Critique : Fantasia (Wang Chao)

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Chine, 2014
Titre original :
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : Hu Rui Jie, Su Su, Zhang Xu, Jian Ren Zi
Distribution : Nour Films
Durée : 1h26
Genre : Drame familial
Date de sortie : 1er juillet 2015

Note : 3/5

La Chine avec son milliard d’habitants, qui sont autant de vecteurs d’histoires sur le changement profond que leur culture vit en cette période de rattrapage économique effréné, est plutôt mal représentée sur les écrans de cinéma internationaux en général, et dans les salles françaises en particulier. Mis à part les maîtres incontestés du circuit art et essai comme Jia Zhang Ke et auparavant Zhang Yimou, ainsi que des réalisateurs encore plus confidentiels comme Wang Bing et le regard austère de ses documentaires, les rares surprises du cinéma chinois qui trouvent leur chemin jusque chez nous, comme le magnifique Black coal de Diao Yinan l’année dernière, restent malheureusement souvent sans suite. Dans un tel contexte de mosaïque cinématographique aux nombreuses zones d’ombre, on aurait tendance à oublier des réalisateurs de la trempe de , à l’œuvre sobre et intimiste dont la plupart des films ont pourtant été distribués en France. Cette discrétion formelle se manifeste une fois de plus dans , présenté l’année dernière à Cannes dans la sélection Un certain regard, qui suit le destin tragique d’une famille ordinaire sans jamais faire de bruit. Or, c’est précisément cette subtilité qui nous a séduit dans un film, qui se montre par contre plus problématique du côté de ses aspirations fantastiques.

Synopsis : Monsieur Zhao souffre d’une leucémie en phase terminale. A intervalles réguliers, il est obligé de se rendre à l’hôpital, où il reçoit un traitement coûteux. Son employeur prend en charge ses frais médicaux, jusqu’à ce que des contraintes économiques à l’usine l’obligent à réduire sensiblement son apport. Dès lors, la famille du malade devra payer la moitié des frais d’hospitalisation. Sa femme, une ancienne chanteuse qui cumule les petits boulots, se tourne vers sa famille et ses amis pour récolter l’argent nécessaire, tandis que sa fille aînée demande à son petit ami de travailler comme serveuse dans la boîte de nuit de son patron. Le fils cadet Xiao Lin vit assez mal cette situation de crise. Il sèche les cours et s’associe à un ouvrier qui habite avec sa fille sur une barque.

De mal en pis

L’intrigue du sixième film de se lit comme un condensé des pires poncifs du cinéma misérabiliste. Aucun malheur n’est exclu dans cette lente descente aux enfers d’une famille éprouvée par la maladie incurable du père. Outre les visites fréquentes à l’hôpital et la prise de conscience progressive de la part du père que sa fin est inéluctable et qu’il ferait peut-être mieux d’en finir au lieu d’attendre que les factures des médecins laissent ses proches matériellement exsangues, toutes sortes de coups du destin annexes viennent se greffer sur une situation de départ nullement enviable. Au sein du fil décousu du récit, chaque revirement équivaut ainsi à l’annonce plus ou moins explicite d’une nouvelle catastrophique, qui vient enfoncer encore un peu plus les personnages dans le malheur. Les signes d’une éventuelle rédemption sont en effet inexistants dans un film, qui préfère opposer une sensibilité humaine accrue à la disette sociale et financière de la famille. Le chemin à parcourir pour cette dernière, et indirectement pour le spectateur, a beau être long et épineux, il est néanmoins parsemé de moments de grâce filmique qui valent certainement le détour.

Des lendemains qui déchantent gracieusement

Car le talent visuel du réalisateur ne reste plus à prouver. Une fois de plus, il dresse le portrait saisissant de l’aspect urbain de la Chine d’aujourd’hui, où des immeubles en construction bouchent avec une grandiloquence majestueuse toute perspective plus saine et organique. De même, la banlieue déserte au petit matin, où la mère distribue des bouteilles de lait, les décors clinquants du club bruyant et l’étendue sinistre le long du fleuve où Xiao Lin vient se réfugier sont autant de lieux de repère captés avec adresse par la caméra. La véritable qualité de réside toutefois dans sa capacité de transcender ce réalisme misérable pour mieux y déceler quelques vestiges d’humanité. La grande pudeur qui caractérise la narration, plus adepte des ellipses habiles que des plans platement explicatifs, atteint carrément le stade sublime lorsqu’elle s’attarde brièvement sur un soupçon de bonheur, comme cette belle solidarité entre femmes de différentes générations ou bien, du côté masculin, le sursaut timide du fils pour dissuader son père de se jeter d’un pont. Et même sur les nombreux moments de malaise, dont le plus poignant est la rencontre inopportune entre la mère et sa fille qui rentrent chacune de leur travail aux codes moraux diamétralement opposés, la mise en scène glisse avec une finesse, qui n’ignore nullement les tourments intérieurs des personnages.

Conclusion

Dans un pays comme la Chine, où les licenciements doivent paraître glorieux et où la sévérité persiste comme la seule idéologie pédagogique pour maîtriser la jeunesse, les films aussi délicatement tristes que constituent un contrepoids esthétique et éthique des plus souhaitables. Dommage alors, que la réalisation de , sinon d’une sobriété et d’une solidité à toute épreuve, reste bien trop vague dans l’évocation de la dimension fantastique de l’intrigue, a priori autour des pérégrinations du fils.

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