Critique : Mal de Pierres

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France, 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Jacques Fieschi, Nicole Garcia, d’après l’oeuvre de Milena Agus
Acteurs : , ,
Distribution : StudioCanal
Durée : 1h56
Genre : Drame
Date de sortie : 19 octobre 2016

Note : 4/5

Lorsque le nouveau film de Nicole Garcia a été annoncé en sélection officielle et, pire encore, en compétition lors du dernier , les mauvaises langues (dont j’avoue avoir fait partie) se sont tout de suite déchaînées en affirmant que cette dernière avait volé la place d’autres films plus prestigieux relégués aux sections parallèles ou aux séances de minuit. Fait assez commun finalement, tant le plus grand festival de cinéma au monde déchaîne chaque année les passions, chacun y allant de ses pronostics et de ses avis tranchés. Au final, Mal de Pierres sera passé assez inaperçu dans la compétition, les avis positifs étant quelque peu noyés dans la masse d’informations cannoises. Comme tous les grands films jugés trop académiques sur le moment, on peut être certains qu’il bénéficiera, avec le recul, le tumulte de Cannes passé, d’un regard critique un peu plus serein. On peut d’ailleurs rapprocher le résultat du cinéma de James Gray, autre grand cinéaste systématiquement critiqué à Cannes sur l’aspect soit disant trop vieillot de son cinéma, puis encensé ensuite, lorsque ses films sortent. C’est tout le mal que l’on souhaite à cette belle oeuvre …

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Synopsis : Gabrielle a grandi dans un milieu agricole aux idées pour le moins rigides concernant la vie qu’une femme doit se construire. Rêvant d’une passion qu’elle envisage totale, à force de lectures lui donnant une image idéalisée de l’Amour, elle est mariée à un ouvrier respectable, mais pour lequel elle n’éprouve aucun sentiment. Envoyée en cure thermale pour soigner son mal de pierres, maladie causant des calculs rénaux, elle va faire la rencontre d’un soldat ayant contracté une terrible maladie en Indochine, qui va lui faire éprouver des sentiments inédits …

 

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Un mélodrame romanesque assumé

Inutile d’aller plus loin dans la description du synopsis, tant il est évident dès les premières images que l’on nage en plein mélodrame romanesque, avec sa structure en flash-back, après une scène d’introduction chargée de mystère. Mais nulle connotation péjorative dans le terme « mélodrame », tant la profonde délicatesse avec laquelle la cinéaste traite son sujet, l’éloigne de toute dérive larmoyante. Après le beau Une vie entre deux océans qui, quant à lui, assumait totalement son côté roman photo à l’eau de rose, on note une recrudescence de ce genre un peu déserté par le cinéma actuel, le cynisme ambiant semblant paralyser les metteurs en scène qui seraient tentés par le genre, tant le public et la critique, en général, semblent avoir peur de pleurer au cinéma. Comme si laisser exprimer ses émotions profondes devant un film était forcément une mauvaise chose, et que les cinéastes pratiquant ce type de cinéma n’étaient que des manipulateurs d’émotions.

Nicole Garcia, elle, n’a pas peur du genre, et plonge dedans avec un savoir faire et une précision de mise en scène qui forcent le respect. Elle aime visiblement le cinéma classique hollywoodien, avec ses grandes stars, ses histoires tragiques et ses personnages féminins rêveurs. Aucune arrogance de la part de Nicole Garcia, mais un retour à un cinéma disparu, élégant, aux mouvements de caméra particulièrement fluides et agréables. La somptueuse photographie de , percée de soleil, sublime chaque comédien ou décor. Ce qui importe ici, c’est de raconter une belle histoire de la façon la plus efficace possible, en étant attentif à la forme, sans que cette dernière n’empêche à aucun moment de vibrer pour les personnages. Et le tout sans avoir recours au moindre artifice grossier pour tirer des émotions factices du spectateur.

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Marion Cotillard au bord de l’implosion

La Gabrielle campée par Marion Cotillard, est totalement prisonnière de bonnes convenances l’empêchant de rêver d’une vie qu’elle aurait choisie, subissant ce que sa famille a décidé pour elle, passant pour folle auprès des gens du village, pour simplement oser revendiquer une indépendance tout simplement impensable à l’époque où le film se situe. La comédienne montre une fois de plus l’étendue de sa palette dramatique, semblant à chaque scène à la limite de l’implosion, disparaissant littéralement dans son personnage. Cette faculté à ne plus exister que pour son rôle, quitte à finir épuisée nerveusement est tout simplement admirable, et l’on imagine mal qui que ce soit contester l’intensité avec laquelle elle s’approprie ce grand rôle de femme.

Face à cette performance bouleversante, dans laquelle, on le répète, la comédienne donne tout à celle qui la dirige, les autres acteurs sont loin de démériter, notamment Alex Brendemühl, idéal dans le rôle du mari attentionné victime du « non amour » de sa femme. On sent la droiture d’un homme patient, mais néanmoins atteint dans sa dignité par ce rejet auquel il ne peut rien changer. Même Louis Garrel est ici parfait, sa nonchalance habituelle seyant parfaitement à son rôle de soldat victime d’une maladie le rendant épuisé, pouvant s’endormir à tout moment. La scène d’amour entre lui et Marion Cotillard, très charnelle et filmée avec une sensualité étonnante, fait partie des grands moments de ce « grand film », justement émouvant dans sa simplicité.

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Conclusion

Bien mis en scène, superbement éclairé et photographié, le film fait du bien dans sa modestie et son envie de plaire, ne tombant jamais dans les clichés auteurisants typiques d’un certain cinéma français. Un grand film au classicisme tout sauf désuet, le jeu de Marion Cotillard restant très moderne, bien aidée par des dialogues subtils ne tombant jamais dans le piège du côté théâtral, fléau dans la plupart des films » d’époque ». Mal de Pierres donne envie de découvrir le reste de la filmographie de sa cinéaste à ceux qui, comme moi, restaient bloqués sur leurs préjugés.

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