Critiques de films Horreur — 12 novembre 2016
Critique : Ouija : les origines

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Etats-Unis, 2016
Titre original : Ouija:
Réalisateur :
Scénario : Mike Flanagan,
Acteurs : , , , Henry Thomas
Distribution : Universal Pictures International France
Durée : 1h30
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 2 novembre 2016

3,5/5

Dans le petit monde de l’horreur moderne adressée principalement au public pré adolescent, il devient difficile de trouver son compte, entre les innombrables found footages filmés avec les pieds pour faire réaliste, les histoires de maisons hantées et de fantômes invisibles ou les éternels films d’exorcisme toujours prétextes à plus de morale trempée dans l’eau bénite. Dans ce triste contexte, il n’y avait franchement pas de quoi être fébrile à la perspective d’une préquelle à Ouija (voir notre test bluray) sorti en 2015 en France. Cette adaptation purement opportuniste d’une célèbre licence de la société Hasbro n’avait pas eu grand monde pour la défendre, mais avait tout de même réussi à rapporter plus de 100 millions de dollars dans le monde, pour un budget de 5, Jason Blum oblige. Il paraissait donc inévitable que la franchise perdure d’une façon ou d’une autre. Et là, surprise, devant la caméra du plutôt très doué Mike Flanagan, cinéaste apprécié des fans de genre pour quelques films non exploités dans les salles françaises (, , Before I wake), ce qui s’annonçait comme un simple produit calibré se transforme en petite pépite à l’esprit totalement atypique pour notre époque.

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Synopsis : Los Angeles, en 1965. Une mère et ses deux filles sont spécialisées dans les sciences occultes et arnaquent leurs clients avec divers « trucs » pour simuler des activités paranormales. Pour paraître encore plus crédibles, elles décident d’utiliser une planche Ouija, mais bien évidemment, de véritables esprits ne vont pas tarder à se manifester et lorsque la plus jeune fille sera possédée, elles feront tout pour la sauver et renvoyer ces derniers de l’autre côté…

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Des personnages attachants

Pour être tout à fait honnête, devant pareil synopsis, il est franchement difficile de se mettre dans les bonnes conditions en se rendant dans une salle projetant le film, tant celui-ci paraît archi rebattu, pour ne pas dire consternant de prévisibilité. Et pourtant, on se dit que vu le pedigree du réalisateur, une surprise est possible, et qu’il faut bien faire preuve de courage cinéphagique de temps à autre. Et force est de constater que dès la scène d’introduction, un certain charme opère. Par la déconstruction des codes auxquels il se réfère, le scénario montre rapidement une certaine malice, en exposant les rouages d’une arnaque au paranormal. À la manière du Dernier Exorcisme, qui montrait un faux exorciste prouver, sur le mode du faux documentaire, qu’il était un charlatan, exposant les effets tout simples utilisés pour rendre crédible sa supercherie, le film débute donc sous les meilleurs auspices, tout en évitant une ironie trop appuyée qui le décrédibiliserait et le rendrait méprisant pour son public. Passée cette introduction efficace et amusante, qui a en plus le mérite de présenter ses personnages et ses enjeux en peu de temps, nous les rendant instantanément attachants, le récit peut tranquillement prendre son envol.

Et ce qui étonne, c’est le soin apporté à la psychologie de ses personnages et la crédibilité de leurs relations, franchement rare dans l’horreur contemporaine. Le réalisateur ne se précipite pas et n’a pas peur de perdre les impatients en route. Il évite donc la plupart des pièges encombrant ce type de films depuis trop longtemps, à savoir les effets pachydermiques afin de ne pas perdre l’attention d’un public trop souvent considéré comme inapte à suivre une histoire qui ne soit pas bourrée d’effets de toutes sortes, visuels ou sonores. Il part du principe que plus le public sera attaché aux personnages, plus il recevra les passages horrifiques de manière viscérale. Une note d’intention qui peut paraître une évidence, énoncée comme ça, mais trop souvent négligée. C’est donc avec un réel plaisir que l’on suit cette mère veuve élevant ses deux filles comme elle le peut. Rien n’est appuyé, le cinéaste évitant l’excès de sentimentalisme que l’on pouvait également craindre, ce dernier réussissant à faire comprendre le passé des personnages et les sentiments les animant, sans en rajouter dans les dialogues explicatifs. La direction d’acteurs est à ce titre irréprochable, tant les adultes que les jeunes filles, tous crédibles.

