».

Du sens. GK/BD font des choses «différentes » au cinéma. Quid de leur inspiration ? Le situationnisme suggéré par l’un des intervenants appelle une réponse nuancée de GK : si oui, ce serait sans dogmatisme, et dans un rapprochement non prémédité. Il illustre alors son propos avec une anecdote survenue alors qu’ils préparaient « Avida ». On leur indique la « familiarité » de Raoul Vaneigem avec leur univers (celui-ci, proche un bon moment de Guy Debord, a collaboré par ailleurs plus tard au « Siné-Hebdo », avant la disparition de la publication), et ils obtiennent un rendez-vous avec lui. Inquiets de n’avoir rien lu de ce qu’il a écrit, ils achètent en hâte ce qu’ils peuvent trouver, parcourent « en diagonale » (et sans doute surtout les « quatrièmes de couverture ») et « usent » les volumes en les livrant au vent de leur trajet en voiture, toutes feuilles déployées aux fenêtres ! Si l’entretien fut intéressant, l’écrivain refusa pour autant d’être de l’aventure « Avida », car il ne voulait pas être à l’écran, même masqué.

La « consécration » ? Seul film français récompensé durant le récent Cannes (« Prix spécial  du Jury», dans la section « Un Certain Regard »). GK, heureux, mais sûrement pas « la grosse tête », précise rapidement avoir reçu le trophée sans discours à la clé, presque timide – mais mentionne l’énergique  « hug » à l’initiative du président Tim Roth, en empathie évidente au-delà des barrières linguistiques.

Les dédicaces. « Le Grand Soir » est dédié à des morts de bonne compagnie, liste sans surprise de personnalités bien différentes, de Remo Forlani (l’ «inquiétant directeur » d’ «Avida ») à Claude Chabrol (disparu entre « Mammuth » et « Le Grand Soir »), en passant par « Joe l’Indien », le SDF plusieurs fois distribué. Ne manquent que la girafe et l’éléphant du zoo de Maubeuge, où fut tourné en partie « Avida », dont GK regrette d’avoir omis d’honorer la mémoire….

Le tandem. Ces vieux complices n’envisagent pas de cesser leur fructueuse collaboration : toujours des idées à partager, toujours des solutions plus faciles à trouver à deux – voilà qui contrebalance les concessions à faire, et les quelques engueulades inévitables, comme dans n’importe quel « couple ». GK  ne se verrait vraiment pas faire un film tout seul.

Les suites. Pas de « making-of » sur ce tournage – une idée en ce sens avec une caméra fixée sur Billy Bob, le petit chien du « punk-à-chien »/Not/Poelvoorde, (son animal de compagnie dans la vie, récompensé d’une « Mention Spéciale Palm Dog » à cette occasion) a été abandonnée, trop contraignante en termes de temps pour un tournage bref. La bonne solution en la matière étant celle retenue sur « Mammuth », une réalisation « raccord » par quelqu’un d’autre – mais l’expérience bien venue avec Fred Poulet pour le n° 4 n’a pas été renouvelée ici (ce « Making fuck off », filmé en Super 8, en fait un vrai film documentaire, a fait partie en 2010 de la Sélection officielle à Cannes, en « hors compétition » surprise de dernière minute).

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