Festivals News — 08 septembre 2014
L’Étrange Festival 2014, jour 1, jeudi 4 septembre

L’Étrange Festival s’est ouvert ce jeudi 4 septembre avec deux serial killers très différents. Dans l’excellente comédie criminelle The Voices, première expérience américaine de Marjane Satrapi (4/5), Ryan Reynolds est un homme enfant inquiétant qui entend des voix, notamment celle de son gentil chien Bosco (sa bonne conscience) et de son très très méchant chat Monsieur Moustache qui l’incite à se laisser glisser vers ses très très mauvais penchants. La farce est souvent hilarante, grâce à la performance de Ryan Reynolds dans un registre de fragile et naïf à la Forrest Gump qui se serait laissé glisser vers son côté sombre. Il est décidément à son aise dans la comédie après ses rôles dans La Proposition aux côtés de Sandra Bullock et ses apparitions (très) brèves dans les comédies de Seth Mac Farlane, Ted et Albert à l’ouest. Le film s’avère également très inquiétant car si la folie de Jerry est inoffensive dans un premier temps, le scénario révèle petit à petit la force de sa dangerosité. La première fois lorsqu’il se décide enfin à prendre ses cachets qui le privent de sa vision idéalisée du monde glauque et crade dans lequel il vit (un intéressant détournement de la pilule qui d’habitude accentue les bons côtés de la vie alors qu’ici elle les annihile). La deuxième avec la visite dans son appartement (au dessus d’un bowling) de sa collègue de travail Lisa jouée par l’adorable dont la bienveillance rend la scène d’autant plus terrible, une larme suffisant à rappeler qu’il s’agit aussi d’un drame. fait également partie de la distribution en ‘princesse anglaise’ qui séduit bien malgré elle le dangereux Jerry et est sa trop compréhensive psy. Les variations constantes et surprenantes d’un scénario humain, drôle et étrangement cohérent de Michael R.Perry (Paranormal Activity 2 pourtant mais aussi de nombreux épisodes de séries télé) alliées à la mise en scène imagée de la réalisatrice de font de ce long-métrage une excellente ouverture pour un festival de genre. La sortie en salles en France est calée pour le 11 mars 2015 mais il est encore possible de découvrir cette perle tournée dans les studios de la Babelsberg en Allemagne dans le cadre de L’Étrange Festival où il est reprogrammé le vendredi 12 septembre à 22h15.

smart monkey 00

smart monkey 01

smart monkey 02

En amuse-bouches, le court-métrage d’animation de (alias , co-scénariste et coréalisateur de Persepolis) et Nicolas Pawlowski (4,5/5) est là encore à mourir de rire et d’une grande cruauté, deux qualités partagées par ces deux films donc. Brillamment réalisé, dans un très beau noir et blanc, le film possède une belle esthétique rare dans le cinéma d’animation hexagonal avec un singe lubrique qui s’épanouit dans des décors qui rappellent l’île du Crâne de King Kong. Enfin, tente de s’épanouir car il est bien plus fragile que ses imposants primates qui constituent sa communauté. Lorsqu’il séduit la femme du chef avec une appétissante banane, il ne peut lutter contre le mâle alpha lorsqu’il est exilé. Il sera alors longuement poursuivi par un tigre à dents de sabre dans une poursuite à faire pâlir de jalousie Beep Beep et le Coyote dans une ambiance âge de glace avec guêpes dérangées dans leur ruche, ptéranodons, crocodiles et autres ennemis agressifs et mortels. Sans dialogues, le rythme est imprégné par la qualité des gags et de l’animation, et la noirceur des situations qui rapprochent Winshluss & co de Lewis Trondheim plutôt que la majorité des gentils béats qui peuplent le court-métrage d’animation. La dernière partie glisse vers une autre époque, non moins cruelle et peuplée d’un autre genre de monstres : les Bourgeois du XIXème siècle… Brrr….

the fives bandeau

En fin de soirée, découverte d’un film coréen avec un tout autre genre de tueur en série, sans empathie possible au contraire du ‘héros’ de The Voices. de (2,5/5) qui réalise son premier long-métrage, un thriller de vengeance avec une femme condamnée à vivre dans un fauteuil roulant après l’assassinat brutal de son époux et de sa fille par un psychopathe. Elle va réunir des personnes qui attendent un organe pour eux-mêmes ou leurs proches (dont l’un interprété par le costaud vu dans Le Bon, la brute et le cinglé) et leur propose à chacun l’un des siens en échange de leur implication, selon leurs compétences, dans la traque de celui qui a détruit sa vie. Le drame évite les écueils de torture déplaisante dans laquelle se complaisent souvent les productions de ce genre, en particulier ceux venant de Corée. Il n’évite pas d’autres clichés et se révèle décevant à cause d’un étrange happy-end décalé, aussi rassurant qu’un épisode banal de série télé américaine. Ce final sur lequel il est difficile de revenir sans déflorer le suspense qui atténue la portée de la tragédie jusque là bien plus extrême et le suspense réel malgré un scénario un peu trop étiré. La mise en scène est bien trop sage et les personnages peu originaux, y compris le serial killer plus collectionneur qu’artiste dont la seule souffrance est de voir ses créations abîmées. L’actrice principale, offre une performance touchante, jamais ironique malgré l’humour très présent qui atténue la dimension sordide de l’entreprise et les conventions dans lesquelles The Fives s’enfonce parfois. Le film est reprogrammé ce lundi 8 septembre 2014 à 15h45.

Articles semblables

Partage

Auteur

Pascal Le Duff
Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles

(0) Readers Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *