Critique : Propriété Privée

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Etats-Unis, 1960
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Leslie Stevens
Acteurs : , ,
Distribution :
Durée : 1h20
Genre : Film noir
Date de sortie : 7 septembre 2016 (version restaurée)

Note : 4/5

Depuis l’implantation d’une succursale aux Etats-Unis, Carlotta a initié un travail d’exhumation du cinéma américain indépendant. Dans cette optique de travail de défrichage, Carlotta opte généralement pour des œuvres peu connues du public cinéphilique français. Ainsi, en juin 2016, ils ont été à l’origine de la réédition du documentaire consacré au surf qui, sous son aspect léger et solaire, ne se départ pas d’une vision légèrement ethnocentriste – un trait que l’on retrouve souvent au sein de la mentalité américaine – dans sa description des mœurs de par le monde. En dépit de cet état de fait, The Endless Summer a ce charme suranné, une forme d’ingénuité qui est surtout la vision fantasmée d’une époque et d’un lieu en particulier : la Californie, à l’orée des années 60. Une humeur désuète et innocente, que l’on peut également ressentir à l’écoute des premiers albums des Beach Boys : soleil, plage, filles en bikini, danse et surf… Dans le cadre de leur nouvelle ressortie, Propriété Privée, le ton est tout autre. Plus sombre, plus vénéneux, le long-métrage de Leslie Stevens préfigure, d’une certaine manière, Charles Manson et la perte d’innocence de l’ère Hippie, lorsque les premières remontées d’acide LSD 25 eurent un effet dévastateur sur certaines psychés fragiles et torturées.

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Synopsis : Deux hommes, à l’allure patibulaire, marchent dans le sable. Mal rasés, l’air dépenaillés, ensuqués par la chaleur, ils se dirigent vers une station-service où ils se reposeront quelques instants, sous le regard suspect du propriétaire des lieux. Ils discutent de tout et de rien, surtout de la manière dont un des hommes, Boots (Warren Oates, dans son premier rôle principal au cinéma), va perdre son pucelage, poussé par son camarade Duke (Corey Allen), plus bravache, l’exhortant à le faire rapidement. Par fierté, l’autre lui répond par l’affirmative mais, trop timoré, lui demande de lui arranger un « coup », comme on dit. A ce moment précis, une voiture déroule, avec à son bord, une femme (Kate Manx), Ann Carlyle. Jolie blonde à l’allure guindée, elle fait le plein avant de repartir. Les deux compagnons décident de la suivre. Arrivés à destination, et dans l’espoir d’arriver à leurs fins, ils occupent la maison, abandonnée, jouxtant celle qu’habite Ann Carlyle.

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Une atmosphère d’inquiétante étrangeté

Dès les premiers plans, Leslie Stevens installe une atmosphère inquiétante : contre-plongée, éclairage expressionniste… Ces différents éléments formels accentuent l’aspect étrange, quasi baroque, du film qui ira crescendo jusqu’à la scène finale dont la magnificence des éclairages, alliée à la tension de la séquence, est un des points d’orgue de Propriété Privée. La bizarrerie du film dépend du contraste entre la mise en scène de Stevens et la déformation de la perspective avec différentes focales, et le paysage paradisiaque de la Californie, son océan, sa verdure… Collusion d’éléments disparates faisant ressortir d’autant plus l’atmosphère d’inquiétante étrangeté du film. Dans la maison laissée à l’abandon par leurs propriétaires, Duke et Booth observent subrepticement Ann Carlyle dans ses tâches quotidiennes : jardinage, longueurs dans la piscine… Ils attendent le bon moment afin d’amorcer une discussion avec celle-ci tout en se repaissant visuellement de la plastique généreuse de cette nouvelle voisine lors de ses diverses pérégrinations au sein de la maison. Scènes au voyeurisme malsain faisant écho à certains films d’.

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De la peur d’être assiégé

Propriété Privée est d’une certaine manière un « home-invasion movie », terme un peu galvaudé de nos jours, mais qui désigne toute une série de films ayant pour cadre un lieu-dit – généralement une maison – autour duquel une menace extérieure désire s’infiltrer à l’intérieur dans le dessein de commettre divers méfaits : vol, meurtres… Peur obsidionale qui touche à une angoisse archaïque : la peur d’être assiégé. Ici, la menace se fait plus insidieuse, adoptant une bonhomie faussement naturelle au début afin de mieux tromper sa victime. Se faisant passer à l’origine pour un jardinier, Duke, gagnera progressivement la confiance d’Ann Carlyle. Cette dernière, à l’image de ces « desperate-housewives », délaissées par leurs maris, s’ennuie profondément, se languissant de son mari alors que ce dernier, plus préoccupé par son travail, délaisse progressivement sa femme. Leslie Stevens retourne l’imagerie positiviste du couple américain bourgeois – comme le dit Ann Carlyle : «  mon mari s’occupe bien de moi, il me laisse même une voiture… » – pour mieux démontrer la vacuité de la société de consommation. Duke et Booth représentent les éléments extérieurs à cette structure normée et les révélateurs de la futilité de celle-ci.

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Conclusion

Carlotta a sorti la découverte du mois de septembre, de par la rareté et la qualité du long-métrage. Constituant le versant négatif à The Endless Summer, Propriété Privée annonce la paranoïa ambiante qui découlera des meurtres perpétrés par la famille Manson. En espérant que le film récolte un succès auprès des spectateurs afin que Carlotta puisse continuer sa quête cinématographique.

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