Critique : Jeune & Jolie

120 Jeune et Jolie_CMJNJeune & Jolie

France : 2013
Titre original : Jeune & Jolie
Réalisateur :
Scénario : François Ozon
Acteurs : , , , , ,
Distribution : Mars Distribution
Durée : 1 h 34
Genre :
Date de sortie : 21 août 2013

3/5

Présenté en compétition à Cannes 2013, Jeune & Jolie est le 14ème long métrage de François Ozon. En fait, depuis Sitcom, son premier long métrage, sorti en 1998, François Ozon n’est pas loin de tenir le rythme du film annuel. Même si les sujets et les genres qu’il aborde sont très variés, il aime revenir régulièrement sur des thèmes qui lui sont chers. La jeunesse en fait partie : Ozon vieillit mais les adolescents ont toujours 17 ans. Lui dont les premiers films parlaient beaucoup de l’adolescence s’était consacré aux adultes pendant plus de 10 ans. Dans la maison lui a permis un premier retour vers l’adolescence, côté garçon. Avec Jeune & Jolie, c’est le côté fille qui est exploré. Ou, plutôt, « un » côté fille !

Synopsis : Le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons.

3Les 4 saisons d’Isabelle

Présenté par l’auteur comme « le portrait d’une jeune fille de 17 ans en 4 saisons et 4 chansons », Jeune & Jolie débute par une scène estivale : Victor, observe sa sœur Isabelle avec ses jumelles, sur une plage méditerranéenne. Isabelle a 17 ans et Victor, bien que plus jeune, lui fait office de confident. Leurs parents et un couple d’amis ont loué une villa pour la période des vacances. Isabelle va profiter de cette période pour perdre sa virginité dans les bras d’un jeune allemand, une « première fois » qui la voit adopter davantage un comportement de spectatrice que de protagoniste et qu’elle est loin de considérer comme une franche réussite. Certains pourront voir dans ce dédoublement et cette déception les raisons du comportement qu’elle va adopter à son retour à Paris : sous le nom de Léa, Isabelle va se prostituer occasionnellement en organisant ses rendez-vous sur Internet. Les 4 saisons défilent, le passage d’une saison à l’autre étant accompagné par une chanson de . Au milieu du film, l’hiver s’avère la saison la moins réussie, avec un défilé beaucoup trop long de clients divers et variés. Par contre, le film rebondit avec l’histoire d’un client particulier, un client assez âgé mais différent des autres, plus tendre, plus prévenant, presque amoureux.

4La chez les adolescents

Dès la scène du début, on devine que le réalisateur s’identifie à Victor et qu’il va passer son temps à observer Isabelle. A l’observer et non à la juger. N’ayant plus 17 ans depuis pas mal de temps, François Ozon a manifestement enquêté sur le comportement des adolescentes d’aujourd’hui et il est arrivé à la conclusion que si les choses avaient changé au niveau de la forme, le fond était toujours le même : la soif de transgression peut mener un(e) adolescent(e) vers les drogues, les accoutrements gothiques, la , … .Au choix ! Pour lancer cette soif chez un adolescent, un rien peut s’avérer suffisant : par exemple, s’apercevoir ou, ou même, seulement, croire s’apercevoir que sa mère a un amant. Comme Isabelle n’arrive pas à bien comprendre son corps, comme elle est belle et que le plaisir est difficile à obtenir, ce sera la  : cette transgression lui permet d’obtenir de l’argent facile tout en s’observant dans des situations certes glauques mais sans cesse renouvelées. De plus, par rapport aux générations antérieures, Internet et le téléphone portable offrent des possibilités nouvelles pour vivre une vie parallèle. Dans le comportement d’Isabelle, un élément interpelle particulièrement le spectateur, le rapport qu’elle entretient avec l’argent. Il est évident qu’Isabelle ne fait pas partie de ces étudiantes qui se prostituent pour payer leurs études. L’achat de fringues hyper-chères, de bijoux ou autres objets de luxe ne fait partie de ses préoccupations premières. En fait, cette source d’argent « facile » semble lui donner un sentiment de supériorité, un sentiment dont le spectateur prend particulièrement conscience lorsque le psy qu’elle finit par aller voir lui annonce son tarif de 70 Euros la séance, à elle dont la « séance » était facturée 300 Euros.

6Du très bon et des regrets

On saura gré à François Ozon de nous offrir un film n’ayant rien de vulgaire sur un sujet aussi scabreux. Par contre, on pourra se montrer beaucoup moins en phase avec lui à la lecture d’une interview qu’il a donnée à Hollywood Reporter et qui est parue durant le Festival de Cannes : «C’est un fantasme chez beaucoup de femmes, de se livrer à la prostitution», affirme-t-il dans cette interview, tout en continuant : « cela ne signifie pas qu’elles le font, mais le fait d’être payé pour une relation sexuelle est quelque chose d’évident dans la sexualité féminine ». Pour présenter son film, il lui suffisait, ce qu’il a fait par ailleurs, de raconter que son adolescence avait été pour lui une période difficile, qu’il n’en avait aucune nostalgie et, qu’avec ce film, il voulait montrer que, contrairement à de nombreux réalisateurs, il refusait d’idéaliser ce moment de l’existence. On peut d’ailleurs supposer que c’est pour évoquer de façon ironique cette façon habituelle d’idéaliser l’adolescence que Ozon a choisi des chansons de Françoise Hardy pour passer d’une saison à l’autre : le romantisme gentillet de Françoise face à la sexualité radicale d’Isabelle. Une Isabelle qui occupe tout le film et qui nécessitait un choix de comédienne très délicat. Le réalisateur ne s’est pas trompé en choisissant Marine Vacth, un mannequin devenu comédienne qu’il avait remarqué dans Ma part du gâteau de Cédric Klapisch. Bien qu’ayant largement dépassé l’âge de son rôle, cette jeune femme qui ressemble à la fois à Laetitia Casta et à Dominique Sanda, arrive à être tout à fait crédible dans ce rôle difficile, son ancien métier lui permettant d’être totalement à l’aise lorsqu’il s’agit d’exposer et d’utiliser son corps. Si on ajoute aux côtés de Marine Vacth les présences de Géraldine PailhasFrédéric PierrotCharlotte RamplingJohan Leysen et Nathalie Richard, tous excellents, on comprendra que ce n’est pas du côté de la distribution qu’il faut rechercher les faiblesses du film. En fait, on a l’impression qu’Ozon a filmé ce sujet difficile avec le frein à main partiellement serré, d’où un montage un peu paresseux et une certaine répétition dans le propos qui font de Jeune & Jolie une œuvre seulement moyenne dans sa vaste filmographie.

Résumé

Fidèle à son patronyme, Ozon a osé réaliser un film a priori difficile sur le sujet délicat de la prostitution de certaines jeunes filles. Ayant réussi à éviter l’écueil du film racoleur, il est dommage qu’il ne soit pas lâché davantage et qu’il n’ait pas entièrement réussi une des 4 saisons qu’il décrit. D’autant plus dommage qu’il avait réussi à réunir une distribution haut de gamme pour tous les premiers rôles. Cela étant, Jeune & Jolie reste un film tout à fait estimable, ce qui était loin d’être le cas de tous les films de la compétition cannoise 2013.

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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