Festivals News — 11 septembre 2016
Festival de Deauville 2016 : le palmarès

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La 42e Festival du Cinéma Américain de Deauville s’est achevée hier avec la remise du palmarès par le jury présidé par , entouré de Françoise Arnoul, Eric Elmosnino, Ana Girardot, Douglas Kennedy, Emmanuel Mouret, Radu Mihaileanu et Marjane Satrapi.

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Le Grand Prix a été remis à Ira Sachs pour son nouveau long-métrage, le très beau . Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les rapports entre voisins sont d’abord très agréables, notamment grâce à l’amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Jusqu’à ce que les nouveaux arrivants réalisent que le loyer que Leonor leur verse est bien en dessous de la moyenne du quartier en plein boom.

Un conte contemporain filmé avec une juste douceur pour accompagner cette histoire d’amitié entre deux adolescents contrariée par l’impossibilité qu’ont leurs parents de se mettre d’accord sur cette histoire de loyer et qui, surtout, se disputent un héritage plus moral qu’immobilier. Par petites touches, Sachs et son co-scénariste racontent une histoire d’autant plus déprimante qu’ils parviennent à capter non seulement ce qui rapproche et sépare les deux parties mais aussi les écueils de cette incapacité à communiquer entre adultes mais sans juger leurs personnages. Leonor, jouée par Paulina Garcia (Gloria), est une force de la nature déterminée mais inquiète pour son avenir et celui de son fils et le père incarné par un acteur qui peine à vivre de son métier. Sympathique mais faillible, il est lui-même heurté par cette affaire sordide. Les effets dévastateurs de leurs choix qui n’en sont pas vraiment ne sont pas ignorés mais leur dilemme n’est pas minimisé. Un film au registre aussi délicat que son précédent opus, qui réunissait Alfred Molina et John Lithgow, déjà situé à New-York au sein d’une classe moyenne rarement croquée de cette manière, un entre-deux social relativement aisé mais pas trop, ni trop riche ni très pauvre et comme condamnée à ne pouvoir faire que des mauvais choix. Le final nous bouleverse autant que celui de Love is strange, avec là encore une absence d’emphase qui montre un talent unique dans l’écriture et renforce encore plus l’émotion qui court tout du long de cette œuvre si subtile. L’un des plus beaux films primés à Deauville et pourtant de grandes œuvres ont déjà reçu le Grands Prix du Festival (voir liste en fin d’article).

Ira Sachs succède à Ramin Bahrani primé pour 99 Homes, un autre drame immobilier, bien moins finement esquissé, qui avait du se contenter d’une distribution en e-cinema. Plus de chance, heureusement, pour ce petit bijou de délicatesse qu’est Brooklyn Village qui sort très vite, le 21 septembre exactement. Primés ensemble, Le Teckel et (Prix de la mise en scène au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard) sortent le même jour, le 12 octobre. Pour The Fits, honoré par la critique, il faudra attendre jusqu’au 11 janvier 2017.

Captain Fantastic évoque, avec maladresse dans la constance de son propos, comment un père de famille nombreuse () a élevé ses six jeunes enfants isolés du reste de la société. Ils ont vécu ainsi en autarcie, ce père fantasque mais sévère (on ressent parfois l’impression d’observer le gourou d’une secte) cherchant à préserver sa progéniture des dérives et du matérialisme du monde extérieur. Suite à un événement tragique et à leur évolution personnelle, il va néanmoins devoir accepter de les laisser s’y confronter. Une énergie à la emporte souvent les suffrages mais le résultat laisse néanmoins songeur sur la réflexion un peu trop positive de ce mode d’éducation, malgré ce joli moment où le père se confie sur ses doutes sur la vie qu’ils ont vécu ensemble.

Le jury révélation dont la finalité nous échappait au moment de l’annonce de sa sélection, nous échappe encore plus avec la remise de son prix au film Le Teckel qui est déjà le septième long-métrage de Todd Solondz, le premier étant Bienvenue dans l’âge ingrat dont l’héroïne Dawn Wiener (dont la mort été pourtant annoncée dans Palindromes) réapparaît dans ce nouvel opus, mais jouée par après l’avoir été par Heather Matarazzo. Danny De Vito semble parfait dans la bande-annonce ci-dessous. Ce jury hautement cinéphile (oui, commentaire acerbe) était présidé par la journaliste Audrey Pulvar.

