Critique : Mia Madre

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mia madre afficheItalie : 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Nanni Moretti, ,
Acteurs : , , , Nanni Moretti
Distribution :
Durée : 1h47
Genre : Drame, Comédie
Date de sortie : 2 décembre 2015


Note : 2.5/5

Très régulièrement invité dans la compétition cannoise, Nanni Moretti y a obtenu la Palme d’Or avec La Chambre du fils en 2001. De nouveau présent cette année avec Mia Madre, il a obtenu le prix du jury œcuménique mais rien de la part du jury de la Sélection officielle. Etonnant ? Pas vraiment !

 

Synopsis : Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?


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Une période intense et douloureuse

Margherita traverse une période à la fois intense et douloureuse : réalisatrice de cinéma, ses journées sont occupées par le tournage d’un film mettant en scène les ouvriers d’une usine qui s’opposent à sa fermeture ; dès qu’elle peut, elle rend visite à Ada, sa mère, une ancienne professeur de latin, dont tout porte à croire qu’elle est en train de mourir à l’hôpital. Pour compliquer les choses, Barry Huggins, l’acteur américain qu’elle a engagé pour jouer dans son film, s’avère ingérable, au point qu’elle se met à douter de sa propre capacité professionnelle ; le frère de Margherita, Giovanni, qui s’occupe de sa mère avec elle, a un comportement tellement dévoué, tellement parfait, qu’à côté de lui, elle en arrive à douter de ses propres capacités à gérer ses relations familiales. Bien entendu, le fait qu’elle vienne de se séparer avec son compagnon et qu’elle s’inquiète quant au devenir de sa fille adolescente ne sont pas là pour arranger son moral.

Shots from "Mia Madre"

Dommage !

Un film sur le tournage d’un film, cela peut faire penser à La Nuit américaine de François Truffaut. Un film sur la mort qui pointe son nez, sur le deuil, cela peut faire penser à Amour de Michael Haneke, ou à La Chambre du fils, de Nanni Moretti lui-même. Cela peut faire penser, mais … D’un côté, le long trajet d’une mère vers la mort, dans une chambre d’hôpital, n’a rien à voir avec la perte brutale d’un fils. Par ailleurs, Nanni Moretti n’est pas Michael Haneke et il était exclu qu’il fasse un film aussi magnifiquement austère qu’Amour pour évoquer la mort d’une mère. En fait, Nanni Moretti a commencé l’écriture de Mia Madre dès la sortie de son film précédent, Habemus Papam. Il venait de vivre plus ou moins ce qu’il fait vivre à Margherita et, fidèle à ses habitudes, il n’a pas voulu abandonner complètement le ton de la comédie pour raconter la façon dont Margherita, Giovanni et Livia vivent ces moments douloureux. D’où la plongée dans un exercice de haute voltige : faire cohabiter situations dramatiques et scènes (se voulant) loufoques dans un seul et même film. Eh bien, c’est triste à dire : Nanni Moretti s’est planté ! Le spectateur commence à peine à être ému par une scène se déroulant dans la chambre d’Ada qu’on bascule dans une scène dans laquelle il est censé rire aux pitreries d’un John Torturro qui en fait des tonnes. Résultat : la plupart du temps, le film n’est ni émouvant, ni drôle. Si la mayonnaise ne prend pas concernant le cœur du récit, on peut par contre se rattraper avec la façon dont Nanni Moretti nous parle de la pertinence du cinéma militant dans le monde actuel et des difficultés du métier de réalisateur, que ce soit lors des tournages ou le fait de le faire cohabiter avec une vie familiale accomplie. Et puis aussi cette consigne que Margherita donne à ses acteurs : « Je veux voir l’acteur à côté du personnage », arriver à interpréter un personnage sans masquer sa qualité d’acteur. « C’est une chose que je dis toujours. Je ne sais pas si les acteurs la comprennent », avoue Moretti, en rajoutant « Mais à la fin, j’arrive à obtenir ce que j’avais en tête ».

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Un mauvais choix

John Torturro ! On l’aime bien cet acteur que l’on a vu dans de nombreux films depuis plus de 30 ans et, tout particulièrement, chez les frères Coen. On l’aime bien, mais, dans Mia Madre, il est de toute évidence le maillon faible, celui dont le jeu caricatural n’arrive pas à faire rire et fait avorter, par contre, tout début d’émotion. Qu’est-il arrivé à John Torturro ? A-t-il été mal dirigé par Nanni Moretti ? Ou pas dirigé du tout ? Ou bien, dernière hypothèse, est-ce ainsi que Nanni Moretti souhaitait le voir jouer ? « Mais à la fin, j’arrive à obtenir ce que j’avais en tête », prétend le réalisateur. Il faut donc se rendre à l’évidence : John Torturro n’y est probablement pour rien, la faute incombe au réalisateur. Heureusement, à côté de John Torturro, il y a deux comédiennes prodigieuses et, cette fois ci, bien dirigées, Margherita Buy dans le rôle de Margherita et Giulia Lazzarini dans le rôle d’Ada, sa mère. Quant à la musique, on retrouve un compositeur de plus en plus « utilisé » par le cinéma, l’estonien . On entend aussi, entre autres, « Famous Blue Raincoat », une des plus belles chansons de et un extrait du Quatuor n°2 de , intitulé « Company ». 


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Conclusion

Mia Madre aurait pu être un très grand film de Nanni Moretti : il aurait suffi pour cela qu’il choisisse de faire jouer John Torturro avec sobriété dans son rôle d’acteur mythomane, cabotin et ingérable. Au lieu de cela, il a choisi de le faire jouer dans l’excès, dans la démesure. Résultat : on aurait pu sourire, voire même rire, entre deux scènes cherchant à générer de l’émotion chez le spectateur ; on ne rit pas, on ne sourit même pas et l’émotion n’arrive pas à percer. Reste une réflexion intéressante sur le métier de réalisateur.

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