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Critique : La Loi du désir

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Critique : La Loi du désir

Titre original : La ley del deseo
Réalisateur et scénariste : Pedro Almodovar
Casting principal : Eusebio Poncela, Carmen Maura, Antonio Banderas, Miguel Molina
Genre : Drame / Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 1h42
Pays : Espagne (1986)
Distributeur : AAA
Date de sortie : 16 mars 1988

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3 / 5

Pedro Almodovar aime jouer avec les attentes de son public. Dans son septième film, ses manœuvres malicieuses prennent encore une tournure passablement enjouée, même si le classicisme au penchant mi-kitsch, mi-baroque avec la confusion des genres en toile de fond y laisse déjà présager la trajectoire des thèmes et des formes à venir. Après la pirouette initiale autour du doublage d’une séquence à forte connotation érotique – qui en dit plus long sur nos fantasmes que sur les véritables intentions du réalisateur –, La Loi du désir s’engage en effet dans un périple sentimental de plus en plus mélodramatique. L’équilibre délicat entre l’excès et la passion subit quelques coups déstabilisants au fil d’un récit sans temps mort, quoique pas non plus investi de l’élégance narrative qui fera ultérieurement passer la pilule de la trivialité outrancière. En somme, il s’agit d’un film à fleur de peau, qui n’est pas tant un exercice de jeunesse qu’un conte gay sans complexes, surtout dans le contexte des années ’80, encore très frileuses à ce sujet.

Critique : La Loi du désir

Synopsis : Le réalisateur Pablo Quintero vient de présenter son dernier film. Alors qu’il est à la recherche d’une nouvelle histoire à mettre en scène, sa vie privée est bouleversée par le départ en province de son amant Juan. Ce dernier préfère en fait suspendre leur relation, dépourvue de réciprocité parce qu’il n’arrive pas à tomber amoureux de Pablo. Un remplaçant est vite trouvé en la personne de Antonio, lui aussi un garçon monté à Madrid de sa province natale, dont les avances deviennent vite insistantes. En même temps, l’actrice Tina, la sœur de Pablo, va jouer dans sa nouvelle pièce, le monologue d’une femme abandonnée, ce qui reflète à peu de choses près l’existence de cette comédienne au passé énigmatique.

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Un esprit sain dans un corps sain

La filmographie de Pedro Almodovar est si riche et consistante grâce à sa capacité d’évoquer au fond toujours le même type d’histoire, tout en lui conférant une force de vie trompeuse, car gangrenée par la tragédie. Il y est très souvent question de sentiments contradictoires, d’amours qui auraient pu s’épanouir dans un feu d’artifice charnel et romantique, si la folie humaine n’avait pas eu le dernier mot. A l’image des intrigues marquées par la dégringolade après le paroxysme du plaisir, les personnages qui peuplent l’univers du maître espagnol se distinguent par une fêlure psychologique plus ou moins apparente, plus ou moins préjudiciable à l’obtention du bonheur. Celui-ci s’avère de toute façon aussi artificiel que la palette de couleurs qui transforme chacun de ses films en un manifeste pop. Dans le cas présent, l’enjeu dramatique principal, à savoir le comportement possessif de la part d’Antonio qui tourne à l’obsession meurtrière, est mis en concurrence avec bon nombre de digressions, toutes représentatives des préoccupations sociales ou culturelles que l’on associe depuis au réalisateur.

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No me quitte pas

La formule Almodovar, aussi sophistiquée soit-elle dans la plupart de ses films plus récents, fait encore preuve ici d’une certaine fraîcheur fougueuse. Cette impétuosité se démarque certes en mal par un enchaînement des séquences parfois bancal. Elle garantit par contre au film une rage d’exister, qui se retrouve avec un trait jouissif forcé dans les interprétations de Antonio Banderas et de Carmen Maura. Tandis que le premier campe le prétendant ténébreux avec une intensité de moins en moins séduisante, la deuxième trouve dans La Loi du désir l’un de ses plus beaux rôles, au carrefour des attributs féminins et masculins, mais contre toute attente le point de calme et d’équilibre dans l’exubérance ambiante. En cela, Tina est l’ambassadrice par excellence du monde absurde selon Almodovar. Elle a fait fi des conventions d’appartenance sexuelle au sens large, pour mieux mener une vie d’ascète. C’est donc une femme parfaitement satisfaite de ses responsabilités de mère de substitution et de sa foi dont l’innocence s’avère diamétralement opposée à son passé aux nombreuses zones troubles. Dans ce film au ton à la fois poisseux et jubilatoire, elle tente de procéder à la conciliation impossible entre l’écart de conduite et la respectabilité, qui sous-tend l’œuvre de Pedro Almodovar dans son ensemble.

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Conclusion

Rien que pour la première séquence méchamment manipulatrice, ce film mérite amplement de figurer parmi les plus solides de son réalisateur. Par la suite, il s’emploie avec la même malice à interroger les mœurs de l’Espagne dans les années ’80, à travers l’approche mordante pour laquelle nous apprécions tellement Pedro Almodovar. Car La Loi du désir est avant tout un monument du cinéma gay de l’époque, avare en pudeur et en honte refoulée, pour mieux réclamer une forme de représentation digne de l’épaisseur narrative et dramatique des meilleures tragédies grecques.

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