Parmi les candidats malheureux, citons le très réussi Sing Street de John Carney, une comédie musicale située dans l’Irlande des années 80 avec une bande-son galvanisante (il devrait se rattraper à Dinard, fin septembre) et Transfiguration de Michael O’Shea, une variation moderne sur le film de vampires, inégal mais original.

Le palmarès complet

Grand Prix : Brooklyn Village de Ira Sachs (Version Originale / Condor)

Prix du jury ex-aequo : Captain Fantastic de Matt Ross (Mars Distribution) et Le Teckel de Todd Solondz (ARP Sélection)

Prix Kiehl’s de la Révélation : Le Teckel de Todd Solondz (ARP)
Le portrait d’un teckel et de tous ceux auxquels il apportera un bref instant de bonheur

Prix de la Critique : The Fits de Anna Rose Holmer (ARP)
Toni, âgée de onze ans, s’entraîne dans la salle de boxe de son grand frère. Elle découvre qu’à l’étage au-dessus, un groupe de filles apprend une variante très physique du hip hop, le drill. Attirée par leur énergie, leur force et leur assurance, Toni abandonne peu à peu la boxe pour la danse…

Prix du Public de la ville de Deauville : Captain Fantastic

Prix Littéraire Lucien Barrière : Stewart O’Nan pour son roman Derniers feux sur Sunset (West of Sunset)

Prix d’Ornano-Valenti du premier film français : Willy 1er de Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas (UFO Distribution)

Matt Ross (photo : Olivier Vigerie)

Matt Ross (photo : Olivier Vigerie)

Todd Solondz (photo : Olivier Vigerie)

Todd Solondz (photo : Olivier Vigerie)

Anna Rose Holmer (photo : Olivier Vigerie)

Anna Rose Holmer (photo : Olivier Vigerie)

Des hommages ont été rendus aux acteurs-réalisateurs James Franco et ainsi qu’au documentariste pour l’ensemble de leurs carrières, le trophée Nouvel Hollywood, créé en 2015, a été remis à Chloe Grace Moretz et qui succèdent à Elizabeth Olsen et Robert Pattinson.

Le festival s’est achevé avec l’avant-première du film de Todd Philipps avec Miles Teller et Jonah Hill en jeunes vendeurs d’armes dépassés par l’entreprise dans laquelle ils se sont lancés. Une variante légère du Lord of War d’Andrew Niccol, drôle et inquiétante.

Jonah Hill, Todd Phillips et Miles Teller (photo : Ollivier Vignerie)

Jonah Hill, Todd Phillips et Miles Teller (photo : Ollivier Vigerie)

Reprise des films primés aujourd’hui, à Deauville :
11h30 Le Teckel – Casino Bleu
14h00 et 18h00 Captain Fantastic – Casino Bleu
16h00 The Fits – Morny Bleu
18h30 Brooklyn Village – Casino Bleu

Programme complet à retrouver sur le site officiel du Festival.

Les précédents lauréats du Grand Prix

1995 : Ça tourne à Manhattan de Tom DiCillo
1996 : En route vers Manhattan de Greg Mottola
1997 : Sunday de Jonathan Nossiter
1998 : Et plus si affinités de Brad Anderson
1999 : Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze
2000 : Girlfight de Karyn Kusama
2001 : Hedwig and the Angry Inch de John Cameron Mitchell
2002 : Long Way Home de Peter Sollett
2003 : What Alice Found de A. Dean Bell
2004 : Maria, pleine de grâce de Joshua Marston
2005 : Collision (Crash) de Paul Haggis
2006 : Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris
2007 : The Dead Girl de Karen Moncrieff
2008 : The Visitor de Thomas McCarthy
2009 : The Messenger de Oren Moverman
2010 : Mother and Child de Rodrigo Garcia
2011 : Take Shelter de Jeff Nichols
2012 : Les Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin
2013 : Night Moves de Kelly Reichardt
2014 : Whiplash de Damien Chazelle

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Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles