Critique : Laissez bronzer les cadavres

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France, 2017
Titre original : –
Réalisateur : ,
Scénario : , , d’après l’oeuvre de et
Acteurs : , , ,
Distribution : Shellac
Durée : 1h30
Genre : Film noir
Date de sortie : 18 octobre 2017

Note : 5/5

La mélodie de Sunny road to Salina de Christophe, directement sortie du film de Georges Lautner, , vient à notre rencontre. Les yeux d’ imprimés à jamais sur un tableau inachevé… Une balle sort d’un pistolet, un trou sur la toile… La fente idéale pour se perdre à l’intérieur de cette femme, une peintre.

Synopsis : La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

 

Voir dans les yeux de l’autre

Nous sommes dans un western teinté de giallo mais ce n’est pas très important. Il s’agit d’un film qui ne se résigne pas à se coller une série d’étiquettes faciles. Avec , leur troisième long-métrage après les formidables (2009) et L’étrange couleur des larmes de ton corps (2012), et nous offrent un récit dans lequel les événements décrits sont au service d’une manière particulière de les raconter. Les personnages se regardent constamment, à la façon de Sergio Leone, comme s’ils cherchaient à décrypter un code secret dans les yeux de l’autre, un message qui pourrait déclencher encore une autre action, un signe qui leur permettrait aller de l’avant.

Que reste-t-il au delà de notre capacité à voir ? Peut-on dire que tout ce qu’on peut percevoir avec nos sens est réel ? La vision de ce qui pourrait arriver se mélange avec ce qui se passe vraiment, ce qu’on avait prévu de provoquer sur la personne qui se trouve en face de nous se voit interrompu par ce que l’autre vient de nous infliger. Le moindre geste peut s’avérer définitif. L’oeil de l’autre peut devenir un flingue qui tire sur moi car tu m’as tué pendant que je te regardais.

Un film dessiné par notre regard

est le reflet de l’ambition de deux cinéastes qui sont conscients d’un temps qui reste insaisissable pour l’esprit humain, au delà d’un rythme de métronome qui suit une chanson qui avance à une vitesse infernale. Peu importe la précision avec laquelle on peut mesurer le temps et le nombre de plans qu’on peut insérer par seconde : l’essentiel nous échappe toujours. Cependant, Cattet et Forzani cherchent à s’y rapprocher à partir d’un cinéma qui mêle la subjectivité de chaque personnage à un regard extérieur, dans le but de créer des repères pour le spectateur. Le plus important est ce qui se passe dans la tête de ces personnages qui se noient dans leurs propres pensées et finissent par s’étouffer dans leur abîme intérieur. La projection d’un temps qui sera mais qui n’est pas encore, et se laisse aller dans les couloirs du stream of consciousness (ou courant de conscience) de chacun des personnages pour ne plus les quitter.

Conclusion

Si ce film baigne bien dans l’univers des auteurs du roman (, ) et dans la longue tradition des films noirs des années 70, Cattet et Forzani imposent un discours qui leur est propre. Leurs références n’écrasent pas leur cinéma mais agissent comme des mots qui leur permettent d’articuler leur construction toute personnelle du monde et son temps.

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