De retour en salles au mois de juin 2021

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La Mère © 1952 Toho Co. Ltd. / Les Acacias Tous droits réservés

Ça y est, le bout du tunnel pandémique est à portée de main ! Ce ne sont pas uniquement les températures estivales qui s’installent en ce mois de juin 2021, mais également, petit à petit, l’impression que les choses pourraient effectivement revenir à la normale. Ainsi, il ne reste plus qu’une semaine de jauge à 35 % dans les cinémas français. D’ici début juillet, on pourra donc à nouveau se faire une toile à l’heure qu’on veut et sans trop devoir craindre que la séance soit complète. Heureusement, dans ce grand élan de retour à la vie culturelle d’avant, les distributeurs de films de patrimoine ne sont pas en reste. Bien au contraire, puisqu’ils vous proposent une bonne trentaine de films, soigneusement sélectionnés et restaurés !

Les trois gros morceaux de choix sont les rétrospectives plus ou moins abondantes dédiées aux réalisateurs Abbas Kiarostami, Roberto Rossellini et Alain Tanner. En ces temps de Coupe d’Europe de foot, elles sont accompagnées par des tentatives de contre-programmation plus ou moins ingénieuses. Le programme mensuel des reprises se distingue surtout par la rareté des films de retour sur grand écran, venus d’une petite dizaine de pays différents. Ce formidable tour du monde des trésors du Septième art vous fera alors voyager en Iran, au Japon, en Italie, en Suisse, en Suède, en Guinée et au Royaume-Uni, avec des escales étonnamment brèves en France et du côté d’Hollywood.

Où est la maison de mon ami ? © 1987 Kanun Parvaresh Fekri / Farabi Cinema Foundation / MK2 / Carlotta Films
Tous droits réservés

Rétrospective Abbas Kiarostami

Déjà en cours au Centre Pompidou à Paris et à l’Institut Lumière à Lyon, la grande rétrospective Abbas Kiarostami arrive enfin dès demain aussi dans les salles de cinéma commerciales. Il ne s’agit certes pas d’une intégrale du travail impressionnant du réalisateur iranien (1940-2016), puisque ce sont curieusement ses derniers films comme Copie conforme et Like Someone in Love qui manquent à l’appel. En vingt films tous formats confondus (13 longs-métrages et 7 courts), il vous sera toutefois facile de vous familiariser avec l’œuvre de Kiarostami, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Et si vous habitez à Paris ou en Île-de-France, l’exposition à Beaubourg sera encore libre d’accès tous les jours de la semaine, à l’exception du mardi, jusqu’au lundi 26 juillet inclus.

Palme d’or au Festival de Cannes en 1997 pour Le Goût de la cerise, Abbas Kiarostami était en quelque sorte un habitué de la Croisette, où il avait présenté pas moins de cinq de ses films en compétition. Entre Au travers des oliviers en 1994 et Like Someone in Love en 2012, en passant par Ten et Copie conforme, le réalisateur avait profité de l’exposition privilégiée de ses films au public international afin de mieux faire connaître le cinéma iranien en occident. Car on pourrait croire qu’avant lui, ce pays à la culture millénaire ne disposait pas d’une cinématographie nationale digne de ce nom. En tout cas, d’autres cinéastes suivis de près à l’étranger quoique pas toujours appréciés à leur juste valeur chez eux ont depuis repris le flambeau, comme Asghar Farhadi, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof.

Allemagne Année zéro © 1948 Tevere Film / Union Générale Cinématographique / Bac Films Tous droits réservés

Rétrospective Roberto Rossellini

En ce mois de juin aux cinq mercredis, vous aurez le temps jusqu’au dernier pour venir à bout du cycle impressionnant dédié au maître iranien. Dès le 30 juin, il vous faudra par contre également un agenda très flexible afin de voir ou revoir les chefs-d’œuvre du néo-réalisme italien. En neuf films, le distributeur Bac Films – guère habitué à nous gâter avec autant de pépites du cinéma de patrimoine – rendra hommage à l’immense réalisateur Roberto Rossellini (1906-1977). Ce dernier n’était certes pas à l’origine du célèbre mouvement de l’immédiat après-guerre. Sa trilogie constituée de Rome Ville ouverte, Païsa et Allemagne Année zéro avait néanmoins contribué grandement à redorer le blason artistique de son pays à la sortie du fascisme.

