Critique : L’Enquête

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L’Enquête

France, Belgique, Luxembourg 2014
Titre original : –
Réalisateur : Vincent Garneq
Scénario : , Stépane Cabel et Denis Robert
Acteurs : , Charles Berling, Laurent Capelluto
Distribution : Mars Distribution
Durée : 1h46
Genre : Thriller
Date de sortie : 11 février 2015

Note : 3/5

Plus que toute autre chose, c’est l’argent qui fait tourner le monde. L’inflation des sommes a beau banaliser le pouvoir intrinsèquement lié au fric, avec des millions, voire des milliards empruntés ou dépensés sans compter à travers le monde, il ne reste pas moins vrai que les riches façonnent ce dernier selon leurs désirs plus ou moins avouables. En dépit d’une recrudescence récente de documentaires économiques, comme l’excellent de Marc Bauder, sorti il y a deux mois, le cinéma éprouve le plus grand mal à représenter ce facteur d’influence plutôt abstrait autrement qu’en l’incluant dans une opposition platement manichéenne entre les pauvres justes et les riches corrompus. Par où et comment les pactoles mirobolants transitent, cela constitue un sujet bien trop complexe et pas assez intriguant pour qu’un film de fiction s’en préoccupe. Avec son troisième long-métrage, le réalisateur Vincent Garenq s’y essaie quand même, en s’appuyant avec un certain succès sur l’affaire notoire Clearstream, depuis un point de vue journalistique.

Synopsis : Frustré par son travail au journal Libération, où ses pamphlets contre le monde obscur des finances françaises sont régulièrement censurés, le journaliste Denis Robert se met à son compte au début des années 2000. Suite à la publication d’un livre sur les difficultés des juges européens à travailler efficacement dans un monde globalisé, il reçoit le coup de fil d’un ancien employé de banque, qui lui révèle de vastes trafics d’argent sale au Luxembourg. Au fil de son enquête, Robert doit se rendre compte qu’il tient peut-être là le scoop du siècle, l’affaire des affaires. Le retour de bâton ne se fait pas attendre, puisque le journaliste et son éditeur ne tardent pas à être mis en examen pour diffamation.

Approche gagnante pour une affaire de perdants

La politique française manque surtout d’attrait parce que tous les hommes et les femmes qui l’animent paraissent traîner derrière eux un bagage d’affaires plus ou moins lourd. Il n’y a aucun intérêt de s’y intéresser de près, puisque quelques procès aussi interminables que bien intentionnés ne changeront jamais la donne d’un microcosme à l’image déplorable. Le plus pitoyable des écarts de conduite dans l’Histoire récente de notre république était probablement l’affaire Clearstream, un marasme de crimes et de délits si confus que rien de bon ne pouvait a priori en sortir. Un film très mineur – Streamfield Les Carnets noirs de Jean-Luc Miesch – avait osé s’y attaquer il y a cinq ans, avec pour résultat sans appel de ne jamais être distribué sur quelque support que ce soit. s’en sort clairement mieux, aussi parce que le récit incorpore sans gêne les nombreuses bifurcations louches et poussiéreuses de cette affaire de l’ère Chirac dans le rythme haletant d’un thriller d’investigation. Le style presque américain de la narration confère en effet une densité et une vigueur au film, qu’il aurait été impossible de susciter avec une simple présentation des événements.

Seul contre tous

Contre toute attente, la multiplication des personnages, avec le journaliste valeureux en tête de course, suivi de près par des acolytes et des rivaux plus ou moins recommandables, ne participe pas à embrouiller davantage notre compréhension de cette histoire compliquée. Elle contribue au contraire à faire graviter tout ce beau monde autour du protagoniste, qui déclenche l’avalanche des révélations pour presque finir par être enseveli sous elle. Dans ce sens, le film est parfaitement fidèle à la nature même de l’affaire Clearstream, à savoir sulfureux vu de l’extérieur, mais un peu creux, une fois qu’on cherche à réellement en analyser tous les rouages. Ce qui ne signifie nullement que la mise en scène n’accomplit pas un exploit notable en drapant cette histoire de magistrats ternes et d’hommes politiques véreux dans les habits séduisants d’une enquête menée selon les règles de l’art du thriller médiatique. L’interprétation très solide de l’ensemble des acteurs achève ce petit miracle cinématographique d’une explication guère académique de faits, qui nous avaient paru jusque là d’un ennui mortel. La classe politique européenne n’en sort point grandie. Le cinéma français, par contre, y trouve une preuve supplémentaire de sa belle vivacité, ainsi que de sa variété à travers les genres.

Conclusion

Même si les vieux tenants et aboutissants de l’affaire Clearstream vous insupportent, ce thriller rondement mené vous les fera (re)découvrir sous un angle saisissant. Avec l’interprétation engagée de Gilles Lellouche en prime, il serait dommage de se priver de cette relecture fascinante d’un chapitre peu glorieux de notre Histoire récente. A moins que L’Enquête permette l’hypothèse guère difficile, qu’en quinze ans, les choses ont à peine changé, avec toujours les mêmes individus qui nous gouvernent et qui ont tout intérêt à ce que des trublions comme Denis Robert ne puissent pas exercer librement leur métier.

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