Étrange Festival 2016 : Le Profond désir des dieux

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Japon, 1968
Titre original : Kamigami no Fukaki Yokubo
Réalisateur :
Scénario : Shohei Imamura,
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 2h50
Genre : Drame
Date de sortie : 15 novembre 2016 (DVD)

Note : 4,5/5

Cette année, en sus des nombreux cycles parallèles, a décidé de consacrer une mini-rétrospective à Shohei Imamura. Destiné à mettre en lumière une poignée de film de l’auteur de , ce cycle propose 7 longs-métrages au total. Ainsi, il est possible de (re)découvrir sur grand écran quelques titres qui, pendant longtemps, furent inédits dans nos contrées francophones avant leurs disponibilités, via Elephant Films, sur support dvd /blu-ray. En dépit de la qualité médiocre de certaines projections (format dvd/blu-ray), le visionnage de cette œuvre dense et protéiforme fut une épiphanie, en particulier Le Profond Désir des Dieux, ce dernier étant, par ailleurs, le premier film en couleur du réalisateur de l’Anguille. A l’instar de nombreux cinéastes issus de la nouvelle-vague japonaise, Imamura traite d’une thématique souvent évoquée dans le corpus de films liés à la modernité cinématographique japonaise : à savoir le tiraillement d’un pays déchiré entre tradition sociétale et modernité économique. Sujet maintes fois rebattu certes, mais toujours aussi passionnant lorsqu’il est entre les mains de cinéastes aussi talentueux que Shohei Imamura, , ,

Synopsis : Mandaté par son entreprise, un ingénieur s’installe, pour quelques jours, sur l’île Kurage dans le dessein de trouver une source d’eau douce qui pourrait être d’une grande utilité au fonctionnement de l’usine locale dédiée à la canne à sucre. Il trouve sur place une communauté vivant de peu et profondément attachée à ses croyances païennes et religieuses.

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Un écosystème bouleversé

Dès les premiers plans, Imamura, tel un documentariste, s’attarde sur les faits et gestes des insulaires durant leurs diverses activités : pêche, travail de la canne à sucre… Avant sa possible disparition dans les limbes de la modernité, Imamura capte et filme cette gestuelle héritée de leurs ancêtres. Le terme d’entomologiste, souvent utilisé afin de décrire la mise en scène d’Imamura, n’est ici pas usurpé. Ses nombreux inserts sur la faune et flore locale témoignent de la fascination du metteur en scène japonais pour l’élément naturel environnant les habitants locaux : divers poissons et mollusques, papillons, lézards, serpents, requins… Assaillis constamment par diverses bêtes, l’homme de la ville – de Tokyo plus précisément – qu’est l’ingénieur est souvent rappelé qu’il n’est qu’une anomalie au sein de cet univers dont l’hostilité n’a d’égale que la beauté des paysages.

Justement, l’arrivée de cet ingénieur, élément extérieur et intrusif au sein de cette communauté, constitue le véritable point de départ de l’histoire. D’emblée, le film sera innervé par l’antagonisme entre cette menace extérieure, risquant de bouleverser tout l’écosystème sur lequel repose les croyances des autochtones, et la religiosité de ces derniers. Deux mondes s’affrontent : l’univers cartésien, rationnel, pour qui les superstitions auxquelles sont assujettis les locaux ne sont que le produit de leurs imaginations face à une pensée animiste, héritée d’une croyance archaïque (aucun sens péjoratif dans ce terme), se transmettant de pères en fils. La condescendance de l’un face à l’intolérance de l’autre, aucun ne ressort véritablement grandi de cette expérience, chacun étant persuadé de la supériorité de leurs propres convictions. Bien que le personnage de l’ingénieur vacillera dans ses certitudes au point d’épouser le mode de vie local. Ou peut-être ne fait-il ça que par amour pour une des filles du coin ?

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Le Soleil donne…

On ne pourrait pas parler du film sans évoquer le personnage le plus important de celui-ci : le soleil. En effet, il est de tous les plans. Ou presque. Du haut de son présentoir, il observe, tel un Dieu, la communauté d’être-humains qui se meuvent au-dessous de lui. Flamboyant dans le ciel, il rougeoie comme une boule de feu incandescente – ce qu’il est par ailleurs – écrasant de sa chaleur suffocante les protagonistes du film. Pas un plan dans lequel un des personnages se plaint de la chaleur, ensuqués, quémandant de l’eau plus qu’il n’est permis. Sur le tournage, le réalisateur a demandé au chef-opérateur, , de faire en sorte à ce que le soleil brille de mille feux. Malgré la dureté de la tâche voulue par Imamura, et face à son intransigeance légendaire, Tochizawa est parvenu à trouver un moyen de rendre le soleil plus brillant qu’il n’est habituellement. Les plans à la tonalité ocre, ou orange, selon l’heure de la journée sont proprement splendides.

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L’histoire se déroule sous les yeux d’un musicien, cul-de-jatte de son état, qui, tel un chœur antique, relate les faits tout en jouant de son Shamisen. Les quelques rares plans sur ce personnage sont empreints d’une étrange couleur verte, irréelle et baroque. La vision de documentariste, réaliste, de Shohei Imamura est parfois contrebalancée par une déréalisation de l’esthétique s’autorisant des écarts de couleurs et de mise en scène. Jadis, préservée de la modernité, l’île s’ouvre peu à peu à celle-ci bien qu’elle cache encore, dans ses interstices, ses recoins, des secrets enfouis que la technologie n’a pas su détruire. Le musicien, seul tributaire oral des différents mythes – qui furent, à un moment donné, une réalité – voit son monde progressivement s’effondrer autour de lui. Seul, avec son instrument, il chante cette Histoire dans l’espoir qu’elle ne disparaisse définitivement sous les avancés de la modernité.

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Conclusion

Rediffusé le 18 septembre à 20h45 au forum des images, Le Profond Désir des Dieux se doit d’être (re)vu afin d’admirer le talent profondément singulier de Shohei Imamura. Le film est d’une richesse, d’une densité, que le texte ci-dessus n’a fait qu’effleurer.

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