Puis vint le temps du scandale, déclenché par sa rencontre professionnelle et privée avec l’actrice Ingrid Bergman, jusque là considérée comme la femme exemplaire selon l’idéal puritain en cours à l’époque à Hollywood. Ensemble, le couple avait tourné six films entre 1950 et ’54. Seuls trois d’entre eux sont inclus dans la rétrospective : Stromboli, Voyage en Italie et La Peur. Pour (re)découvrir Europe 51, dont les droits de ressortie sont actuellement détenus par Tamasa Distribution, il vous faudra patienter jusqu’à fin novembre. En guise de conclusion de ce coup de projecteur à ne rater sous aucun prétexte, vous aurez droit à India Mère patrie, le premier documentaire de Rossellini, qui allait se consacrer de plus en plus à ce genre tout au long de la dernière partie de son illustre carrière.

Dans la ville blanche © 1983 Filmograph S.A. / Metro Filmes / Channel Four Films / Les Films du Camélia
Tous droits réservés

Rétrospective Alain Tanner

Enfin, le même jour, c’est-à-dire le 30 juin, les Films du Camélia reprendront le travail de sauvegarde de la filmographie de Alain Tanner (* 1929) là où Tamasa Distribution – encore elle – l’avait laissé il y a deux ans après la ressortie de son magistral La Salamandre. Malgré une rétrospective à la Cinémathèque Française en 2009 et la sortie de la plupart de ses films en France, le réalisateur suisse n’a jamais vraiment réussi à s’y imposer. Mis à part éventuellement à travers ses films des années ’70 et ’80, auxquels appartiennent les trois titres du cycle.

Par leur thématique de l’éloge de la fuite et du retrait, Charles mort ou vif, Le Retour d’Afrique et Dans la ville blanche appartiennent au cinéma voyagé si cher à Tanner. Le premier avait gagné le Léopard d’or au Festival de Locarno en 1969. Le deuxième avait été présenté au Forum du Festival de Berlin en 1973. Et le dernier, présenté en compétition à Berlin et César du Meilleur Film francophone en 1984, avait permis à l’acteur Bruno Ganz de tenir l’un de ses plus beaux rôles dans son pays d’origine.

Le Ballon d’or © 1994 Bako Productions / Chrysalide Films / Studiocanal / France 2 Cinéma / Tamasa Distribution
Tous droits réservés

Place aux enfants … et accessoirement au foot !

Pas assez du fait que les journées rallongent et que le beau temps incite plus à se prélasser dehors que dans l’obscurité d’une séance, les cinémas français rentreront en plus en concurrence directe avec la Coupe d’Europe de foot dès le vendredi 11 juin et jusqu’à la finale du dimanche 11 juillet. Deux films de retour en salles tiendront concrètement compte de cette actualité sportive.

Deux jours avant le coup d’envoi de la compétition continentale, ce sera au curieux Tom Foot de Bo Widerberg de nous faire vibrer au cours des exploits sur le terrain d’un joueur de l’équipe nationale suédoise … âgé de seulement six ans. Cette comédie loufoque rompt avec les thèmes plus sombres des six autres films du réalisateur, sortis de même par Malavida en juin 2020. Le héros de Le Ballon d’or de Cheik Doukouré, qui ressortira la semaine suivante chez Tamasa Distribution, est à peine plus âgé. Les déboires de ce jeune prodige du ballon rond relèvent pourtant du même propos riche en enseignements.

Puis, dès le 23 juin, Malavida ravira les spectateurs de tous les âges, grâce à la ressortie de deux classiques du cinéma français du début des années ’60. Ni Zazie dans le métro de Louis Malle, ni La Guerre des boutons de Yves Robert ne sont des raretés à proprement parler. C’est toutefois avec un plaisir certain que l’on retrouvera ces adaptations littéraires de qualité sur grand écran. Car même si elles sont assez régulièrement diffusées à la télévision, pour les apprécier pleinement au cinéma, il fallait soit surveiller les passages du périple parisien à la Raymond Queneau au Forum des Images, soit avoir envie d’une triple dose de gamins guerriers en 2011, au moment où la version Yves Robert était ressortie en même temps que les nouvelles versions Yann Samuel et Christophe Barratier !

