Critique : Melancholia (pour)

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Melancholia

Melancholia

France, Danemark, Suède, Allemagne : 2011
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Lars von Trier
Acteurs : , ,
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 2h10
Genre : Science fiction , Drame
Date de sortie : 10 août 2011

3,5/5

Que feriez-vous si le monde vivait ses dernières années. À travers la rivalité entre deux sœurs que tout oppose, Lars Von Trier donne une réponse toute personnelle et offre deux beaux rôles à Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg dans une mise en scène qui évoque l’univers si particulier de .

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Synopsis : Cela commence par un mariage. Jour de fête a priori pour Justine pour ce qui est censé être le plus beau jour de sa vie. Mais celle qui s’est mariée pour donner un sens à sa vie ne semble pas bien heureuse, au grand dam de sa soeur Claire et de son beau-frère qui a dépensé beaucoup d’argent pour l’événement. Mais ce n’est pas le plus grave : Melancholia, une planète dix fois plus grande que la Terre s’en approche dangereusement. Est-ce la fin du monde ?

Melancholia

Une planète soeur

La première partie montre une fête de famille sinistre, qui fait évidemment penser à de son compatriote Thomas Vinterberg par son atmosphère délétère et lourde de secrets médiocres. Le mariage semble condamné d’avance, malgré un démarrage presque comique à cause d’une limousine trop large pour l’entrée étroite qui mène vers la splendide demeure qui accueille les noces. Kirsten Dunst domine cette première séquence. Elle est cette jeune femme qui cherche à devenir normale, à trouver sa place dans le monde mais le rituel ne parvient pas à combler ce manque qui guide sa vie. Et plus le spleen grandit, plus l’échec annoncé de ce mariage est patent et plus l’influence qu’exerce la jeune femme sur la planète qui porte le nom de son état mental grandit. Sa propre mélancolie se trouve ainsi un double. Deux âmes soeurs qui vont se rencontrer de la plus terrible des manières. Joli idée portée par une comédienne qui a bien mérité son prix d’interprétation à Cannes.

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Kirsten Dunst est magnétique, on le savait déjà, mais à ce point, c’est grandiose. On peut regretter qu’elle ne le partage pas le prix cannois avec Charlotte Gainsbourg. Si une certaine romantisation de la mort est à l’oeuvre à travers la blonde éperdue de grandeur inatteignable, la comédienne française est elle plus solide et satisfaite de son quotidien. Elle porte le deuxième acte et livre une performance encore plus complexe, avec un personnage qui évolue, change, sans désarçonner gratuitement pourtant. Son émotion est palpable, ancrée par sa relation avec son fils et son mari. Une famille simplement heureuse, sans état d’âme. Elle veut vivre quand l’autre veut mourir et toutes deux ne pourront pas être satisfaites.

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Deux sœurs aux caractères opposés

En partageant son film autour de ces deux caractères si opposés, Lars Von Trier évite le nihilisme et la noirceur qui dominent ses films les plus désespérés. Claire porte bien son nom. Si elle semble être la bourgeoise donneuse de leçon dans un cadre mondain, elle est plus généreuse dans un cadre familial plus restreint. La force qu’elle exposait au milieu d’une centaine d’invités devient fragilité auprès de sa soeur et de son fils. La vraie faiblesse est ici exprimée à travers le personnage de son mari, joué étonnamment par Kiefer Sutherland. Si pour sauver le monde, on s’attend à le voir passer un coup de téléphone ou à sortir son arme lorsqu’il porte son smoking – et gare à celui qui le contrarie alors, se dit-on – , on finit par oublier le Jack Bauer de 24 heures chrono et retrouver le comédien complexe qu’il sait être. Sa lente dérive morale est poignante et si humaine. L’anneau en métal fin qui sert à déterminer la dangerosité de l’astre extra-terrestre est un des plus beaux éléments de suspense vus sur grand écran. D’abord un jouet destiné à rassurer un enfant, mais aussi les adultes démunis, il devient alors le symbole de la résignation. Et fait bien plus peur que des inondations ou incendies vus bien trop souvent dans la litanie de films catastrophes inutiles.

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Une ode à la vie

Inutile d’espérer le moindre suspense : on connaît la réponse à cette question dès la fin de ces quinze très belles premières minutes d’une réelle grâce, souligné par un très bel air d’opéra et une création visuelle éblouissante. Une succession d’images stylisées où Lars Von Trier filme ses principales comédiennes dans un ralenti qui ne sert qu’à reculer l’inéluctable. La Terre va être frappée mortellement par une planète et rien ne pourra l’empêcher. Et pourtant, c’est une déclaration d’amour à la vie que le danois nous offre, à sa manière très personnelle pourtant.

Si la magie de Kirsten Dunst ne sauve pas le monde, elle parvient à rassurer ceux qui l’entourent pour un dernier plan impressionnant. Lars Von Trier n’est pas un cinéaste qui se livre avec une émotion éthérée mais qui privilégie la passion démesurée. Si cela peut être parfois une limite, ici il touche plus fortement que précédemment, malgré une réserve sur l’apparente froideur de son apocalypse. La retenue dont il fait preuve ici lui sied bien, et n’empêche pas une autre forme de démesure. Raconter la fin du monde avec un prologue qui ne laisse aucun doute sur l’inéluctabilité du geste lui permet d’adopter une forme d’apaisement inhabituel chez lui, et c’est reposant.

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Résumé :

Une oeuvre lyrique, spirituelle et pourtant quotidienne qui se termine sur un écran désespérément noir. Et si on peut avoir certaines réserves ici ou là, il s’agit tout de même d’un vrai et grand moment de cinéma. Ceux qui ont vu The Tree of Life noteront une similitude dans l’envie de raconter l’origine ou la fin du monde à travers un cadre personnel. Le temps déterminera lequel restera le plus longtemps dans les esprits, mais chacun a de vraies qualités qu’il est bon de vérifier sur grand écran. À noter un petit rôle savoureux de en organisateur de mariage de forte mauvaise humeur. Il déteste Justine, et c’est un régal. Car en effet, Lars Von Trier sait faire preuve d’humour et cela doit se savoir !

 

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