Ouija: Origin Of Evil (2016)

De véritables frissons

C’est ainsi que, avant même d’avoir eu les frissons que l’on était venus chercher, on se retrouve à être sincèrement touchés par les personnages, les enjeux dramatiques étant presque plus intéressants que l’aspect purement horrifique du métrage. Il ne faut pourtant pas s’imaginer que ce dernier est négligé, l’intérêt que porte Mike Flanagan au genre n’étant surtout pas à remettre en cause. Il amène ses effets subtilement, au moment où l’on commence à oublier que l’on est tout de même venu voir un film d’épouvante. Une fois que l’on est acquis à la cause des personnages à qui l’on ne veut surtout pas voir arriver malheur, les choses sérieuses peuvent commencer, et une fois de plus, on peut dire que les instigateurs du film ne sont pas moqués du monde. Si quelques jump scares sont bien évidemment présents, le réalisateur devant quand même respecter au minimum le cahier des charges, ils sont justifiés et amenés de manière plus subtile que d’habitude. On n’est clairement pas dans les et consorts, l’efficacité immédiate n’étant pas l’effet recherché principalement. Le réalisateur travaille plutôt une atmosphère du genre macabre, comme le genre devrait toujours l’être. C’est ainsi que l’on se surprend à avoir à nouveau réellement peur au cinéma. Pas forcément la terreur absolue, mais de véritables frissons qui nous parcourent l’échine, ce qui se révèle plutôt agréable pour tout spectateur ayant fantasmé toute son enfance sur ce type de films, et qui peut ici retrouver cette impression singulière propre à l’enfance, lorsque l’on se fait peur entre copains avant de s’endormir. Ce n’est donc pas un film d’horreur traumatisant que l’on a là, plutôt un très agréable hommage aux films classiques du genre, et même à au détour de quelques plans morbides du plus bel effet, le gore en moins.

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Un classicisme maîtrisé

La mise en scène est maîtrisée, évitant également tous les pièges qui lui étaient tendus, préférant une élégance à l’ancienne à la démonstration de force d’un , certes efficace, mais beaucoup trop balourd pour que ses films puissent passer l’épreuve du temps. C’est le classicisme du film qui lui donne sa saveur, avec ses éclairages soignés et ses cadrages du plus bel effet. Mike Flanagan se montre ici, pour les personnes qui ne connaîtraient pas son travail, comme un artisan à l’ancienne, capable de s’approprier des films de studios à priori à l’opposé du cinéma d’auteur, dans lesquels il peut mettre de sa sensibilité et de son talent pour pousser le genre vers des hauteurs qui pourraient même convertir les derniers allergiques. On retrouve ici la même approche intime et néanmoins sérieuse et glauque, que le génial Hypnose réalisé par David Koepp. Le fantastique n’est pas un prétexte, mais un moyen que le réalisateur et co scénariste s’est donné pour exprimer une sensibilité de plus en plus rare au cinéma, et pas seulement dans le genre horrifique.

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Conclusion

Il s’agit donc d’un drame horrifique de classe A, aussi beau qu’émouvant, ne s’adressant pas uniquement aux initiés, qui montre que le producteur Jason Blum n’est pas qu’un petit malin ayant compris comment s’adapter à son époque, et se faire de l’argent le plus rapidement possible, mais quelqu’un aimant suffisamment le cinéma pour avoir l’ambition de produire autre chose que des produits de consommation rapide totalement bâclés comme la série des . Que les derniers perplexes n’hésitent donc plus, et se précipitent pour voir ce qui est certainement le meilleur film d’épouvante de l’année.

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Sébastien Dard

Cet article est rédigé par Sébastien Dard, rédacteur pour Critique-Film.fr