La Fille à la valise © 1961 Lorenzo Papi / Titanus Produzione / Société Générale de Cinématographie /
Les Films du Camélia Tous droits réservés

Femmes fatales et mère courage

Le marathon de la Fête des mères n’est pas encore tout à fait terminé. Près de chez nous, il reste au moins le Luxembourg le dimanche 13 juin, voire la Russie fin novembre ! Les Acacias n’ont probablement pas pensé aux mères luxembourgeoises en sortant La Mère de Mikio Naruse le 9 juin. Peu importe, puisque cette chronique familiale, a priori invisible en France depuis sa sortie initiale il y a près de soixante-dix ans, nous permettra de découvrir très progressivement les films plus anciens du réalisateur. En effet, l’effort collectif entrepris par les distributeurs français depuis 2015 de faire connaître le maître injustement oublié du cinéma japonais au public d’aujourd’hui s’était avant tout focalisé sur ses derniers films, tels que Une femme dans la tourmente et Nuages épars.

Une icône féminine d’un tout autre calibre fera son grand retour au cinéma à partir du 16 juin, grâce à Carlotta Films. Sharon Stone en écrivaine machiavélique dans Basic Instinct de Paul Verhoeven, c’est un rôle qui en dit long sur la représentation de la femme dans le cinéma hollywoodien des années ’90, croisement suggestif des jambes compris. C’est surtout l’occasion rêvée de se préparer dans les meilleures conditions possibles – restauration en 4K et tout le toutim – à la sortie en avant-première cannoise de Benedetta de l’iconoclaste néerlandais hors pair. A voir simultanément sur les écrans du Palais des Festivals du côté de la Croisette et partout en France dès le vendredi 9 juillet.

Les deux premiers mercredis de ce mois-ci sont placés sous le signe d’une féminité moins agressive. Dès demain, Suzanne Cloutier se fera longtemps désirer par Gérard Philipe dans Juliette ou la clef des songes de Marcel Carné. Et le jour des sorties hebdomadaires suivant, Claudia Cardinale traînera sa valise et l’admiration de Jacques Perrin derrière elle dans La Fille à la valise, l’un des films les plus emblématiques de Valerio Zurlini. Une très bonne piqûre de rappel, puisque ce réalisateur majeur du cinéma italien avait été remis la dernière fois sur le devant de la scène cinéphile de façon substantielle au milieu des années 2000, notamment à travers les ressorties de Journal intime et de Le Désert des Tartares.

Beautiful Thing © 1996 Paul Chedlow / World Productions / Channel Four Films / Splendor Films Tous droits réservés

Les hommes sont-ils à la traîne ?

Après ce regroupement approximatif de films aux personnages de femmes fortes, voici son pendant masculin encore plus arbitraire ! Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour arriver à caser toutes les ressorties du mois dans des chapitres à peu près cohérents … Ainsi, dans The Amusement Park, un drôle de film de commande de George A. Romero, jamais sorti depuis sa production en 1973, c’est surtout le point de vue du personnage principal qui vaut pour le regard de l’homme sur le monde qui l’entoure. Il s’agit indubitablement d’une curiosité, visible au cinéma dès demain grâce à Potemkine Films, avec une durée assez courte de moins d’une heure, qui devrait vous permettre de l’apprécier dans toute sa gloire cauchemardesque même en début de soirée !

Lui aussi nous avait manqué pendant les longs mois de confinement. Le génie de la comédie à l’italienne Alberto Sordi revient le 16 juin dans la farce sur la reconversion d’après-guerre Une vie difficile de Dino Risi. Pour la vedette, c’est carrément le quinzième film à ressortir en France depuis six ans ! Et pour le réalisateur, également très sollicité par les distributeurs de films de patrimoine, on pourrait considérer cette sortie comme une étape intermédiaire avant le retour de trois de ses films les plus mémorables L’Homme à la Ferrari, Au nom du peuple italien et Parfum de femme, toujours chez Les Acacias.

Enfin, le dernier mercredi de juin, la virilité sera contrainte de se réinventer. En ce mois des marches des fiertés un peu partout en France, cela se traduit par le très beau conte d’adolescence gaie Beautiful Thing de Hettie Macdonald – aïe, aïe, aïe, plus de trente films anciens à l’affiche et un seul est réalisé par une femme, qui avait au demeurant travaillé exclusivement pour la télévision par la suite ! Le même jour, La Vengeance d’un acteur de Kon Ichikawa nous plonge dans le théâtre japonais dans ce qu’il a de plus sublime, de la part d’un réalisateur surtout connu en France pour La Harpe de Birmanie.

Une vie difficile © 1961 Dino De Laurentiis Cinematografica / Les Acacias Tous droits réservés

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