Critique : L’homme debout

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L’homme debout

France : 2023
Titre original : –
Réalisation : Florence Vignon
Scénario : Florence Vignon, d’après « Ils désertent », roman de Thierry Beinstingel
Interprètes : Zita Hanrot, Jacques Gamblin, Cédric Moreau
Distribution : Orange Studio
Durée : 1h26
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 mai 2023

4/5

Actrice de formation, Florence Vignon a eu des rôles importants dans les premiers films de Stéphane Brizé, des films pour lesquels elle était également coscénariste, mais elle est surtout connue en tant que scénariste. Elle a beaucoup travaillé avec Stéphane Brizé, collaborant avec lui sur les scénarios de L’oeil qui traine, Le bleu des villes, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps et Une vie. Parmi ses autres collaborations à des scénarios, on note aussi celle sur Le fils de l’épicier, l’excellent film d’Eric Guirado. Après avoir réalisé un court métrage, Le premier pas, en 1999, elle s’est lancée dans la réalisation de L’homme debout, son premier long métrage, et c’est une très belle réussite.

Synopsis : Pour décrocher un CDI dans l’entreprise de papier peint qui vient de l’engager, Clémence Alpharo, doit pousser Henri Giffard, VRP en fin de parcours, vers une retraite anticipée. Il faut rajeunir l’image de la petite boite. Mais Giffard refuse. Son travail semble être la seule chose qui donne encore un sens à sa vie. Coincée entre la perspective d’un avenir professionnel qui lui permettrait de fuir ses problèmes familiaux et l’affection inattendue qu’elle éprouve pour le VRP, Clémence va devoir choisir…

Doit on tout accepter pour transformer un CDD en CDI ?

Quand on est parti à plusieurs centaines de kilomètres de sa famille pour commencer un travail en CDD dans une petite entreprise, on peut se sentir prêt à tout pour transformer ce CDD en CDI. D’autant plus si cet éloignement vous permet de fuir des problèmes familiaux dont a l’impression qu’ils sont insolubles. Pour commencer, il est bon de se mettre bien avec le patron en s’efforçant de lui montrer qu’on est persuadé qu’il a de bonnes idées, quand bien même on peut être, en vérité, persuadé du contraire. Ensuite, quand on reçoit un ordre de sa part, il est souhaitable de faire en sorte de mener à bien la mission qu’il vous a confiée. Pour Clémence Alpharo, jeune diplômée d’une école de commerce, la mission que lui a confiée Marcineau, son patron, consiste à convaincre Henri Giffard, un vieux vendeur, de prendre sa retraite. Bien qu’ayant été à l’origine de l’entreprise de papiers peints dans laquelle il travaille, il ne correspond plus à ce qu’elle recherche aujourd’hui, soucieuse de rajeunir son image et de se diversifier. Et Marcineau d’appuyer : « Vous vous rendez compte qu’il a toutes ses annuités, mais qu’il s’accroche ! ».

Clémence sent bien que le Graal qu’elle recherche, ce passage en CDI, est lié à la réussite de cette mission délicate. Mais à quoi peut ressembler ce Henri Giffard qu’elle n’a pas encore rencontré et dont la disponibilité ne semble pas être la qualité première ? En fait, Clémence va vite s’apercevoir que Giffard est un VRP à l’ancienne, un homme qui est en permanence sur la route, se rendant d’un client à l’autre, des clients qu’il connait bien, pour lesquels il a toujours le mot qu’il faut, le mot qui va permettre de réussir la vente. Giffard, il a ses habitudes, il a SA chambre dans les hôtels qu’il fréquente, il aime la bonne chère et les bons vins et, surtout, il a la loi pour lui : au vu du contrat qui le lie à l’entreprise, il apparait impossible de le forcer à prendre sa retraite. C’est pourtant ce que Clémence doit réussir à faire, ce qui la gêne d’autant plus que, sous son air bougon, l’homme est attachant, d’autant plus que, chez lui aussi, tout comme chez elle, les problèmes familiaux ne sont pas inconnus. Mais que pouvez vous faire face à Marcineau qui éructe : « faites le bosser, crevez le, qu’il en puisse plus » ? Heureusement, l’imagination des romanciers et des scénaristes permettent de trouver des solutions tout à fait plausibles mais que la vraie vie n’offre pas toujours à celles et ceux qui se retrouvent face à un tel dilemme.

Court, sobre et efficace

A l’aune du cinéma d’aujourd’hui, L’homme debout est un film très court : pensez donc, seulement 1 h 26 ! Et pourtant quelle richesse dans ce film qui parle du travail 2.0 par rapport au travail à l’ancienne, de la dureté des rapports humains qu’on peut trop souvent observer dans les entreprises, des interactions entre problèmes familiaux et problèmes professionnels et qui va même jusqu’à aborder l’histoire récente du Chili et la richesse de ses vignobles ! Si on oublie l’exagération sans doute inutile du comportement de Marcineau, le patron de l’entreprise, nous voilà face un film au rythme quasiment parfait, au ton efficace et d’une grande justesse, un film sobre, sans chichi inutile, un film qui arrive à réussir le mariage délicat entre  deux domaines a priori antagonistes, le réalisme social et le conte poétique teinté de loufoquerie.  

La prestation magistrale de Zita Hanrot et de Jacques Gamblin

La réussite de L’homme debout doit bien sûr beaucoup à Thierry Beinstingel, l’auteur du roman dont il est l’adaptation cinématographique, et à Florence Vignon, sa réalisatrice, mais elle n’aurait pas été totale sans les prestations magistrales de Zita Hanrot, l’interprète de Clémence, et de Jacques Gamblin qui joue Henri Giffard. Depuis Fatima qui l’a lancée dans la cour des grands, Zita Hanrot a souvent eu l’occasion d’apporter la preuve de son talent mais L’homme debout lui permet de franchir une nouvelle étape avec sa remarquable interprétation d’un rôle particulièrement délicat, celui d’une jeune femme qui doit impérativement trancher un épineux dilemme. Quant à Jacques Gamblin, on se contentera de dire qu’il est égal à lui-même dans le rôle d’un homme pour lequel son travail semble être la seule chose qui le maintienne en vie et qu’on se régale à l’écoute de ses répliques, la plus succulente étant sa diatribe contre les canapés que la direction de son entreprise veut le contraindre à vendre en plus des papiers peints, son domaine de prédilection : « le canapé, c’est une arme de soumission massive. A votre avis combien d’années a-t-il fallu à l’homme pour se mettre debout ? … le canapé est une cause majeure de divorce ». On notera que Florence Vignon, la réalisatrice, qui a commencé dans le cinéma comme actrice , s’est octroyée un petit rôle dans son film, celui de Julie, la propriétaire d’un hôtel dans lequel Henri Giffard a ses habitudes. A la vision de sa prestation, on regrette que le cinéma ne fasse pas davantage à elle en tant que comédienne !

Conclusion

Dans le cinéma depuis une trentaine d’années comme actrice et comme scénariste, Florence Vignon s’est enfin risquée à réaliser son premier long métrage et, devant la grande qualité de son film, on en vient à regretter qu’elle ait attendu aussi longtemps. La sobriété et la justesse de sa réalisation sont renforcées par les remarquables interprétations de Zita Hanrot et de Jacques Gamblin.

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