De rouille et d’os

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De rouille et d'os

De rouille et d'osDe rouille et d’os

Français : 2011
Titre original : De rouille et d’os
Réalisateur :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Distribution : UGC Distribution
Durée : 1h55
Genre : Drame
Date de sortie : 17 mai 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

L’empreinte du cinéma de Jacques Audiard officie en premier lieu par l’attraction palpable que ses titres procurent (Sur mes lèvres, De battre mon cœur s’est arrêté, Regarde les hommes tomber). « Des corps et des hommes » justement, principal sujet de ses films, qui sont avant tout des histoires de parcours, de transformations, d’un devenir, d’inconscient à conscient. De rouille et d’os, viscéral dans les mots, s’inscrit dans la parfaite mesure de ses précédents films, confirme avec une élégance foudroyante que le réalisateur imprègne, encore et toujours, les yeux et le cœur du spectateur d’une immense force.

Synopsis : Ça commence dans le Nord. Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau. A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose.
Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. Quand Ali la retrouve, la princesse est tassée dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions. Il va l’aider simplement, sans compassion, sans pitié. Elle va revivre.

De rouille et d'os

La force d’une grâce

En une séquence – trois plans, les premiers du film, le cinéaste donne les codes de la structure et de la mise en scène de son récit. Inversant le sens premier des images que l’on découvre, le pas que l’on suit n’est pas celui du « géant », mais celui de l’enfant. Le cinéma de est subtilité et finesse, composé d’éléments nécessaires à l’éclosion et l’évolution de ses personnages. Tout n’est pas que simple transformation chez le cinéaste, c’est aussi une question de milieux et d’influences qui seront l’écho d’un changement. De rouille et d’os est la parfaite représentation de ce fonctionnement.

Ali () de corps, Stéphanie () de cœur, devront confronter leurs blessures, physiques et morales, pour s’apporter réciproquement l’élan d’une (re)naissance – l’essence-même du cinéma d’Audiard.

L’âpreté sociale, la réalisation ne la laisse pas de côté, elle tutoie les personnages principaux comme les seconds rôles, qui, par leur présence et leur interaction, font évoluer le récit vers son point culminant. Chez le cinéaste le cinéma est un tout : une mise en scène implacable, un découpage des espaces comme si le bord de l’écran était le cadre d’un tableau, un montage métronomique oscillant de cadence douce à brutale, un univers sonore (montage son, mixage, choix précieux des musiques) faisant unité avec l’ensemble. C’est encore, ici et toujours, des décors emprunts d’une lumière inscrivant le film dans une esthétique impressionniste. C’est également la force narrative de l’histoire, parfaite, entre polar doux et drame dur, des dialogues pesés, ciselés, pour fixer le nécessaire, l’utile, le réel. C’est aussi une direction de comédiens venus dans l’univers du cinéaste pour aller au-delà d’eux-mêmes, vivre l’expérience Audiard.

De rouille et d'os

Un K.O asséné par puissance narrative

Si De rouille et d’os réussit, encore et toujours chez le réalisateur, sur le plan formel, c’est grâce à l’équité d’un scénario puissant aux multiples détours qui convergent, en nous surprenant constamment, vers une seule et même éclipse.

Ali, la force brute, SDF de l’émotion, boxeur, casseur, cœur d’orque, se veut être l’extrême opposé de Stéphanie (« Pourquoi? Une pute, ça ne peut pas dresser des orques! »), fragile, cassée, anéantie, qui veut « être regardée », désirée.  et  interprètent parfaitement ces deux personnages. Lui, éblouissant encore une fois après Bullhead, démontrant son talent de comédien, viscéral et dans une émotion que ses mots soutiennent. Un acteur de nature au service de l’écriture, parfait, magistral et magnétique. Elle, au-dessus de toutes ses dernières « prestations », quelque peu surestimées, prenant le film à bras-le-corps, ne jouant que dans les limites imposées par , procurant à Stéphanie les notes et la composition de ce personnage en pleine mutation. Ali, éclopé de la vie, Stéphanie par la vie. Les deux ne pourront se reconstruire qu’après une destruction des corps, pour lui désirée (ses combats), pour elle subie (son accident). Chacun trouvera refuge et force dans ce parcours afin d’assister à sa propre éclosion.

A la fin, Audiard comme ses personnages, gagne par K.O – le spectateur vidé de sa substance, réjoui de cet unique moment de cinéma.

En résumé

, metteur en scène au talent continu, pluriel et décidément seul en France, propulse une fois de plus le spectateur dans une réalité sociale, où la condition humaine reste métaphore et vecteur d’une beauté où la souffrance s’efface au profit d’une (re)naissance.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=xWbeNcscfsI[/youtube]

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