Critique : Nos soleils

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Nos soleils

Espagne  : 2022
Titre original : Alcarràs
Réalisation : Carla Simón
Scénario : Carla Simón, Arnau Vilaró
Interprètes : Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Xenia Roset
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : 2h00
Genre : Drame
Date de sortie : 18 janvier 2023

3.5/5

Synopsis : Depuis des générations, les Solé passent leurs étés à cueillir des pêches dans leur exploitation à Alcarràs, un petit village de Catalogne. Mais la récolte de cette année pourrait bien être la dernière car ils sont menacés d’expulsion. Le propriétaire du terrain a de nouveaux projets : couper les pêchers et installer des panneaux solaires. Confrontée à un avenir incertain, la grande famille, habituellement si unie, se déchire et risque de perdre tout ce qui faisait sa force…

Une belle chronique familiale, un beau film politique

L’été, la saison au cours de laquelle on peut se régaler avec ce que la nature peut nous proposer de meilleur, quelque chose de très simple, les pêches. Mais prend on toujours le soin de se renseigner sur le type d’exploitation dans lequel elles ont été produites et récoltées ? Dans le choix qu’on fait au moment de l’achat, le porte-monnaie joue bien sûr un rôle important mais, si on réfléchit bien, ce choix est à la fois social et politique. La réalisatrice catalane Carla Simón qui, il y a 6 ans, nous avait offert Eté 93, un premier long métrage très prometteur, connait bien les différences qui existent concernant la production de ce fruit entre une petite exploitation familiale et une grande exploitation : depuis plusieurs générations, sa famille cultive des pêchers à Alcarràs, à quelques kilomètres de Lérida. Elle connait donc « de l’intérieur » les difficultés que rencontrent aujourd’hui ces petites exploitations face aux grands groupes qui rachètent des terrains pour les cultiver de façon intensive et face à la grande distribution, en permanence à la recherche des prix les plus bas.

Elle a donc décidé de réalisé un film en hommage aux dernières familles d’agriculteurs qui résistent face aux rouleaux compresseurs qu’elles ont en face d’elles. Pour ce faire, elle aurait pu réaliser un documentaire, elle a choisi de réaliser une fiction, une fiction qui nous parlerait de tout ce qui se passe au sein d’une famille de producteurs de pêches au cours d’un été crucial pour elle. Cette famille, elle a pour nom Solé, et 3 générations sont réunies à Alcarràs durant la période de la cueillette. Pendant que les enfants jouent, la famille en arrive à se déchirer car l’avenir de leurs arbres fruitiers est particulièrement incertain. En effet, le grand-père, qui a cédé l’exploitation à un fils mais qui est toujours vivant, a bien un contrat de propriété en bonne et due forme en ce qui concerne la maison familiale mais, lorsqu’il a commencé l’exploitation du verger, il n’était pas nécessaire d’officialiser cette procédure sous la forme d’un véritable contrat écrit, on se contentait d’un accord verbal. La famille Solé n’est donc pas officiellement propriétaire du terrain et le nouveau propriétaire qui en a hérité souhaite procéder à l’arrachage de tous les pêchers afin d’installer des panneaux solaires à la place. Et la famille se déchire car en son sein certains sont farouchement opposés à ces panneaux solaires alors qu’un membre de la famille travaille sur leur installation.

 Sur un sujet comme celui abordé dans Nos soleils, on se pose souvent la question de savoir s’il était préférable de le traiter via un documentaire ou via une fiction. Carla Simón a choisi la fiction et cela lui a permis d’imposer des choix, comme celui consistant à faire exister plusieurs points de vue au sein de la famille avec un de ses membres qui travaille pour les installateurs de panneaux solaires. Toutefois, tout en choisissant la fiction, elle a fait en sorte de rester autant que possible proche du documentaire, par exemple en filmant, à la manière d’un reportage pour la télévision, une pseudo manifestation d’agriculteurs venus pour réclamer à la grande distribution une juste rémunération de leur travail, une pseudo manifestation qu’elle avait avait elle-même organisée.

On retrouve aussi ce désir d’être le plus près possible de l’ « authentique » dans le choix des interprètes et du langage employé. Pour elle, il allait de soi que le langage que pratiqueraient ses interprètes serait le dialecte catalan employé dans la région d’Alcarràs, ce qui rendait difficile, voire impossible, l’emploi d’acteurs professionnels. Cela n’a pas gêné Carla Simón car, par choix, elle avait en tête que son film soit interprété par « des agriculteurs qui travaillent la terre, qui comprennent ce que cela signifie de la perdre ». Elle aurait aimé n’engager que des membres d’une seule et même famille. Cela n’a pas été possible ! En fait, elle et son équipe ont vu plus de 9000 personnes et il a fallu, avant le tournage, « construire » des liens familiaux dans le groupe des personnes choisies. Chronique familiale, film politique, Nos soleils est une belle réussite, dans un domaine comme dans l’autre. Ce film qui, après As Bestas, Les mystères de Barcelone et Les repentis, prouve l’excellente santé du cinéma ibérique, a remporté l’Ours d’or, l’équivalent de la Palme d’or, lors de la Berlinade 2022.


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