Critique : Hostages

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Hostages

Géorgie, Russie, Pologne, 2017
Titre original : Hostages
Réalisateur : Rezo Gigineishvili
Scénario : Lasha Bugadze et Rezo Gigineishvili
Acteurs : Tina Dalakishvili, Irakli Kvirikadze, Giga Datiashvili
Distribution : KinoVista
Durée : 1h44
Genre : Drame historique
Date de sortie : 2 août 2017

Note : 3/5

Mélancolie, quand tu nous tiens ! Malgré son titre et son sujet qui promettent à première vue une bonne dose d’action haletante, ce film géorgien est avant tout empreint d’une forme de nostalgie particulièrement sombre. Hostages est en premier lieu l’histoire d’une occasion ratée, d’un énorme gâchis qui reflète plus son contexte historique que sa capacité d’influencer ce dernier. La chape de plomb du rideau de fer y étouffe au moins autant tout espoir de rédemption que la séquence de propagande mise en exergue, dans laquelle les terroristes survivants sont désignés à la télévision comme des exemples à ne surtout pas suivre. Dans cette reprise symbolique de l’affrontement entre David et Goliath, c’est pour une fois le petit provocateur irrévérencieux qui doit s’incliner, pas parce que sa lutte pour un peu plus de liberté serait illégitime, mais à cause de l’imperfection de sa préparation à la fois idéologique et logistique. Le réalisateur Rezo Gigineishvili n’adopte pas pour autant dans son cinquième long-métrage un ton prompt à l’indignation. Il suit plutôt les événements, qui avaient marqué toute une génération de Géorgiens, avec un admirable stoïcisme, tout juste relevé par un style visuel traduisant parfaitement le mélange entre la désolation subjective des circonstances de vie du groupe de fuyards improvisés et le sort tragique, qui les attendra longtemps avant qu’ils n’aient atteint l’eldorado occidental.

Synopsis : En 1983, le jeune acteur géorgien Nika, sa fiancée Ana et cinq de leurs amis ne rêvent que d’une chose : laisser le quotidien pesant de l’Union soviétique derrière eux et partir clandestinement à l’étranger. L’occasion semble se présenter directement après leur mariage, lors d’un vol de la capitale Tbilissi vers la côte de la Mer noire, à Batoumi. Les amis se procurent les armes et les accès nécessaires pour détourner l’avion, afin d’atterrir en liberté, en Turquie. Plusieurs imprévus risquent de faire échouer leur plan idéaliste, mais guère élaboré jusqu’au bout.

Ils avaient tout

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York ont durablement accéléré la spirale de la violence et de la terreur dans le monde. L’un de leurs reflets les plus probants, simultanément d’un point de vue filmique et d’aviation, était Vol 93 de Paul Greengrass, le récit proche des dispositifs du documentaire du détournement de l’un des quatre avions ce jour fatidique. Heureusement, Hostages ne cherche point à rivaliser avec le rythme percutant et l’impact émotionnel dévastateur de ce film-là. Il s’emploie davantage à retranscrire l’ambiance assez schizophrène qui régnait à l’époque en Géorgie, un pays fermement sous emprise soviétique, dont la jeunesse était d’ores et déjà conquise par des influences occidentales. Les heurts entre l’autorité du gouvernement fantoche et l’élan d’aller chercher ailleurs une vie meilleure y sont moins orchestrés de façon subtile, qu’implacablement chronométrés pour mener les participants de l’évasion vers l’impasse, voire la mort. Ce ne sont ainsi pas les codes de l’apologie du crime qui sont activés ici, mais plutôt un mécanisme inextricable qui fera courir Nika et ses potes au désastre, tels des lapins pris dans les phares. Sans surprise, c’est donc le contexte global qui prime sur le suspense insoutenable, propre à une prise d’otages. Cette dernière est d’ailleurs expédiée assez hâtivement, notamment l’assaut par les forces de l’ordre russes de l’avion immobilisé sur le tarmac, comme si tout avait déjà été dit et montré auparavant.

Ils n’ont rien vu venir

Au risque de nous répéter, Hostages est sensiblement moins un film d’action qu’une évocation historique, focalisée sur l’individu. Or, faute d’un véritable chef au sein du groupe des terroristes amateurs, la narration se rabat sur une sorte de structure chorale pour tenir compte des rêves et des désillusions de chacun. Nika et Ana ont beau former ensemble l’un des repères principaux de l’intrigue – ne serait-ce que parce que leur mariage, célébré selon la tradition festive géorgienne, constitue après tout le top départ pour l’opération –, ils dégagent une telle apathie, que l’on comprend à la fois le choix scénaristique d’élargir l’échantillon des déçus du système et leur volonté, peut-être trop abstraite pour aboutir réellement, de tourner le dos à cette vie de misère existentielle. A moins que le réalisateur n’ait voulu glisser en filigrane une mise en cause passablement cinglante de l’effet mouton, aussi bien de rigueur parmi ces martyrs de pacotille, trop apeurés pour se donner les moyens de rompre l’étau de l’oppression soviétique, que dans la philosophie mensongère de l’occupant, qui avait réussi à édenter sans trop d’efforts la génération des parents. La plus grande qualité du film, en dehors de son style visuel sans le moindre faux pas que l’on doit au chef opérateur expérimenté Vladislav Opelyants, se situe par conséquent du côté de l’observation tout en finesse du choc humain entre la jeunesse et ses aînés, infiniment plus profond et douloureux que toutes les tentatives ostentatoires de rébellion réunies.

Conclusion

Les pirates de l’air du XXIème siècle poursuivent plus un objectif de propagation de la terreur que le simple souhait de se rendre à une destination inespérée. En effet, le monde et les équilibres géopolitiques ont bien changé en près de trente-cinq ans. Ce qui n’empêche pas Hostages d’être un drame historique agréablement ferme envers tout relais d’une sensation spectaculaire, au profit d’un regard presque clinique, mais aucunement détaché, sur l’un de ces milliers de rêves de liberté, brisés par le rouleau-compresseur du totalitarisme soviétique.

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