Critique : Le Grand musée

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Autriche, 2014
Titre original : Das grosse Museum
Réalisateur :
Scénario : Johannes Holzhausen et Constantin Wulff
Acteurs : –
Distribution : Jour 2 Fête
Durée : 1h39
Genre : Documentaire
Date de sortie : 4 mars 2015

Note : 3/5

Des musées d’art, il doit en exister des centaines, voire des milliers en Europe. Et une dizaine d’entre eux fait toute la fierté et tout le prestige culturel de ses pays respectifs. Face à cette multitude de lieux d’exposition, classiques ou modernes, nous sommes étonnés de constater qu’il n’y a apparemment qu’une seule et unique façon de refléter cette activité de conservation des œuvres dans des termes filmiques. Car, la proximité des dates de sortie françaises aidant, ce documentaire autrichien nous rappelle en de nombreux points dans lequel avait exploré l’équivalent londonien du musée à Vienne. Puisque ces deux films ont été conçus et présentés presque en même temps, cette similitude ne relève point d’un vil copiage. Elle nous invite plutôt à nous interroger sur une drôle de coïncidence. Cette dernière en dit plus long sur la façon contemporaine d’aborder l’univers des musées que ne l’aurait fait chacun de ces documentaires pris séparément.

Synopsis : En 2012, d’importants travaux de rénovation commencent dans une aile du Musée de l’Histoire de l’Art à Vienne. Pendant une année, c’est la vénérable institution de la culture autrichienne dans son ensemble, qui vit une véritable cure de jouvence. En dehors de la démarche permanente de rénovation, de restauration et d’acquisition des œuvres, la direction cherche à conférer une nouvelle image de marque et une plus grande visibilité au musée. Cette stratégie culminera en mars 2013 avec la réouverture de la Kunstkammer, où les pièces les plus prestigieuses de la collection des Habsbourg sont exposées.

Match nul entre Wiseman et Holzhausen

L’un dure près de trois heures, l’autre la moitié. L’un a été présenté au festival de Cannes avec une sortie à la rentrée, l’autre au festival de Berlin avec une sortie plus qu’un an plus tard. On pourrait poursuivre longtemps ce jeu superficiel de comparaison entre National gallery et Le Grand musée. Mais au fond, les deux documentaires procèdent d’une manière quasiment identique, afin de permettre au spectateur de jeter un regard derrière les coulisses des temples de l’art. Ils sont moins tributaires d’un conformisme à l’égard d’un standard européen imaginaire – puisque le quotidien d’un musée américain ou asiatique est sans doute rythmé par le même type de décisions administratives et la même attention minutieuse portée aux différents chantiers de restauration – qu’ils se rejoignent dans une forme cinématographique très proche, voire interchangeable. Dans les deux cas, c’est l’activité globale qui prime sur l’histoire individuelle des hommes et des femmes, qui peuplent jour après jour les longs couloirs et les réserves immenses des édifices majestueux. De même, cette vue générale cherche à inclure un maximum de champs de travail, du nettoyage nocturne et des gros travaux de bâtiment à la réunion du personnel et aux choix budgétaires, en passant ici par une vente aux enchères et la fête de départ à la retraite d’un directeur.

Le diable se cache dans les détails

Par conséquent, c’est dans le détail qu’il convient de chercher la différence. La partie que Johannes Holzhausen laisse presque complètement de côté est le lien intime entre le spectateur et l’œuvre. Les derniers plans mis à part, le réalisateur ne montre pratiquement jamais un tableau ou une sculpture, sans qu’ils ne soient tenus, traités, expliqués ou au moins admirés par les professionnels de l’art. Le visiteur lambda n’y a pas plus sa place que les activités pédagogiques, comme les tours guidés ou les ateliers de peinture, qui rendaient le film de Wiseman si ludique. Le cadre institutionnel est beaucoup plus accentué dans le cas présent, par le biais des visites du président de la république autrichienne, par exemple, ou bien par celles du directeur du British Museum, qui s’extasie devant la beauté architecturale des salles de la concurrence continentale. Il n’en résulte pas pour autant un ton engoncé ou trop formel, juste une perspective très légèrement différente de celle du pendant britannique. Elle se démarque à la fois par une concision appréciable et par son sens visuel pour capter avec bravoure le mélange saisissant entre l’infiniment petit, comme ces larves de mites examinées au microscope, et le grand démesuré, comme ces plongées dans le hall du musée lors de la réception de réouverture.

Conclusion

Il y a cinq mois, lorsque nous avons découvert National gallery, nous pensions que ce film fleuve allait nous inciter à fréquenter davantage les musées parisiens. Hélas, il n’en a été rien. Du coup, cette piqûre de rappel salutaire ne nous fera sans doute pas non plus changer nos habitudes de consommation culturelle. Elle est néanmoins animée par la même virtuosité discrète et instructive que le documentaire du vieux maître Wiseman. Ce qui est en soi déjà un bel exploit de la part d’un réalisateur, qui n’en est qu’à son deuxième long-métrage !

1 COMMENTAIRE

  1. […] « Ce documentaire autrichien nous rappelle en de nombreux points National gallery dans lequel Frederick Wiseman avait exploré l’équivalent londonien du musée à Vienne. Puisque ces deux films ont été conçus et présentés presque en même temps, cette similitude ne relève point d’un vil copiage. Elle nous invite plutôt à nous interroger sur une drôle de coïncidence. Cette dernière en dit plus long sur la façon contemporaine d’aborder l’univers des musées que ne l’aurait fait chacun de ces documentaires pris séparément. … les deux documentaires procèdent d’une manière quasiment identique, afin de permettre au spectateur de jeter un regard derrière les coulisses des temples de l’art. Ils sont moins tributaires d’un conformisme à l’égard d’un standard européen imaginaire – puisque le quotidien d’un musée américain ou asiatique est sans doute rythmé par le même type de décisions administratives et la même attention minutieuse portée aux différents chantiers de restauration – qu’ils se rejoignent dans une forme cinématographique très proche, voire interchangeable. … La partie que Johannes Holzhausen laisse presque complètement de côté est le lien intime entre le spectateur et l’œuvre. Les derniers plans mis à part, le réalisateur ne montre pratiquement jamais un tableau ou une sculpture, sans qu’ils ne soient tenus, traités, expliqués ou au moins admirés par les professionnels de l’art. Le visiteur lambda n’y a pas plus sa place que les activités pédagogiques, comme les tours guidés ou les ateliers de peinture, qui rendaient le film de Wiseman si ludique. » (critique-film.fr) (Lire l’intégralité de la critique) […]

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