Critique : Reportage fatal (Shakedown)

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Shakedown AFFICHEReportage fatal

Etats-Unis, 1950
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Martin Goldsmith, Alfred Lewis Levitt, d’après une histoire de Nat Dallinger et Don Martin
Acteurs : , ,
Distribution : Universal Pictures
Durée : 1h20
Genre : Film noir
Date de sortie : 14 juin 1951

Note : 4/5

À l’occasion de la sortie de , critique de ce chef d’oeuvre du film noir avec un personnage de photographe en quête de scoops racoleurs qui n’est pas sans lien avec le sinistre Louis Bloom interprété par Jake Gyllenhaal.

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Synopsis : Un photographe de presse sans scrupules se fait un nom à San Francisco en trafiquant des scènes compromettantes et en frayant avec la pègre…

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Un photographe ambitieux

La fortune sourit à ceux qui se lèvent tôt, et Jack Early (the early bird dood it pour reprendre le titre d’un Tex Avery) est bien matinal. Photographe ambitieux, il est prêt à tout pour faire les photos qui vont le sortir de ses soucis de porte-monnaie, à n’importe quel prix, expression bien justifiée ici. Howard Duff interprète un personnage totalement pourri, sans le moindre espoir de rédemption. Un Dirty Rotten Scoundrel qui enchaîne les actes plus odieux les uns que les autres. Il parvient à être plus dangereux qu’un homme d’affaires qui trempe dans des affaires louches (Brian Donlevy, dépassé par sa rencontre avec un homme dont il n’anticipe pas l’absence totale de scrupules) ou qu’un vrai gangster sans limites, le toujours extraordinaire (le vétéran de Reservoir Dogs) quand il joue les méchants sans foi ni loi. Leur échange de gifles révèle le rictus récurrent du photographe, qui n’évoque que lors d’une brève séquence un passé que l’on imagine riche en humiliations liées à des origines très modestes. En dehors de cela, pas de motivations psychologiques plus détaillées, c’est suffisamment clair, inutile d’en rajouter et cela donne une vraie complexité à ce film. Rarement celui qui est présenté comme le héros d’un film américain de cette période n’aura été si irrécupérable.

Howard Duff et Brian Donlevy
Howard Duff et Brian Donlevy

Créer l’événement

Joseph Pevney, jusque là comédien reconnu (il s’offre d’ailleurs son dernier emploi comme acteur ici), donne un rythme échevelé à ce qui est son premier long-métrage en tant que réalisateur. Il imprime une vitesse folle dès la première scène où on voit le héros échapper brillamment à groupe d’hommes qui cherchent à détruire des photos compromettantes. La scène suivante le montre qui se présente de façon triomphale dans le journal où il espère obtenir un travail fixe. Après le ton du polar, un bref instant de comédie qui permet de s’attacher pendant un long moment à la dérive grandissante d’un anti-héros assez fascinant. À son arrivée en effet dans la rédaction, les femmes se retournent sur son passage en le dévorant des yeux. Un inversement assez fin du cliché de la jolie blonde qui déclenche cet effet chez les hommes qui se trouvent sur son passage.

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Il n’a qu’une semaine pour prouver sa valeur, et le bureau des chiens perdus n’est pas ce qui va l’aider au mieux. Il va alors profiter de sa capacité à être au bon endroit au bon moment, et assurer son avenir de façon malhonnête. Face à son succès rapide, sa quête modeste (mais orgueilleuse) d’un poste stable pour vaincre sa peur de se retrouver sans le sou va être très vite dépassée par un appât du gain démesuré qui va lui faire perdre toute mesure. Il comprend que le hasard ne suffit pas et va ainsi se débrouiller pour créer l’événement. La scène du parking est un modèle de cynisme professionnel qui fait froid dans le dos. Il a de l’appétit et va le prouver en dévorant tous ceux qui sont sur son passage. Sa capacité à comprendre le genre humain et à assumer ses propres désirs vont l’aider dans cette optique.

Howard Duff et Peggy Dow
Howard Duff et Peggy Dow

Un séducteur en série

Après ce démarrage enlevé, le cinéaste évite ensuite les temps morts. Les péripéties s’enchaînent et très vite, le héros va se retrouver dans des situations de plus en plus définitives, jusqu’à se retrouver par hasard à faire la photo la plus importante de sa carrière. La vie tragi-comique d’un homme pressé, avec la vie, avec l’argent, avec les femmes. Une fois séduite, il passe à une autre. Et le défi doit justifier l’acte de  » séduction « . Son pouvoir dans ce domaine est réel avec une insistance presque douteuse qui repose sur le besoin de dépasser le mépris social qu’il peut ressentir. Ce n’est que discrètement esquissé mais bien prégnant. Il insiste pour obtenir ce qu’il veut et Peggy Dow ainsi que la française (Edouard et Caroline, Les Parapluies de Cherbourg et ici dans une rare expérience américaine) en feront les frais. La comédienne est une jolie amoureuse et le couple qu’elle forme avec Donlevy est attachant. Leurs rencontres avec cet homme dont ils sous-estiment la dangerosité donnent lieu à des dialogues savoureux comme  » J’adore votre manière de dîner  » quand il s’invite chez eux. Décrit comme une machine qui n’a jamais eu de mère, cet homme est montré comme irrécupérable. C’est bien ce qui fait le sel de ce film qui va jusqu’au bout de son propos, sans se laisser écraser par des leçons de morale facile. Délicieusement méchant, vil, un film très noir avec quelques plages d’un humour dévastateur, parfois aux dépens d’un prothésiste dentaire que l’on ne voit que sur une photo coincée dans un cadre qui aura une vraie importance dramatique.

Howard Duff et Anne Vernon
Howard Duff et Anne Vernon

Dans le rôle du portier du club où réside Brian Donlevy, on reconnaît très brièvement à ses débuts. Peu glorieux certes, surtout lorsque le réalisateur révélait dans un entretien que le futur comédien vedette était bien plus grand que son aîné et que cela compliquait forcément un peu le tournage pour que cela ne se voit pas à l’écran.

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Résumé

Un film noir au ton original avec un anti-héros inquiétant, plus dangereux avec son appareil photo qu’un criminel aguerri avec son flingue. Howard Duff, magistral, semble avoir été une source d’inspiration pour Jake Gyllenhaal dans Night Call (critique).

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