Berlinale 2016 : La Communauté

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La Communauté

Danemark, 2016
Titre original : Kollektivet
Réalisateur : Thomas Vinterberg
Scénario : Thomas Vinterberg et Tobias Lindholm
Acteurs : Ulrich Thomsen, Trine Dyrholm, Helene Reingaard Neumann
Distribution : Le Pacte
Durée : 1h52
Genre : Drame
Date de sortie : 18 janvier 2017

Note : 3/5

Présenté en compétition au 66ème Festival de Berlin, le nouveau film danois de Thomas Vinterberg contient très tôt la promesse d’un puzzle à pièces variables. La plus singulière d’entre elles aurait pu être la grande maison familiale, où le groupe d’amis a élu domicile ensemble. Hélas, le problème relatif de La Communauté est que l’entrée en la matière potentiellement dense se dilue progressivement. Les aléas de la vie en communauté perdent alors en importance, au profit d’un différent conjugal plus ordinaire, duquel les colocataires hauts en couleur sont largement exclus. Le cercle vicieux de la jalousie est certes alimenté par les interprétations très investies de ce triangle formé du mari en pleine crise de la quarantaine, son épouse et sa petite amie, auquel se joint à intervalles réguliers leur fille en train de faire ses premières expériences amoureuses et sexuelles. Mais le propos du film perd néanmoins de sa vigueur à travers cette digression soutenue, qui éclipse le champ de pistes plus vaste autour d’un florilège de personnages secondaires, en fin de compte sans profondeur.

Synopsis : Dans les années 1970, après la mort de son père, le professeur d’architecture Erik hérite de la maison de son enfance. Il voudrait bien la vendre pour la somme rondelette d’un million de couronnes, d’autant plus qu’il la trouve trop chère à entretenir et surtout trop grande pour sa femme Anna, une célèbre présentatrice de télé, et leur fille adolescente Freija. Blasée de leur vie commune, Anna lui propose d’inviter des amis, en couple ou célibataires, à venir habiter avec eux. Ils se retrouvent finalement à une dizaine de personnes à partager les lieux et indirectement leurs vies, ce qui aura de lourdes conséquences sur l’intimité de Erik et Anna.

Affaires de famille

Le phénomène des familles éclatées a vu le jour dans les années 1970, une époque où le bouleversement des rapports sociaux avait atteint un tel niveau que plus aucune tradition sacro-sainte n’était sauve. Depuis, l’élan du changement de la civilisation de fond en comble, né d’un idéalisme illimité, est retombé assez misérablement. Mais pendant cette brève parenthèse d’insouciance feinte ou authentique, tout paraissait possible. La génération libertine de cette période-là avait pourtant tendance à oublier à quel point elle jouait avec le feu en autorisant des types de comportement hautement irresponsables. Dans ce film, tout part ainsi d’une bonne intention : afin de prévenir une lassitude potentielle au sein du couple, la femme suggère d’épicer le quotidien – quoique pas nécessairement la sphère privée – en invitant quelques proches à partager l’espace vital. Le projet s’avère en fin de compte aussi schématique et peu abouti que la prémisse de La Communauté, même si les premiers pas de cette existence au pluriel promettent quelques retournements et associations de personnages cocasses.

Chacun pour soi

Le hic est que la narration explore à peine les complications suscitées par l’arrivée d’une bande d’amis plus ou moins complémentaires dans ce ménage, au fonctionnement malgré tout bourgeois. La ribambelle de colocataires agit au mieux ici comme toile de fond anecdotique pour la tragédie sentimentale qui se joue au premier plan. Elle participe certes à l’éloignement de Erik et Anna, mais au fond, elle n’est guère plus que le symptôme supplémentaire d’une relation à bout de souffle. L’intensité dramatique des premières minutes du film est alors mis exclusivement au profit de la séparation difficile à assumer pour les époux. Au moins, l’interprétation est à la hauteur de ce mélodrame sombre, dans lequel s’affrontent vicieusement Trine Dyrholm – Ours d’argent de la Meilleure actrice –, Helene Reingaard Neumann et Ulrich Thomsen dans leurs rôles respectifs de la femme trompée, de la jeune séductrice et du mari qui ne sait plus à quoi s’en tenir. A leurs tours de force passablement caricaturaux, nous avons toutefois préféré le jeu plus naturel de la jeune Martha Sofie Wallstrøm Hansen, qui confère à la fille adolescente laissée-pour-compte une sensibilité particulièrement saisissante.

Conclusion

Thomas Vinterberg aime bien emmener le spectateur dans ses univers familiaux tordus, où même les coups de théâtre les plus improbables peuvent arriver. Il le fait une fois de plus avec une certaine adresse dans La Communauté, bien que le récit ait tendance à se perdre dans les décombres d’un mariage ordinaire pendant la deuxième moitié de l’intrigue. Le jeu des comédiens réussit néanmoins à insuffler une tension vibrante dans ce film, point exempt de clichés plus ou moins rédhibitoires.

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