Décès de l’acteur Sidney Poitier

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La Porte s’ouvre © 1950 Anthony Ugrin / 20th Century Fox / The Walt Disney Company France Tous droits réservés

L’acteur américain Sidney Poitier est décédé le 6 janvier à Beverly Hills. Il était âgé de 94 ans. Une véritable icône du cinéma américain, Poitier avait été la première vedette afro-américaine d’Hollywood. Dans les années 1950 et ’60, il avait contribué à donner une image plus positive et moins raciste de sa communauté, grâce à des films comme La Chaîne et Devine qui vient dîner de Stanley Kramer, ainsi que Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison. Au cours des années ’70, il était passé derrière la caméra afin de réaliser des films aussi populaires outre-Atlantique que Uptown Saturday Night et Faut s’faire la malle.

Graine de violence © 1955 Metro-Goldwyn-Mayer Tous droits réservés

Né à Miami lors d’une visite de ses parents aux États-Unis, Sidney Poitier avait grandi sur une île des Bahamas dans un milieu pauvre. Après avoir tenu ses premiers rôles d’acteur sur scène à Broadway, il tourne son premier film en 1950. Dès ce drame social, La Porte s’ouvre de Joseph L. Mankiewicz, il avait choisi avec précaution ses personnages, soucieux de véhiculer une image valorisante, voire noble de l’homme afro-américain.

Cela fut également le cas de son film suivant, Pleure ô pays bien-aimé de Zoltan Korda, ainsi que dans une moindre mesure du film de guerre Les Conducteurs du diable de Budd Boetticher. La violence en milieu scolaire était au cœur de Graine de violence de Richard Brooks, dans lequel Poitier campait l’un des élèves opposés au professeur interprété par Glenn Ford. Par la suite, il avait collaboré avec William A. Wellman (Good-bye My Lady), Martin Ritt (L’Homme qui tua la peur), Richard Brooks encore (Le Carnaval des dieux) et Raoul Walsh (L’Esclave libre).

La Chaîne © 1958 Lomitas Productions / Curtleigh Productions / United Artists Tous droits réservés

En 1958, Sidney Poitier allait incarner le premier de ses grands rôles de héros afro-américains, en l’occurrence celui d’un détenu en fuite et enchaîné à un homme blanc dans La Chaîne de Stanley Kramer. Grâce au prestige de ce film-là, il allait devenir progressivement l’un des acteurs les plus recherchés d’Hollywood.

En témoignent la comédie musicale Porgy and Bess de Otto Preminger, le film de guerre Les Marines attaquent de Hall Bartlett, le drame familial Un raisin au soleil de Daniel Petrie, le drame musical Paris Blues de Martin Ritt, la comédie dramatique Les Lys des champs et le western La Bataille de la vallée du diable de Ralph Nelson, le film d’aventure Les Drakkars de Jack Cardiff, l’épopée biblique La Plus grande histoire jamais contée de George Stevens, le thriller marin Aux postes de combat de James B. Harris, le thriller téléphonique Trente minutes de sursis de Sydney Pollack, de même que le drame romantique Un coin de ciel bleu de Guy Green.

Aux postes de combat © 1965 Bedford Productions / Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing France
Tous droits réservés

La carrière de Sidney Poitier avait connu son apogée en 1967, grâce à trois films la même année, tous couronnés de succès. Dans le champion du box-office Les Anges aux poings serrés de James Clavell, c’était cette fois lui qui interprétait un professeur débutant aux prises avec une classe turbulente. L’Oscar du Meilleur Film en 1968, Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison, l’avait vu briller dans l’un de ses rôles les plus emblématiques : celui de l’inspecteur Virgil Tibbs, de passage dans une bourgade du sud des États-Unis, où il devra élucider le meurtre d’un notable. Enfin, son rôle dans Devine qui vient dîner de Stanley Kramer avait suscité une certaine polémique dans le milieu progressiste à cause de la description outrancièrement valorisante et lisse de son personnage, venu épouser la fille du couple interprété par Katharine Hepburn et Spencer Tracy dans leur ultime film ensemble.

