Critique : Jason Bourne


Etats-Unis, 2016
Titre original : Jason Bourne
Réalisateur :
Scénario : Paul Greengrass et
Acteurs : , Tommy Lee Jones, Alicia Vikander
Distribution : Universal Pictures International
Durée : 2h03
Genre : Espionnage
Date de sortie : 10 août 2016

Note : 3/5

Jason Bourne est de retour. C’est en somme tout ce qu’il y a à dire et à savoir sur ces nouvelles aventures de l’espion récalcitrant, qui entrent désormais dans un mode de série, à l’image de James Bond, cette autre machine à tuer infiniment moins complexée et tourmentée par des scrupules anciens. Après quatre films et sans oublier une mini-série à la fin des années ’80 où Richard Chamberlain endossait ce rôle emblématique, il ne reste en effet plus grand-chose à révéler sur l’existence et le mode de vie de ce héros traqué sans relâche, qui pratique la chasse à l’homme aux revirements innombrables comme d’autres suivent sans broncher la routine professionnelle du métro-boulot-dodo. L’univers de cet agent secret hors pair se soumet donc à une formule, qui a d’ores et déjà fait preuve d’efficacité lors des collaborations précédentes entre la vedette impassible Matt Damon et son réalisateur attitré Paul Greengrass. Ainsi, leurs retrouvailles sont sans surprise ponctuées par des cascades et des courses poursuites époustouflantes avec, dans les rares moments de répit, des observations alarmantes sur la culture de surveillance permanente dans laquelle chacun d’entre nous vit depuis l’avènement de l’ère numérique.

Synopsis : Jason Bourne a fait tout son possible afin de se faire oublier par ses anciens commanditaires. Il est pourtant contacté par Nicky Parsons, l’agent devenu activiste, qui a volé quelques dossiers compromettants du serveur de la CIA. Parmi ces informations figure l’histoire de son recrutement, qui avait été déclenché par la mort de son père dans un attentat terroriste. Son rendez-vous avec Nicky à Athènes se conclue tragiquement et Bourne n’aura alors de cesse de dévoiler la vérité sur les programmes cyniques des services secrets américains, quitte à affronter leur directeur Robert Dewey. Il pourrait bien trouver une alliée insoupçonnée en la personne de Heather Lee, la spécialiste informatique du département.

Conforme aux attentes

Une baston, puis la mise en place astucieuse d’une rencontre aux paramètres truqués, une course poursuite suivie de la préparation aux moyens techniques faramineux d’un nouveau guet-apens, et ainsi de suite : le schéma narratif de Jason Bourne n’a strictement rien à envier à celui de la trilogie initiale. Il reste parfaitement fidèle à ces films d’action de haut vol, qui n’oublient pas un petit commentaire sur la direction préoccupante que prend le monde, tout en faisant le tour de ce dernier à travers les destinations qui se situent dans le viseur de l’actualité brûlante. La notion du village-monde est mise à l’honneur – voire à rude épreuve – ici, grâce à la mobilité à grande échelle des personnages, qui passent d’Athènes, à Berlin, à Las Vegas en un coup adroit du montage assuré encore une fois par Christopher Rouse. Et même une fois arrivés sur place, ils n’y font rarement du sur-place, bénéficiant instantanément de la prérogative des films d’action qui érigent celle-ci en valeur suprême, à atteindre en permanence. De ce point de vue-là, le film remplit convenablement son contrat, faute de relâcher la tension à quelque moment que ce soit et en mêlant plutôt astucieusement les vieilles recettes du conte d’espionnage manichéen aux dispositifs techniques dernier cri.

A quoi bon ?

Face à cette forme soignée jusqu’au dernier effet sonore, la question demeure pourtant quant à la raison d’être d’un tel film, en dehors de toute considération commerciale. Jason Bourne est certainement une œuvre dans l’air du temps, comme le démontrent à la fois sa crainte causée par les dangers des moyens de surveillance lorsqu’ils tombent entre de mauvaises mains, ainsi qu’une cascade particulièrement spectaculaire, un fourgon de police qui fonce à toute allure dans une file de voitures, qui nous rappelle tristement le mode opératoire de l’attentat récent de Nice. Mais en même temps, est-ce que ce film est capable de regarder la folie ambiante – de l’engouement pour les existences virtuelles connectées aux gadgets moteurs d’indiscrétion à la portée de tous – depuis un point de vue qui romprait avec la résignation face à la vague de violence et de nihilisme qui nous submerge ? L’unique point d’approche de ce côté-là serait l’état d’esprit même du protagoniste, une bête traquée par ses collègues d’antan et hantée par des souvenirs pour le moins déplaisants, qui tourne cependant en rond dans sa quête illusoire de vérités rassurantes. Si l’on pouvait considérer Jason Bourne comme l’exemple parfait de la schizophrénie qui caractérise notre époque, enchantée par le progrès qui lui cause simultanément des cauchemars, il serait alors juste dommage que cette âme souffrante ne réussisse pas à briser le cercle vicieux dans lequel elle s’enferme film après film. Ce qui nous réservera sans doute encore maintes épopées semblables, à tendance hélas un peu trop interchangeable.

Conclusion

Pour ceux et celles qui ont apprécié l’incarnation du héros maudit au fil de la première trilogie avec Matt Damon, sortie entre 2002 et 2007, Jason Bourne ne fera que confirmer sans excès leur attachement. Pour tous les autres, il s’agit d’un film d’action conventionnel à l’efficacité jamais prise en défaut, quoique pas non plus suffisamment virtuose pour lui permettre de se distinguer réellement.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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