Berlinale 2016 : Genius

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Royaume-Uni, Etats-Unis, 2016
Titre original : Genius
Réalisateur :
Scénario : John Logan, d’après un livre de A. Scott Berg
Acteurs : , , ,
Distribution : Mars Distribution
Durée : 1h44
Genre : Drame
Date de sortie : 27 juillet 2016

Note : 2,5/5

Au secours, ce film nous a complètement bloqués dans notre élan d’écriture ! Est-ce que nos textes sont trop longs ou trop courts ? Faisons-nous trop attention aux tournures de phrase fleuries ou bien rabâchons-nous sans verve des évidences sans aucun intérêt pour le lecteur ? Trêve de plaisanteries, il faudrait un film d’une trempe plus ambitieuse que Genius pour nous bousculer durablement dans nos habitudes de rédaction. Le premier film de Michael Grandage nous présente le casse-tête permanent de l’activité littéraire sous un jour sensiblement trop simpliste pour ébranler les fondements de notre perception de créateur et de consommateur de textes. Son histoire ne s’adresse guère à l’élite intellectuelle, mais à un grand public friand d’épopées historiques à la morale sans équivoque. Le seul élément qui dépasse le format trop soigné du film est l’interprétation très intense à laquelle s’y livrent avec beaucoup d’application Jude Law et Colin Firth, dans un face à face plutôt inspiré de cabotins en grande forme.

Synopsis : En 1929, le jeune écrivain Thomas Wolfe a perdu tout espoir de voir un jour son premier roman publié. Il ne reste plus que la porte de la maison d’édition de Maxwell Perkins, responsable de la carrière prestigieuse de F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway, à laquelle frapper. Contre toute attente, l’éditeur chevronné est passionné par le manuscrit au style unique. Il promet à Wolfe de le sortir, à condition que l’auteur opère quelques coupes pour le rendre plus facilement vendable. Commence alors une collaboration proche et privilégiée entre l’écrivain au tempérament tempétueux et son éditeur plus posé, qui s’épanouissent chacun à sa façon dans cette relation créative.

Casting de luxe pour fanfaronnade de bas étage

Quand l’intrigue d’un film avance avec une régularité académique au bord de l’ennui, il vaut parfois mieux espérer que l’interprétation saura épicer tant soit peu le cours prévisible des événements. C’est heureusement le cas dans ce film britannique, qui se laisse résumer sans peine à un prétexte pour permettre à ses têtes d’affiche de briller dans des rôles taillés sur mesure. C’est surtout Jude Law qui monopolise l’attention dans un tour de force certes plein d’exagérations, mais aussi animé par une force vitale impressionnante. Le garant fiable contre un probable débordement de ce génie plus grand que nature est son complice dans le culte voué au livre parfait : Colin Firth dans le rôle de l’éditeur consciencieux, au chapeau fermement fixé sur la tête, qui agit simultanément en tant que défenseur d’un idéal humaniste au trait appuyé. L’intrigue tourne essentiellement autour de ces deux hommes au caractère diamétralement opposé, qui réunissent leurs forces le temps d’une session-fleuve de relecture fiévreuse. Dans l’univers du crayon rouge, qui taille sans ménagement dans le vif du corpus littéraire, il n’y a pratiquement pas de place pour les femmes. Nicole Kidman et Laura Linney doivent donc se partager les miettes laissées aux épouses négligées, tandis que et font de leur mieux, avec le peu de temps qui leur est imparti à l’écran, pour évoquer les monstres sacrés que sont respectivement Fitzgerald et Hemingway.

 

La moulinette de l’accessibilité

Sinon, la facture de Genius est des plus classiques, avec un récit fermement planté sur les rails d’un drame conventionnel. La fluidité du rythme narratif ne réussit guère à masquer l’absence d’enjeux exceptionnels dont souffre cette parenthèse fulminante dans la vie de deux hommes réunis par la passion pour l’écriture. La photographie finement éclairée de apporte un cachet esthétique au film que la mise en scène a du mal à égaler. Car Michael Grandage n’entreprend pas le moindre effort pour dynamiter ne serait-ce que ponctuellement la suite mollement respectable de cette association de grands esprits qui se rassemblent, jusqu’à ce que leur volonté du compromis productif soit épuisée. L’exubérance vaguement canalisée des comédiens a ainsi tendance à nous épuiser, au lieu de nous rendre plus passionnante la vie de Thomas Wolfe, à ne surtout pas confondre avec son confrère contemporain Tom Wolfe, l’auteur du « Bûcher des vanités ». Enfin, le scénario trop prudent de John Logan commet la même erreur discutable qui avait jadis séparé l’écrivain et son pygmalion. Il réduit leur échange à quelques scènes clef, qui évoquent convenablement les moments forts de leur travail, au risque d’apprivoiser à outrance leur rage partagée de la création.

Conclusion

Jude Law et Colin Firth se sont rarement lancés avec plus d’enthousiasme dans des rôles excessifs par nature que dans cette fresque historique, présentée en compétition au 66ème Festival de Berlin. Dommage alors, que leurs interprétations ardentes soient quasiment le seul point mémorable de ce film autrement trop attaché à une forme et un fond consensuels pour sortir du lot de productions comparables.

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