Dans la chaleur de la nuit © 1967 The Mirisch Corporation / United Artists / Solaris Distribution Tous droits réservés

Curieusement, ce sommet bien mérité de la gloire de l’acteur était suivi par un nombre réduit de films mémorables. Ni la comédie Mon homme de Daniel Mann, ni L’Homme perdu de Robert Alan Aurthur, et encore moins les suites officieuses de Dans la chaleur de la nuit, Appelez-moi Monsieur Tibbs de Gordon Douglas et L’Organisation de Don Medford, n’ont pu renouveler son exploit de la fin des années ’60. D’où sans doute la reconversion de Sidney Poitier en réalisateur au cours des années ’70. Le seul film dans lequel il avait joué pendant cette décennie sans en assurer également la réalisation était alors le drame racial Le Vent de la violence de Ralph Nelson.

Après s’être absenté pendant plus de dix ans des écrans, il avait fait un timide retour à travers Randonnée pour un tueur de Roger Spottiswoode et Little Nikita de Richard Benjamin en 1988, ainsi que Les Experts de Phil Alden Robinson et Le Chacal de Michael Caton-Jones, son dernier film de cinéma sorti en France en janvier 1998.

Faut s’faire la malle © 1980 Sidney Baldwin / Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing France Tous droits réservés

Neuf films sont à mettre à son actif en tant que réalisateur, entre 1972 et ’90. Dans Buck et son complice, il partageait l’affiche avec son ami de longue date Harry Belafonte. Puis vinrent le drame de maladie L’Amour fleurit en décembre, les comédies de gangster Uptown Saturday Night avec Belafonte et Bill Cosby et Let’s Do It Again, la comédie policière A Piece of the Action, la comédie carcérale Faut s’faire la malle avec Gene Wilder et Richard Pryor – le premier film d’un réalisateur afro-américain à rapporter plus de cent millions de dollars au box-office américain et l’un des plus gros succès commerciaux de l’année 1980 –, Hanky Panky La Folie aux trousses toujours avec Wilder, le drame musical Fast Forward et enfin Ghost Dad, l’un des derniers films de Bill Cosby, depuis irrémédiablement tombé en disgrâce à cause de ses agissements criminels de prédateur sexuel.

Les Lys des champs © 1963 Rainbow Productions / United Artists Tous droits réservés

Sidney Poitier a été nommé à l’Oscar du Meilleur acteur à deux reprises pour La Chaîne et Les Lys des champs. Il l’avait gagné en 1964 pour ce dernier. L’Académie du cinéma américain lui avait attribué un Oscar d’honneur en 2002. Ces deux mêmes films lui avaient valu des Ours d’argent du Meilleur acteur au Festival de Berlin, respectivement en 1958 et 1963.

Du côté des autres prix honorifiques, il avait gagné par ordre chronologique celui de l’American Film Institute en 1992, celui de la Screen Actors Guild en 2000 et celui de l’Académie du cinéma britannique en 2016. La lecture de son autobiographie lui avait rapporté le Grammy du Meilleur livre audio en 2001. Son travail pour la télévision avait été reconnu à travers deux nominations à l’Emmy, pour son interprétation des icones de l’activisme racial Thurgood Marshall dans « Separate but equal » de George Stevens Jr. en 1991 et Nelson Mandela dans « Mandela and De Klerk » de Joseph Sargent en 1997.

En tant que précurseur historique de la représentation de la communauté afro-américaine, Sidney Poitier a été le premier acteur noir nommé à l’Oscar du Meilleur acteur et le premier à le gagner. Pour 38 longues années, puisque Denzel Washington, son filleul artistique en quelque sorte, ne lui avait succédé qu’en 2002 pour Training Day de Antoine Fuqua. Parmi les innombrables signes de son influence culturelle aux États-Unis, on peut citer sa mention en tant que père célèbre du personnage de l’imposteur, interprété par Will Smith dans l’adaptation de la pièce de John Guare Six degrés de séparation réalisée par Fred Schepisi en 1993.

Les Experts © 1992 Melinda Sue Gordon / Parkes Lasker Productions / Universal Pictures International France
Tous droits réservés

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