Critique : Winona

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Winona

Grèce : 2019
Titre original : –
Réalisation : Alexander Voulgaris
Scénario : Alexander Voulgaris
Interprètes : Daphne Patakia, Sofia Kokkali, Anthi Efstratiadou, Iro Bezou
Distribution : Under the milky way
Durée : 1h28
Genre : Drame, comédie
Date de sortie en VOD : 13 septembre 2021

3/5

Le quadragénaire grec Alexander Voulgaris est musicien : il a composé la musique de nombreux films, le plus souvent sous le nom de The Boy. Il est aussi acteur : il a joué, en particulier, dans Canine, le film qui a conduit son réalisateur, Yórgos Lánthimos, sur le devant de la scène cinématographique. Et puis, Alexander Voulgaris est aussi réalisateur, Winona étant son cinquième long métrage.

Synopsis : 4 jeunes femmes se retrouvent sur une plage. Aucune n’est Winona. Entre jeux, danse, chants et confidences, quel secret les lie ?

Quatre très jeunes femmes sur une plage grecque

Une magnifique plage presque déserte sur l’île grecque d’Andros, dans les Cyclades, avec ses bosquets de laurier rose, son sable et, bien sûr, une mer chauffée au soleil. Presque déserte, car elle est occupée par un quatuor de jeunes femmes, un chien et par un véhicule plus ou moins dissimulé au milieu des lauriers roses. La dominant, une maison à l’architecture moderne. D’entrée de jeu, on est surpris de constater que les jeunes femmes portent toutes les quatre des lunettes : on apprendra plus tard qu’elles sont toutes myopes, à des degrés divers. On se demande aussi à quelle époque se situe l’action : l’appareil photo qu’utilise l’une d’entre elle semble avoir une bonne vingtaine d’années et leur poste de radio date de l’époque des K7 audio. On apprendra plus tard que, en fait, l’action est contemporaine, lorsqu’elles se lanceront avec un synchronisme parfait dans le listage chronologique de tous les films réalisés par Woody Allen, tous à l’exception de Zelig dont, pourtant, elles ont dit beaucoup de bien auparavant : en effet, figure dans la liste Un jour de pluie à New-York, sorti en 2019.

Qui sont ces 4 jeunes femmes sur la plage ? Des amies ? Des sœurs ? Quels sont leurs prénoms ? l’une d’elle se fait appeler Giulietta, en référence à Giulietta Massina, une autre Meryl, comme Meryl Streep, la troisième Jennifer Jason, comme Jennifer Jason Leigh, et la dernière Eiko, comme Eiko Matsuda, l’actrice de L’empire des sens. Et que font ces 4 jeunes femmes sur la plage : rien que de très banal, elles chantent, elles se tartinent de crème solaire, elles se baignent, elles chahutent, elles dansent, elles rient, elles jouent avec le chien, elles parlent. Elles rient, mais on sent qu’il y a chez elle un fond de tristesse, elles parlent et ce qu’elles se disent n’a pas toujours un sens évident, n’a pas toujours une grande crédibilité. En tout cas revient souvent chez elles la sensation d’être observées par l’habitant ou l’habitante de la maison qui domine la plage. Cette habitante, ne serait-elle pas une scientifique finlandaise écoutant sur sa radio la religieuse et musicienne éthiopienne Emahoy Guebrou ?  

Atmosphère

Winona, on l’a compris, n’est pas un film d’action, c’est un film d’atmosphère. Il est probable que certains spectateurs, certaines spectatrices auront l’impression qu’il ne s’y passe strictement rien d’intéressant. D’autres, les mêmes éventuellement auront l’impression de n’avoir strictement rien compris. Et puis, il y aura celles et ceux qui se laisseront gagner par cette atmosphère estivale, par ce malaise, par cette tristesse qu’on sent poindre sous les rires et les chants, par la tension que tout cela génère. Que s’est-il passé, que va-t-il se passer ? Et les occupants de la voiture, qui sont-ils, représentent ils un danger pour les 4 jeunes femmes ? Va-t-on finir par les voir ? Pourquoi, à un certain moment, les quatre jeunes femmes se mettent-elles à dialoguer en anglais durant quelques secondes. Puis en allemand un peu plus tard.  Winona est un film qui ne cesse de nous présenter des points d’interrogation. Lorsqu’on arrive à la fin du film, certaines questions qu’on s’est posées ont reçu une réponse, d’autres pas. Mais, après tout, pourquoi, au cinéma, exiger une réponse à toutes les questions qu’on se pose ? Et puis, on a la réponse à la question la plus importante : Winona, on finit par savoir de qui il s’agit et cela donne un éclairage important sur de nombreux pans du film !

Le casting, la photo, la musique

Les quatre comédiennes qu’on retrouve dans Winona ont vraiment toutes les qualités : elles sont belles, elles chantent bien et elles jouent très bien. Si nous n’avions jamais « rencontré » Anthi Efstratiadou (Giulietta) et Iro Bezou (Jennifer Jason) auparavant, il n’en est pas de même pour Sofia Kokkali (Meryl) et Daphne Patakia (Eiko) : la première interprète le rôle de Mary dans Digger, le film de Georgis Grigorakis sorti il y a 2 mois. Quant à Daphne Patakia, c’était l’incandescente Djam dans le film de Tony Gatlif et elle est aussi Bartolomea dans Benedetta, le film de Paul Verhoeven en compétition lors du récent Festival de Cannes. La belle photo de Simos Sarketzis, avec beaucoup de gros plans sur les jeunes femmes, apporte bien sûr sa contribution à l’atmosphère générale du film, tout comme la musique de The Boy, le réalisateur du film en personne.

Conclusion

Ce film sorti directement en VOD risque de désarçonner les spectateurs et les spectatrices qui vont au cinéma pour voir de l’action, pour qu’on leur raconte une histoire ne laissant absolument aucune part de mystère lorsque apparait le générique de fin. En fait, dans Winona, il y a de l’action, mais elle est psychologique et on ne souffre pas du tout de rester face à certaines questions qui n’ont pas reçu de réponse.

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