Festival de Cannes 2015 : Jour 7 – Amnesia, Krisha

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Deux résistances de femmes, deux tentatives d’enterrer le passé pour vivre au présent, deux confrontations intenses pour atteindre une forme d’apaisement et espérer un avenir un peu plus radieux. Un film en sélection officielle hors-compétition, l’autre à la Semaine de la Critique, deux jolis moments de cinéma.


Amnesia affiche (Sélection officielle, hors-compétition)

Synopsis : Ibiza. Début des années 90, Jo a vingt ans, il vient de Berlin, il est musicien et veut faire partie de la révolution électronique qui commence. Pour démarrer, l’idéal serait d’être engagé comme DJ dans le club L’. Martha vit seule, face à la mer, depuis quarante ans. Une nuit, Jo frappe à sa porte. La solitude de Martha l’intrigue. Ils deviennent amis alors que les mystères s’accumulent autour d’elle : ce violoncelle dont elle ne joue plus, cette langue allemande qu’elle refuse de parler… Alors que Jo l’entraîne dans le nouveau monde de la musique techno, Martha remet en question ses certitudes.

Notre critique 3,5/5 :

Près de sept ans après Inju, se rappelle à notre mémoire avec ce drame sur l’oubli provoqué, désiré, recherché comme seule manière de ne pas oublier le pire tout en le rejetant dans les profondeurs de son inconscient. Martha rejette tout de son pays natal et de sa langue maternelle, seule manière pour elle de résister a posteriori au nazisme. À travers cette délicate rencontre, entre amitié et amour platonique, entre une septuagénaire et un presque trentenaire apprenti DJ, l’un des derniers grands cinéastes apparus au temps de la Nouvelle Vague signe l’une de ses œuvres les plus fortes. L’intrigue met du temps à se révéler et grâce aux rapports charmants entre et , tous deux remarquables, on finit par être autant bouleversé que dans La Duchesse de Varsovie où là déjà l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale était évoquée via la parole retrouvée d’une septuagénaire aidée par les questionnements de la jeune génération. Les belles couleurs retravaillées et les cadres du directeur de la photographie ajoutent une fine touche de style à ce drame intime, le plan où un yacht passe devant une petite embarcation sans la cacher totalement.


Krisha (Semaine de la Critique)

Synopsis : Après plusieurs années d’absence, passe des vacances en famille. Elle profite de ces moments pour réparer ses erreurs passées, cuisiner la traditionnelle dinde et prouver à ses proches qu’elle s’est améliorée.

Notre critique 3,5/5 :

Dans Rachel se marie de Jonathan Demme, le vilain petit canard de la famille (Anne Hathaway) retrouvait ses proches à l’occasion d’une fête de famille qui virait au règlement de comptes lorsque ses addictions reprenaient le dessus. Ici c’est Thanksgiving (fête typiquement américaine au cœur de nombreux films) qui permet les retrouvailles de avec ses proches dont son fils (joué par le réalisateur) qui ne supporte plus ses égarements, ses pertes de raison à cause de son penchant aggravé pour l’alcool. C’est un beau portrait de femme sous influence et au bord du suicide social que réalise le débutant choisissant de filmer pour cette fiction sa propre tante Fairchild inquiétante lorsqu’elle dérape, bouleversante lorsqu’elle tente d’admettre ses erreurs. La mise en scène n’est pas dans le registre du réalisme social, glissant vers un décalage quasi fantastique que l’on retrouve parfois chez Jonathan Caouette (Walk Away Renée ou le court-métrage All Flowers in Time). Le style du cinéaste très prometteur évoque aussi l’air de rien Stanley Kubrick dans son goût pour les travellings avant ou arrière ou dans quelques mouvements circulaires mais pour un usage de l’ordre de l’intime et non du spectaculaire. La musique toute en percussions de accompagne cette atmosphère non naturaliste. Tout aussi impressionnante que celle qui est sa sœur dans la vie comme dans le film, Robyn Fairchild est la mère du réalisateur qui a tourné en neuf jours dans la maison familiale, et en famille donc. Un candidat sérieux pour la Caméra d’or pour succéder à , proche de par son sujet mais à des années-lumière en termes de cinéma.

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Et pour la critique détaillée (et enthousiaste) de Youth de Paolo Sorrentino (4/5), c’est ici.

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