Critique : Ricki and The Flash

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Etats-Unis, 2015
Titre original : Ricki and The Flash
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , Kevin Kline, Mamie Gummer, Rick Springfield
Distribution : Sony Pictures Releasing
Durée : 1h42
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 2 septembre 2015

Note : 3/5

Près de vingt fois nommée aux Oscars et couronnée à trois reprises de la récompense suprême du cinéma américain, Meryl Streep n’a plus rien à prouver. Elle profite par conséquent de son statut d’actrice intouchable pour se faire plaisir, avec modération, mais néanmoins assez souvent pour montrer à son public fidèle depuis un peu moins de quarante ans qu’elle n’a pas pris la grosse tête. La comédie est son terrain de prédilection pour ces exercices sans gravité, qui lui permettent en passant de se moquer gentiment de l’âge qui avance et qui s’avère en revanche très cruel pour toutes les comédiennes qui ne s’appellent pas Meryl Streep. Son dernier intermède de ce genre remonte déjà à trois ans, sous forme de Tous les espoirs sont permis de David Frankel, et il était donc grand temps de la retrouver dans un film plutôt léger, sans autre arrière-pensée que de divertir convenablement. C’est désormais chose faite, grâce à Ricki and The Flash. Cette comédie familiale ne représente certes le sommet de la carrière d’aucun de ses illustres participants. Mais il n’y a absolument pas non plus de quoi avoir honte de cette invitation à l’évasion, qui ratisse large pour ne brusquer personne.

Synopsis : Le rêve de faire carrière en tant que rockeuse, pour lequel elle avait autrefois abandonné sa famille, ne s’est guère réalisé pour Ricki. Elle joue régulièrement avec son groupe The Flash dans un bar en Californie, mais son quotidien est sinon marqué par son surendettement et son travail comme caissière dans un supermarché. Quand elle reçoit un coup de fil de son ancien mari Pete, qui lui annonce que leur fille Julie déprime sérieusement suite à son divorce, Ricki part sans tarder les rejoindre à Indianapolis. Les retrouvailles familiales ne se passent pourtant pas trop bien, parce que ses enfants n’ont toujours pas pardonné à Ricki son break définitif de ses responsabilités de mère. Quant à Pete, le tempérament tempétueux de sa première femme l’amuse plus qu’il ne le choque dans son environnement très préservé.

Meryl Streep fait son show

Est-ce que Meryl Streep peut interpréter n’importe quel personnage, aussi éloigné ses rôles soient-ils de son propre cadre de vie ? Puisqu’elle a une réputation de caméléon prodigieux, il serait facile de répondre par l’affirmative. Or, s’il fallait trouver des points communs à ces dizaines de femmes dont elle a plaidé la cause devant un public souvent subjugué, ce serait l’intelligence et le courage. Le plus grand écart de sa zone de confort se situe alors dans la bêtise et la lâcheté de la chanteuse assez misérable, qu’elle interprète ici. Au début du film, Ricki n’est plus très loin du stade peu enviable de la loque humaine, puisqu’elle se chamaille sans cesse avec les autres membres de son groupe et qu’elle se fait rappeler à l’ordre du sourire forcé à son travail alimentaire. Elle ne brille pas non plus par son érudition ou ses idées progressistes, grâce au scénario comme d’habitude un peu grossier de Diablo Cody, qui lui fait confondre la maladie d’Alzheimer et la maladie de Charcot et la décrit comme une réactionnaire indécrottable, quitte à refuser d’admettre que son fils est homosexuel. Bien sûr, le retour aux sources lui permettra d’arrondir tant soit peu les angles, sans toutefois abandonner sa passion musicale. C’est d’ailleurs cette dernière qui nous réservera un dénouement un poil trop consensuel et émotionnel, alors que le ton global du film se distingue par une certaine sobriété. Enfin, si Meryl Streep ne campe pas l’un de ses personnages les plus mémorables dans Ricki and The Flash, elle nous impressionne par contre par ses capacités vocales jamais prises en défaut.

Les Etats-Unis, une société à deux vitesses

Et puis, en dehors du petit tour de force de l’actrice principale, y a-t-il quoique ce soit de notable à signaler dans le nouveau film de Jonathan Demme, un réalisateur qui s’est largement exilé depuis vingt ans dans le genre du documentaire ? D’une facture modeste et efficace, le dix-septième film de fiction de Demme renoue avec l’attention que le cinéaste porte à la dimension humaine de ses personnages, au détriment d’une quelconque exubérance formelle et de solutions toutes faites. Le voyage de Ricki, entrepris malgré sa situation matérielle difficile, ne se solde ainsi point par une réconciliation tous azimuts. Dans ce contexte, une fin peut-être encore plus probante aurait pu intervenir plus tôt, avant que le grand mariage très écologiquement conscient ne vienne clore l’intrigue d’une façon presque sirupeuse. Car une fois qu’elle a fait le deuil de sa vie affective d’avant pour mieux admettre qu’un nouvel amour peut lui redonner goût à la vie, Ricki – en tant que moteur principal de la narration – fait du surplace. L’épilogue festif dénote par conséquent en tant que seule séquence, où l’observation subtile du décalage social et matériel entre le monde démuni de Ricki et le luxe de l’univers auquel elle a tourné le dos auparavant paraît plus bancale. Or, ce ne sont là que des réserves mineures face à un film, qui n’affiche à aucun moment des ambitions démesurées.

Conclusion

En tant que reine incontestée du grand écran, Meryl Streep est au dessus de toute critique. En effet, comment pourrait-on sérieusement lui en vouloir de dilapider son talent dans des films gentillets dont elle est l’attraction quasiment exclusive ? En dépit de la mise en œuvre solide d’un considérable savoir-faire cinématographique, Ricki and The Flash est de ceux-là, ni plus, ni moins !

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