À la une Comédie Critiques de films — 17 janvier 2012
L’Amour dure trois ans

L’Amour dure trois ans

France : 2011
Titre original : L’Amour dure trois ans
Réalisateur :
Scénario : Frédéric Beigbeder d’après son oeuvre
Acteurs : , ,
Distribution : Europacorp Distribution
Durée : 1h38
Genre : Comédie romantique
Date de sortie : 18 janvier 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Après avoir été spécialiste des nuits parisiennes, auteur, puis chroniqueur TV ou encore acteur et scénariste dans un autre film avec des chiffres (99F), Frédéric Beigbeder décide d’adapter son propre roman « L’amour dure trois ans » sur grand écran. Pas de panique si vous n’aimez pas sa littérature ou le personnage, le film s’annonce comme la bonne surprise de ce début d’année…

Synopsis : Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.

 L'Amour dure trois ans

Sex, drug and Michel Legrand

« Les chiens ne font pas des chats », il semblerait que ce proverbe s’applique également au cinéma. Frédéric Beigbeder est connu pour être mégalo, snob, romantique, un peu trash, drôle et cultivé…et bien son film est à son image. Ça parle donc de soirées mondaines dans les lieux branchouilles, des états d’âmes de bourgeois qui s’ennuient, d’alcool, de sexe…et du compositeur Michel Legrand (allez savoir…). Bien qu’il ne fasse pas une adaptation fidèle de son bouquin, sans pour autant en faire une réécriture, on retrouve toute sa littérature et son style dans chacun des plans, chacune des répliques et chacun des personnages de « L’amour dure trois ans ». Pour quelqu’un qui réalise un premier film, on peut au moins dire qu’il s’est trouvé son style bien à lui.

Pour s’adapter au grand écran, Beigbeder a rajouté plusieurs personnages afin d’apporter du rythme à l’histoire, et pour notre plus grand bonheur. Sans ça, nous n’aurions pu apprécier les prestations de deux anciennes miss météo de la chaine cryptée (Louise Bourgoin pas trop énervante et Frédérique Bel en mode version originale non sous titrée comme on l’aime) qui confirment leur côté complètement fou, ou d’un Jonathan Lambert des grands jours en mari libertin naïf, sans oublier les parents de Marc Maronnier interprétés par et hilarant,que l’on a plaisir à retrouver sur grand écran.

Joey Starr quant à lui, dans un rôle à contre emploi, confirme son talent d’acteur que l’on avait pu apprécier dans et encore plus dans Polisse. Niveau peoplerie, le quota est atteint largement avec des seconds rôles à la pelle dont les comiques Valérie Lemercier (excellemment drôle comme toujours) et Nicolas Bedos, ainsi que des apparitions de Frédéric Beigbeder lui-même ou de ses amis auteurs, acteurs, chroniqueurs ou philosophes (Marc Levy, fair-play, Ali Badou, Alin Finkielkraut et ses chaussettes…).

Mais c’est Gaspard Proust qui tire son épingle du jeu en étant le plus touchant et le plus juste de tous, et surtout, une vraie révélation. Ce premier film risque fort de lui ouvrir les portes de beaucoup d’autres expériences ciné. Qui de mieux que ce « cartésien désabusé » comme il le dit si bien lui-même dans son spectacle, pour interpréter un homme perdu, emplit de cynisme, d’amour, d’humour, de douleurs et de mélancolie? Devant le film, il semble évident que personne n’aurait pu mieux interpréter Marc Maronnier/Frédéric Beigbeder que lui. Avec Louise Bourgoin en grande folle légère et naturelle, il forme un duo d’acteur inattendu mais qui fonctionne, comme dans L’Arnacoeur et la rencontre Duris/Paradis.

L'Amour dure trois ans

 L’amour sous exctasy

Mais le vrai sujet du film après tout, c’est l’amour sous toutes ses formes, et cette théorie loufoque d’un sentiment qui serait quantifiable et qui ne pourrait excéder 3 ans. Il est clair pourtant, qu’il faut avoir été amoureux, et l’être encore aujourd’hui pour réaliser une belle histoire comme celle-ci. Beigbeder signe un film moderne (situé en 2012) sur une question éternelle: l’amour. On se reconnaitra tous un peu dans un des personnages du film, dans une histoire, dans un événement vécu ou des doutes partagés.

Mais « L’amour dure trois ans » n’est en rien pessimiste, c’est même plutôt une ode à l’amour avec un grand  A comme on veut tous le connaître et qui vous mettra de bonne humeur. Certes, le film respire la bourgeoisie parisienne à plein nez. Certes on a l’impression que Beigbeder a donné du boulot à tous ses amis de Canal + histoire de, et qu’il fait joujou avec la nouvelle caméra qu’il a eu à Noël. Mais dans le fond, on s’en fiche. C’est frais, c’est drôle, c’est touchant, intelligent et ça fonctionne. Rajoutez de magnifiques plans du pays basque ensoleillé et une bande son péchue, et le tour est joué.

Pourtant il y a de nombreux défauts au film, que l’on éclipse par ce sentiment joyeux que l’on ressent à la sortie de la projection. Beigbeder n’est pas peu fier de ses leçons de cinéma et ne cesse de rappeler à quel point il aime Woody Allen. On assiste donc à une sorte de démonstration de force des plans qu’il a appris à maitriser comme il faut, et à des dialogues de préoccupations bourgeoises. Quoi qu’il en soit, monsieur est plutôt bon élève, et le plan séquence de Proust écrivant le bouquin en pleine déprime (entre autre) vaut même le détour. Niveau scénario, chaque mot a été pesé et choisit, ça se sent. Mais avec quatre comiques professionnels réunis à l’écran, il était évident qu’il fallait laisser le champs libre à l’improvisation également, et que les répliques feraient mouche d’elle-même, naissant de l’échange et de la complicité naturelle entre ces « esprits ».

La « voix in » comme aime l’appeler le réalisateur remplit quant à elle même bien son rôle de lien entre le public et les acteurs. Vous êtes dans l’histoire, on s’adresse à vous directement. Ça plait ou non, ça peut même irriter les personnes allergiques à ce style, mais ça a le mérite de briser les schémas habituels de voix off monotones, et ça donne même lieu à quelques délires visuels qui vous donneront le sourire et qui évitent surtout au film de tomber dans la comédie-romantique de bas étage, mielleuse à souhait. Comme quoi, on peut faire un film romantique en disant des insultes, en parlant de vomi ou de libertinage, ou en écoutant Michel Legrand…

Résumé

Avec ce film, le cinéma français confirme sa bonne tendance en terme de comédie. Beigbeder signe un très bon premier film à mi-chemin entre L’Arnacoeur et Intouchables, ce qui en fait la bonne surprise de ce début d’année 2012. Une comédie romantique drôle, intelligente, un peu trash et surtout très touchante avec une galerie d’acteurs improbables mais jouissifs dont un Gaspard Proust qui se révèle en tant que (bon) acteur.

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Anais

Cet article a été rédigé par Anaïs Berno, Rédactrice et responsable des relations presse de Critique Film.fr @AnaBerno